ANALYSE – Le Mali au bord du gouffre : La tentation française du retour 

Un soldat se tient face à un drapeau malien déchiré planté dans un paysage désertique et ravagé, symbole poignant de la guerre, de la résistance et du destin incertain du Mali.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Le Sahel n’a jamais cessé d’être une plaie ouverte dans la conscience stratégique française. Après dix ans d’opérations, des milliers d’hommes déployés, et une sortie précipitée vécue comme un camouflet, voici que le Mali menace de tomber — non plus dans la corruption ou le chaos, mais dans les mains mêmes de ceux que nous étions venus combattre : les djihadistes.

Le retour du Califat au cœur du Sahel

Selon le Wall Street Journal, les hommes de Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), la branche locale d’Al-Qaïda, encerclent Bamako. Les routes d’approvisionnement sont coupées, les stocks de carburant s’épuisent, et l’armée malienne, malgré la formation et les armes russes, commence à vaciller, commente l’expert en géopolitique Andrew Korybko.

Le scénario rappelle douloureusement celui de Kaboul, où les talibans n’avaient eu qu’à cueillir un État fantoche après vingt ans d’efforts occidentaux.

Le rêve malien d’un redressement souverain, nourri par le ressentiment post-colonial et la foi dans l’allié russe, risque de tourner au cauchemar. Moscou, absorbé par la guerre en Ukraine, ne peut offrir à Bamako le « parapluie syrien » de 2015. Et dans les sables brûlants du Sahel, l’Histoire ne pardonne pas les illusions stratégiques.

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Le double jeu des puissances et la fragilité des alliances

Le paradoxe est cruel : pendant que la Russie arme les soldats maliens, la France — et, dit-on, certains alliés — ferment les yeux sur les aventures de groupes touaregs en rébellion, parfois alliés de circonstance aux islamistes.

De cette ambiguïté naît le chaos. Et le chaos, dans le désert, se propage comme un incendie.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis dans leur « Confédération sahélienne », ont voulu échapper à la tutelle française. Ils découvrent aujourd’hui que la souveraineté sans stabilité n’est qu’un mirage.

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Quand l’effondrement devient opportunité

Si Bamako venait à tomber, ce ne serait pas seulement la défaite d’un régime, mais un séisme géopolitique. L’onde de choc atteindrait la Méditerranée. Car derrière les convois d’armes et de croyants, se profileraient ceux, plus nombreux encore, des migrants.

L’Europe, déjà éprouvée par 2015, tremble à l’idée d’un nouvel exode.

Et c’est là que réside le paradoxe tragique : la chute du Mali offrirait aux chancelleries occidentales le prétexte parfait pour un retour militaire, cette fois sous la bannière du « devoir humanitaire » et de la « sécurité collective ».

Sous le sable du Sahel, la vieille tentation impériale pourrait bien ressurgir.

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La revanche de l’Histoire

La France a toujours eu avec le Mali un lien singulier — fait de gloire, de mission et de désillusion. L’opération Serval en 2013 fut l’une de ces rares interventions applaudies par le peuple malien et respectée par la communauté internationale.

Mais dix ans plus tard, Bamako a chassé Paris pour accueillir Wagner.

Et pourtant, si le drapeau noir du Califat venait à flotter sur les rives du Niger, qui d’autre, sinon la France, pourrait encore prétendre intervenir ? L’Amérique regarde ailleurs, la Russie se bat sur un autre front, la Chine compte ses contrats.

Alors, la France, peut-être à contrecœur, pourrait être rappelée — au nom des mêmes principes qu’elle prétend avoir quittés : la défense de la civilisation et la stabilité du monde.

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Le Sahel, miroir des illusions occidentales

Au fond, cette tragédie sahélienne révèle la fin d’une époque : celle où l’Occident pouvait se retirer sans que le vide ne soit aussitôt rempli par le chaos.

L’Afrique n’est plus un terrain d’aventure, mais un champ de bataille entre influences : russe, chinoise, turque, et, toujours, française.

Et derrière les discours sur la souveraineté africaine ou la multipolarité, plane la même vérité : sans sécurité, il n’y a ni liberté, ni développement.

La chute éventuelle du Mali serait plus qu’une défaite : un aveu.

Celui d’un monde occidental qui, à force de vouloir s’émanciper de ses responsabilités, pourrait bien être contraint d’y retourner — sabre au clair et cœur lourd.

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