Le grand bluff des sanctions : Comment l’Occident a perdu la guerre économique contre la Russie

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Derrière la façade d’une unité transatlantique affichée, le régime de sanctions instauré par les États-Unis et l’Union européenne contre la Russie est en train de se désintégrer. Un rapport classifié du ministère allemand des Affaires étrangères, divulgué à l’occasion du Conseil des Affaires étrangères de l’UE du 20 mai à Bruxelles, révèle une réalité accablante : les discussions avec Washington ont échoué, la dynamique du G7 s’est essoufflée, et le coordinateur européen pour les sanctions, David O’Sullivan, admet sans détour qu’il n’existe « aucune coopération commune ».
L’Union européenne continue de proposer de nouveaux paquets de sanctions, mais sans alignement avec les États-Unis, ces mesures restent largement symboliques. Donald Trump, désormais en pleine campagne pour un retour à la Maison-Blanche, semble peu enclin à suivre les injonctions de Bruxelles, et pourrait même préférer rétablir le commerce avec Moscou. Alors que le pilotage transatlantique s’enraye, la Russie s’adapte : elle redirige ses flux commerciaux et industriels via l’Arménie, la Serbie, l’Ouzbékistan, mais aussi — et surtout — à travers des acteurs stratégiques comme le Kazakhstan, la Turquie et les Émirats arabes unis.
La Chine joue ici un rôle crucial. Selon O’Sullivan, 80 % des contournements de sanctions impliquent des intermédiaires chinois ou hongkongais. Le chef des services de renseignement ukrainiens, Oleh Ivashchenko, confirme que Pékin fournit à au moins vingt usines russes des machines-outils, des produits chimiques et des composants pour armement. Rien d’étonnant, puisque la Chine n’a jamais adhéré au régime de sanctions occidental.
Pire encore : certaines entreprises européennes profiteraient elles-mêmes de ces trafics illégaux, sapant ainsi la crédibilité de la Commission européenne dans les négociations internationales. Seul point positif relatif : plusieurs pays ont retiré leur pavillon à des pétroliers russes, et des discussions sont en cours pour renforcer les contrôles dans les ports turcs, indiens et malaisiens.
Quant aux prochaines sanctions européennes — visant le secteur bancaire et énergétique russe — elles sont déjà menacées par l’opposition ferme de la Hongrie et, surtout, par l’absence d’une stratégie commune et contraignante. Le député européen vert Sergey Lagodinsky a lancé un avertissement clair : « Si Trump normalise les relations avec la Russie, c’en est fini du régime mondial de sanctions. »
L’idée d’un isolement économique de la Russie relève désormais du mythe. Moscou n’est pas encerclée, elle s’est réorganisée. L’Occident, autrefois uni dans les principes, se montre aujourd’hui fragmenté dans l’action — défait, non par la seule résilience russe, mais par son propre échec à maintenir un front de sanctions cohérent, partagé et réellement appliqué.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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