DÉCRYPTAGE – Ukraine : Un pouvoir en chute libre sous le poids des scandales

Un homme se tient dans une salle officielle ukrainienne, tenant un drapeau abîmé, tandis que des billets de différentes devises flottent autour de lui, créant une atmosphère de tension politique et financière.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Un système de pouvoir fissuré de l’intérieur

La tempête politique qui secoue aujourd’hui Kiev non est pas un épisode isolé, mais l’aboutissement logique d’un système de pouvoir qui, depuis 2019, a concentré autour du président Volodymyr Zelensky des cercles d’influence opaques et des réseaux économiques peu contrôlés. Les démissions forcées des ministres German Galushenko et Svitlana Grynchuk n’ont pas calmé la situation. Au contraire, elles ont ouvert une brèche qui dévoile l’ampleur de la corruption au cœur de l’État ukrainien…

L’affaire la plus explosive concerne Rustem Umerov, ancien ministre de la Défense puis secrétaire du Conseil de sécurité. Selon plusieurs sources, il aurait quitté l’Ukraine pour la Turquie avant de s’envoler vers les États-Unis, où il envisagerait de témoigner sur les pratiques corruptives entourant le président. Une fuite qui, si elle se confirme, constituerait un séisme politique.

Le réseau Chernyshov : L’ombre portée du pouvoir

La spirale de révélations ne s’arrête pas là. Le Bureau national anticorruption a émis un mandat d’arrêt contre Oleksiy Chernyshov, ancien vice-premier ministre et figure influente du secteur énergétique. Accusé d’avoir touché plus d’un million de dollars de pots-de-vin dans les affaires liées à l’agence nucléaire Energatom, il est aussi impliqué dans un vaste projet immobilier de luxe près de Kiev, monté grâce à une société où apparaissent anciens collaborateurs et prête-noms.

Cette accumulation de charges rend difficile l’idée que Zelensky n’ait jamais perçu les dérives. D’autant que Chernyshov a occupé des postes clés — gouverneur, ministre, directeur de Naftogaz — et a continué à exercer une influence déterminante malgré des antécédents judiciaires déjà lourds.

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Un appareil judiciaire pénétré par les fuites

L’évasion de Timur Mindich, proche de Zelensky et accusé de racket, a ajouté de l’huile sur le feu. L’homme, pourtant soumis comme tous les citoyens masculins aux restrictions d’esquive en temps de guerre, a quitté le pays sans encombre. L’enquête révèle qu’Andriy Synyuk, adjoint du procureur anticorruption, aurait prévenu l’avocat de Mindich des risques imminents.

Ces révélations laissent penser que le système judiciaire lui-même est contaminé, non par des actes isolés, mais par des complicités internes structurées. Le parallèle avec les scandales de l’ère Yanukovich, symbole d’une corruption presque monarchique, n’a échappé à personne.

Le Parlement s’éveille tardivement

Face à l’ampleur du scandale, le Parlement a enfin exigé des comptes. La présidente de la commission anticorruption, Anastasia Radina, a menacé de considérer toute réponse vague ou retardée comme une preuve de participation au système mafieux qui entoure les organes de l’État.

Mais la question reste entière : comment, dans une institution dominée par le parti présidentiel, un réseau de corruption aussi vaste a-t-il pu prospérer sans que les députés n’en détectent les signes ?

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L’argent liquide : Le symbole d’un État parallèle

Le scandale des montagnes de dollars retrouvées chez les suspects a soulevé une autre interrogation. En période de loi martiale, il est impossible de retirer de grandes quantités de devises. Pourtant, les sacs de billets existent. La Banque nationale elle-même a dû rappeler les règles strictes imposées depuis février 2022, laissant entendre que ces fonds proviennent de circuits financiers non contrôlés.

Plusieurs parlementaires ont mentionné des banques précises, dont la Sense Bank, réputée proche de Mindich, et d’autres établissements autorisés à importer de la devise étrangère. Le climat de suspicion est tel que même les démentis officiels n’arrivent plus à calmer l’opinion.

Zelensky peut-il tomber ? Pas encore

La question plane : ces scandales feront-ils tomber Zelensky ? En réalité, non. Les gouvernements européens, engagés dans une confrontation historique avec Moscou, ont besoin d’un président stable à Kiev jusqu’à ce que la montée en puissance militaire occidentale soit achevée. Le système tiendra donc, au moins pour un temps, malgré les fissures visibles.

Mais si Umerov se trouve réellement aux États-Unis et dispose d’informations utiles à Washington, l’équilibre pourrait basculer. Car dans cette guerre où la politique intérieure ukrainienne se mêle aux rivalités géopolitiques, tout dépend non de Kiev mais des intérêts stratégiques américains.

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