
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Longtemps ignorée par les observateurs européens, trop occupés à traquer les fantômes de Medellín et de Sinaloa, une réalité bien plus contemporaine s’impose désormais avec une clarté brutale : le Primeiro Comando da Capital (PCC), faction criminelle née dans les geôles brésiliennes, n’est plus un simple gang. C’est aujourd’hui une multinationale du crime, articulée, disciplinée, idéologisée, et surtout transnationale.
Et pourtant, tout commence là où l’État a abdiqué. Car si l’on veut comprendre la genèse du PCC, il faut revenir aux années 1980, à l’intérieur de prisons transformées en foyers de violence systémique, aussi bien de la part de l’État que des détenus eux-mêmes. De ce chaos naît une forme paradoxale d’ordre : les factions, ou facções, imposent leur propre loi, leurs codes, leurs statuts, à coups de décrets informels rédigés dans l’ombre des cellules, mais respectés avec plus de rigueur que la loi officielle.
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Un syndicat du crime sous tutelle passive de l’État
Le PCC, fondé dans les années 1990 dans la prison de Taubaté, se voulait au départ une réponse à l’arbitraire d’un système carcéral sadique. À tel point que ses fondateurs l’avaient baptisé aussi “Syndicat du crime” (Sindicato do Crime), comme pour signifier que la criminalité elle-même pouvait produire des formes d’organisation plus stables que celles de l’État.
Mais ce qui frappe, c’est l’attitude des autorités : non seulement elles ont sous-estimé le phénomène, mais elles l’ont involontairement contribué à propager, transférant les détenus d’un État à l’autre dans l’espoir de fragmenter les réseaux. Résultat ? Une dissémination nationale. Car le PCC n’est pas une bande, mais une idéologie criminelle structurée, avec ses slogans, ses rituels, et surtout son Statut, véritable constitution parallèle du monde carcéral brésilien.
Une idéologie criminelle codifiée : Le pouvoir du Statut
Le Statut du PCC est plus qu’un règlement : c’est la pierre angulaire du pouvoir. Tout membre, du simple exécutant au chef des Sintonias (cellules compartimentées du groupe), y est soumis. Aucune décision ne peut y déroger. La phrase emblématique du groupe — “le crime renforce le crime” (o crime fortalece o crime) — incarne cette logique circulaire : plus la structure se renforce, plus elle est en mesure d’échapper à la loi.
Et si le PCC a survécu à des luttes intestines, à des règlements de compte sanglants, à des attaques étatiques sporadiques, c’est précisément grâce à ce liant normatif, qui permet de trancher en interne, de juger même les plus hauts gradés, d’éviter les scissions. Là où les mafias italiennes ont le sang, le PCC a le Statut.
Le mythe fondateur : Carandiru et l’ombre de Pedrosa
Comme tout système idéologique, le PCC s’est forgé un mythe originel. Selon le témoignage de l’un des fondateurs, Sombra, l’organisation fut fondée par neuf personnes : huit détenus… et le directeur de prison lui-même, Ismael Pedrosa, identifié comme “la cause” de l’émergence du groupe. Pedrosa avait dirigé l’établissement de Carandiru, où se déroula, le 2 octobre 1992, l’un des massacres les plus sanglants de l’histoire carcérale : 111 détenus tués, officiellement.
C’est cette violence institutionnelle, cette humiliation permanente, qui aurait offert au PCC non seulement sa rage fondatrice, mais aussi sa justification idéologique. Le crime organisé, dans ce cas, ne naît pas du vide mais de l’excès d’autorité — ou plus exactement, d’une autorité corrompue, déshumanisée, indifférente à ses propres lois.
Alliances, expansion et internationalisation
Aujourd’hui, le PCC n’est plus brésilien seulement. Il est latino-américain. Il a su tisser des liens solides avec la ‘Ndrangheta calabraise, ainsi qu’avec des réseaux mafieux des Balkans. Son mode opératoire est efficace, adaptable, invisible. Ce n’est plus une organisation pyramidale, mais une structure modulaire, capable de se recomposer, de se réorganiser et de résister aux chocs.
Le crime ne se limite plus aux prisons : il s’est étendu dans les favelas, les ports, les routes commerciales, jusqu’aux routes de la cocaïne transatlantique.
Quand l’État fabrique ses propres monstres
Le cas du Primeiro Comando da Capital nous dit une chose très simple, mais que les élites politiques et judiciaires refusent d’entendre : l’abandon par l’État de ses responsabilités fondamentales peut créer, à long terme, des monstres systémiques, bien plus puissants et résilients que les mafias traditionnelles.
Au Brésil, l’impunité, l’arbitraire carcéral et l’héritage militariste des années de dictature ont été les incubateurs silencieux de cette nouvelle criminalité néo-idéologique, à la fois pragmatique, létale et impossible à démanteler sans une transformation profonde de la société et de l’appareil d’État.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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