
Pendant que la France s’est plongée en ce début d’été dans un psychodrame politique dont seule elle a le secret, les tractations vont bon train à Bruxelles pour solidifier la gouvernance européenne. A la manœuvre : Ursula Von Der Leyen et les centristes-libéraux, qui veulent sécuriser leur position, avec deux dates importantes : le 1er juillet (début de la présidence hongroise) et le 8 juillet (risque de victoire RN en France).
En mai 2024, Von der Leyen avait déclaré qu’une coalition entre le Parti populaire européen (PPE) et les Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni était « une option certaine » lors du débat Eurovision des principales têtes de liste aux européennes. La présidente de la Commission avait précisé que la Première ministre italienne remplissait au moins deux critères pour ses futurs partenaires : elle est pro-UE, contre le Russe Vladimir Poutine et pour l’État de droit.
Entretemps, ECR est devenu le troisième groupe en importance du Parlement Européen. Antonio Tajani, président de Forza Italia, membre du PPE et ministre des affaires étrangères du Gouvernement Meloni, a tenté de pousser pour une nouvelle majorité excluant les Verts au profit d’ECR (comprenant les élus de Fratelli d’Italia et les 4 élus de Marion ex Reconquête). Il avait déclaré que « Nous avons besoin d’une troisième voie sur les questions environnementales, qui ne soit ni négationniste ni extrémiste comme Greta Thunberg et [l’ex-commissaire européen à l’Action climatique] Frans Timmermans.
C’était sans compter le jeu de Von der Leyen pour se maintenir a tout prix.
Sa reconduction faisait partie d’un accord plus large, négocié entre les chefs d’État et de gouvernement européens des trois groupes politiques – les démocrates-chrétiens du Parti populaire européen (PPE), les sociaux-démocrates (S&D) et libéraux de Renew Europe – qui forment une majorité de 400 sièges au Parlement européen sur les « top jobs » (en bon français).
La désignation de Von der Leyen le 27 juin par Macron cette semaine a été faite dans le dos des Français, sans la décence d’attendre le vote des Français qu’il avait lui-même déclenché. Cette désignation très précipitée acte formellement l’alliance Macron-Von der Leyen de facto -sinon de jure – avec le PSE et les Verts, donc la moitié au moins du cartel NFP en France. La démarche de Macron tente d’acter aussi un engagement de programme pour 5 ans par Von der Leyen pour la future Commission négocié avec PSE-EELV, à Strasbourg, alors que les électeurs européens ont fait reculer ces deux partis.
Rappelons que le programme PSE les Vert continue d’être centré sur ce qui a mis en cause notre agriculture, notre industrie, entraîne une ouverture accrue de notre marché européen aux produits agricoles ukrainiens nocifs pour nos producteurs de grains et volailles/produits avicoles, sans parler de la poursuite des accords de libre-échange ni des conséquences du Green deal pour les industries automobiles et les normes environnementales mortifères pour le bâtiment etc.
Le commissaire à l’Environnement sortant Virginijus Sinkevičius, nouvellement élu eurodéputé des Verts, s’est récemment positionné comme le pont entre son groupe et le PPE de centre droit. Le principal risque est que les Verts, qui ont totalement perdu les élections européennes, repartent donc en coalition au niveau européen.
Von der Leyen de son côté a tout pour être désignée par le Conseil européen, afin de pouvoir aller devant le Parlement Européen pour entamer le tour de table définissant le programme de la Commission à 5 ans, avant le 1er juillet et le début de la présidence hongroise du conseil des ministres européens. La décision de reconduire Von der Leyen a déplu aux chefs des gouvernements italien et hongrois, Giorgia Meloni, qui s’est abstenue, et Viktor Orban, qui s’y est opposé.
Désormais, la présidente de la Commission poursuit ses négociations afin de passer l’étape du Parlement. Rien n’est en effet encore joué. La nomination de Von der Leyen doit être validée par au moins 361 eurodéputés, ce qui, compte tenu des défections prévisibles au sein du PPE, de S&D et de Renew Europe, n’a rien d’évident. Voilà pourquoi Von der Leyen a ouvert un canal avec les Verts tout en essayant de séparer Meloni d’Orban.
Assez paradoxalement, Orban est en train de lui faciliter le travail en essayant de constituer un nouveau groupe au Parlement (Patriotes pour l’Europe) qui va diviser les anti-Von der Leyen. Le départ du FPÖ autrichien du groupe ID, s’il est confirmé, pourrait faire disparaître ce dernier qui est dominé par le Rassemblement national, à fortiori si le RN et la Lega italienne rejoignent l’alliance de Viktor Orban. Si Patriotes pour l’Europe séduisait des membres du groupe ECR, dominé par les Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, cela pourrait permettre au groupe Renew de redevenir troisième force de l’hémicycle, position qu’il a perdue après les élections du 9 juin. Cela aurait des conséquences sur les financements et les présidences de commissions.
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Julien Aubert est ancien député de Vaucluse, vice-président des Républicains et président d’Oser la France, mouvement d’inspiration gaulliste.
