
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Quand la realpolitik se substitue à la justice
L’image est saisissante : les États-Unis demandent au Conseil de sécurité de l’ONU de lever les sanctions imposées au président syrien par intérim Ahmed al-Charaa et à plusieurs membres de son gouvernement, suite à la visite officielle à la Maison-Blanche du leader syrien le 10 novembre dernier. Hier encore, ces hommes figuraient sur les listes antiterroristes pour leurs liens avec al-Qaïda ou l’État islamique. Aujourd’hui, ils sont reçus en partenaires de “stabilité”…
Cette volte-face révèle une vérité brutale : le droit international ne règle plus les relations entre États, il les accompagne. Sous la présidence Trump, la politique étrangère américaine s’est transformée en modèle d’affaires, où les alliances se négocient comme des contrats. La Syrie, jadis symbole de guerre et d’embargo, devient un laboratoire de “réintégration régionale” fondée sur les capitaux du Golfe et la bénédiction de Washington.
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Derrière les sourires diplomatiques se cache une stratégie économique d’une froideur implacable. Riyad et Abou Dhabi ont annoncé six milliards de dollars de projets dans l’énergie, le logement et les télécommunications, sous la promesse américaine de normaliser Damas. En échange, al-Charaa accepte de rejoindre la coalition anti-Daech et d’ouvrir ses ports et ses champs gaziers aux investisseurs occidentaux. La “paix” se vend désormais avec un prix d’entrée.
Mais cette normalisation ne change rien à la réalité syrienne. Neuf Syriens sur dix vivent dans la pauvreté, les infrastructures sont détruites, les coupures d’électricité sont quotidiennes et l’économie nationale dépend presque entièrement des aides étrangères. Les troupes turques et américaines contrôlent toujours le nord, Israël frappe régulièrement le sud, et la souveraineté de Damas reste théorique. La reconstruction promise ressemble davantage à une tutelle économique qu’à un renouveau national.
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Ce renversement moral n’est pas un accident, mais une tendance. Les sanctions internationales, autrefois présentées comme des instruments de justice, sont devenues des leviers de chantage. Elles se retirent non pas lorsque les comportements changent, mais lorsque les intérêts l’exigent. La loi dite “Caesar”, adoptée pour punir les crimes du régime Assad, est désormais contournée au nom du “réalisme politique”. En vérité, c’est le cynisme qui a gagné.
La réhabilitation d’al-Charaa symbolise la mort lente de la morale internationale. Les États-Unis, l’Europe et les monarchies du Golfe préfèrent la stabilité économique à la cohérence éthique. Les mêmes puissances qui exigeaient hier la chute d’Assad célèbrent aujourd’hui la continuité du système qu’il a bâti, rebaptisé pour convenance. La guerre est effacée, les responsabilités oubliées, les victimes réduites au silence.
La Syrie revient donc sur la scène internationale, non pas comme un État réconcilié, mais comme un marché rouvert. Le message adressé au monde est limpide : tout régime peut être absous, pourvu qu’il offre l’accès à ses ressources et qu’il s’aligne sur les priorités stratégiques du moment.
Ainsi, la “nouvelle Syrie” d’Ahmed al-Charaa n’incarne pas la paix retrouvée, mais la victoire du calcul sur la mémoire. Un pays brisé devient vitrine de la realpolitik triomphante, et l’ordre international, censé protéger les peuples, se transforme en instrument au service des puissants.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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