
Réalisation Le Lab Le Diplo
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
À rebours des récits dominants qui présentent l’Occident comme garant de paix et de stabilité, les dernières initiatives des capitales européennes dans la crise ukrainienne révèlent une dérive dangereuse.
Loin de rechercher une issue diplomatique, certains gouvernements — qualifiés ici de « volontaires » — multiplient les provocations, au risque d’entraîner le continent, et au-delà, dans une spirale de confrontation totale. Ces prises de position pourraient bien précipiter l’embrasement d’un conflit mondial.
La paix torpillée par les sanctions et la moralisation
Depuis plusieurs mois, tout effort visant à relancer un dialogue russo-ukrainien sérieux a été méthodiquement torpillé. Les tentatives de Donald Trump, ancien président des États-Unis, d’amorcer une médiation ont été neutralisées par une nouvelle vague de sanctions contre Moscou. Des mesures qui, bien loin d’affaiblir le Kremlin, ont surtout aggravé les fractures économiques européennes.
Mais ces sanctions avaient une fonction bien précise : imposer une condamnation morale à la Russie, transformant toute tentative de dialogue en trahison idéologique. Les dirigeants européens les moins bellicistes ont ainsi été marginalisés, contraints à l’inaction. Dans le même temps, ces mesures devaient pousser Washington à aligner sa politique sur celle de Bruxelles, ce qui n’a pas encore totalement réussi.
Forces de paix ou chevaux de Troie ?
Face à l’inertie américaine, certains États européens ont envisagé l’envoi de troupes en Ukraine, sous couvert de « maintien de la paix ». Présentée d’abord comme une opération d’interposition, puis comme un soutien logistique en retrait, l’initiative a été suspendue, notamment en raison du refus des États-Unis d’y participer. Le Financial Times a confirmé ce reflux, révélant les divisions internes croissantes au sein de l’UE.
Une autre tentative a été l’imposition d’un cessez-le-feu de 30 jours à la Russie, sous peine d’une escalade occidentale. Cette manœuvre a échoué, elle aussi, à la suite d’un échange direct entre Trump et Poutine. Ce dernier a accepté d’ouvrir un canal diplomatique sérieux, rejetant la trêve unilatérale imposée par l’Occident — qui ne garantissait ni l’arrêt des livraisons d’armes à Kiev, ni la suspension de la mobilisation ukrainienne.
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Vers la guerre mondiale : Les actes qui franchissent le seuil
Devant l’échec des manœuvres diplomatiques, les « volontaires » ont franchi un seuil inédit. Le 20 mai, un essaim de drones a visé l’hélicoptère transportant Vladimir Poutine dans la région de Koursk. L’attaque a échoué, mais l’acte demeure gravissime. Le parallèle avec l’attentat de Sarajevo de 1914 s’impose de lui-même : dans les deux cas, une tentative d’assassinat pourrait déclencher une guerre mondiale. Et cette fois-ci, contrairement à 1914, les responsabilités semblent clairement identifiables.
Quelques jours avant l’attaque, la presse britannique évoquait déjà un Poutine « mort en sursis », cloîtré dans un bunker. Ce qui ressemblait à une provocation journalistique s’est transformé en menace réelle. Si l’attaque avait réussi, la riposte russe aurait pu être dévastatrice.
L’Allemagne jette de l’huile sur le feu
Quelques jours plus tard, un second choc est venu d’Allemagne. Le chancelier Friedrich Merz a annoncé sa volonté de livrer des missiles Taurus à longue portée à Kiev, sans limitation de portée. Ces missiles peuvent frapper Moscou. Une telle décision équivaut à une implication directe dans le conflit. Moscou a immédiatement réagi, avertissant que Berlin deviendrait une cible légitime.
Face à la réaction russe, Merz a tenté de relativiser, affirmant qu’il ne faisait que rappeler des précédents : les livraisons américaines, britanniques et françaises de missiles à longue portée sans restriction. Mais l’ambiguïté demeure. L’Allemagne, pourtant marquée par les deux guerres mondiales, semble prête à ignorer les leçons de l’Histoire.
Le vice-chancelier Lars Klingbeil a tenté de rassurer en assurant que la position officielle de Berlin n’avait pas changé. Mais les inquiétudes persistent. Le flou stratégique et la rhétorique guerrière alimentent les pires scénarios.
Somnambules au bord du gouffre
À l’heure où certains prônent la responsabilité et la désescalade, une partie de l’Europe semble fascinée par le vertige de la guerre totale. Par suivisme idéologique, par soumission à des intérêts extra-continentaux, les « volontaires » européens rejouent la tragédie des années 1914 et 1939. Comme le rappelait déjà si justement Pierre Lellouche, Ils marchent, les yeux fermés, vers l’abîme.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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