EXCLUSIF – L’Entretien avec Guy Hanon : L’islam réel face à l’islam idéalisé

EXCLUSIF – L’Entretien avec Guy Hanon : L’islam réel face à l’islam idéalisé

lediplomate.media — imprimé le 14/05/2026
Guy Hanon
Réalisation Le Lab Le Diplo

Guy Hanon, psychiatre et psychanalyste parisien, s’appuie sur son expérience en milieu hospitalier, en cabinet privé et lors de missions humanitaires dans des pays de culture islamique pour livrer un regard incisif sur l’islam. À travers une approche psychodynamique et anthropologique, il explore ses dimensions textuelles, historiques et théologiques, ainsi que son impact contemporain sur la politique, la condition féminine et la radicalisation. Une parole franche, argumentée, souvent provocatrice, mais toujours ancrée dans une observation clinique.

Propos recueillis par Cécile Audebert

Comment définir l’islam aujourd’hui, face à la diversité des pratiques et des cultures musulmanes ?

L’islam est souvent présenté comme multiple, façonné par les cultures locales en Tunisie, en Indonésie ou en Afrique. Pourtant, cette diversité ne doit pas masquer les dénominateurs communs, clairement définis par les juristes et théologiens musulmans. Un musulman croit au Coran comme parole divine et en Mahomet comme prophète. À cela s’ajoutent les cinq piliers de la pratique (prière, jeûne, aumône, pèlerinage, profession de foi) et la croyance en six articles de foi (Dieu unique, anges, prophètes, livres saints, jugement dernier, prédestination). Mais un troisième pilier, souvent sous-estimé en Occident, est central : la sharia, la loi divine, incluant le djihad. Ces éléments sont inscrits dans le Coran et sont non négociables. Le Coran, contrairement à la Bible ou à la Torah, est considéré comme la parole directe de Dieu, immuable. Cela engendre une tension : suivre le Coran à la lettre, comme le font les djihadistes ou les islamistes, ou le suivre partiellement, ce qui, pour certains, équivaut à renier l’islam. Cette rigidité textuelle est au cœur des débats sur ce qu’est un « vrai » musulman.

On parle souvent d’un « islam modéré ». Cette notion a-t-elle un sens ?

L’idée d’un islam modéré est une invention occidentale, souvent islamophile. En pays musulmans, ce terme n’existe pas. La distinction entre « islam » et « islamisme » est également une construction occidentale, absente des sociétés musulmanes où la religion imprègne tous les aspects de la vie : juridique, politique, social. La notion d’« islam politique » est tout aussi artificielle. Dans l’islam, la séparation entre religion et politique n’a jamais existé, contrairement à l’Occident où la chrétienté a vu naître une concurrence entre le pouvoir temporel et spirituel. Au VIIIe-IXe siècle, les Mutazilites ont tenté d’introduire la raison dans la théologie islamique, mais cette approche a été marginalisée. L’islam reste figé, car changer le Coran, considéré comme parfait, est impensable pour les croyants. L’« islam des Lumières » ou l’« islam de France » sont des concepts séduisants mais déconnectés de la réalité des textes et des pratiques majoritaires.

Pourquoi ne parle-t-on jamais de « chrétiens modérés » ou de « juifs modérés » comme on le fait pour les musulmans ?

Parce que l’islam pose une question unique : son texte sacré contient des injonctions explicites à la violence ou à la soumission des non-musulmans, comme les chrétiens, les juifs ou les athées. Par exemple, le Coran prescrit la haine ou la soumission de certaines catégories de personnes, ce que l’on ne retrouve pas avec la même intensité dans les textes fondateurs du judaïsme ou du christianisme modernes. Les qualificatifs comme « islam de France » ou « islam modéré » sont des tentatives pour diluer cette réalité. Dire qu’un musulman est modéré parce qu’il ne tue pas est un critère absurde. Après des attentats comme le Bataclan ou le 7 octobre, on a vu des musulmans exprimer de la joie ou justifier les actes en disant : « Ils l’ont cherché. » Où sont les grandes manifestations de musulmans modérés dénonçant les islamistes ? Elles n’existent pas. Cela montre que la modération est relative et souvent silencieuse face à la violence.

Y a-t-il un profil type des individus attirés par l’islam radical ?

Non, il n’y a pas de profil unique, mais une dynamique psychologique commune. Les systèmes totalitaires, comme l’islamisme, le nazisme ou le communisme, attirent des personnalités rigides, parfois paranoïaques, convaincues de détenir la vérité absolue. Ces individus divisent le monde en bien et mal, eux et les autres. Cette pensée binaire, qui rejette le doute et la critique, est exacerbée dans l’islam radical, où le Coran est vu comme un livre sans faille. Environ 20 % du texte coranique est incompréhensible, même pour les théologiens, et pourtant, remettre en question son contenu est interdit. Cette rigidité attire des personnes en quête de certitudes, souvent mal structurées psychiquement, qui trouvent dans l’islam radical un sens et une identité. La pression sociale joue aussi un rôle : dans des environnements comme Gaza ou certaines banlieues, ne pas se conformer à la norme islamique est quasi impossible.

Vous parlez de paranoïa. Est-elle au cœur de certaines stratégies, comme celle des Frères musulmans ?

Absolument. La paranoïa est une constante dans les systèmes clos comme l’islamisme. Les Frères musulmans, par exemple, exploitent des théories du complot où l’autre – souvent les juifs ou les chrétiens – est responsable des malheurs du monde. La charte du Hamas est un exemple flagrant : elle accuse les juifs d’avoir causé la Révolution française, les guerres mondiales, et appelle à leur élimination. Cette vision repose sur une surestimation de soi et une dévalorisation de l’autre, typique des pensées paranoïaques. Les non-musulmans, comme les chrétiens, sont parfois tolérés sous le statut de dhimmi, mais ce statut est humiliant, pire que l’esclavage. Les musulmans se présentent souvent comme des victimes – de la colonisation, du racisme – tout en occultant leur propre histoire de conquêtes et de massacres, comme la disparition des chrétiens d’Afrique du Nord ou de l’Empire byzantin. Cette victimisation est un mécanisme de projection : accuser l’autre pour éviter toute culpabilité.

Comment expliquez-vous l’alliance entre l’extrême gauche, souvent athée et égalitaire, et des mouvements islamistes qui prônent l’inverse ?

Ce n’est pas si paradoxal. L’extrême gauche et l’islamisme partagent une pensée binaire et totalitaire : « Nous avons raison, les autres ont tort. » Les deux visent un idéal utopique où tous les conflits disparaîtraient une fois leur vision imposée. Historiquement, on a vu des alliances similaires, comme entre l’Allemagne nazie et l’URSS avant leur rupture. L’extrême gauche utilise l’islamisme comme un outil contre l’Occident capitaliste, tout en méprisant ses valeurs. Dans des contextes comme l’Iran ou l’Afghanistan, les communistes ont d’abord collaboré avec les islamistes pour ensuite être éliminés. Cette alliance repose sur une convergence temporaire d’intérêts, pas sur une cohérence idéologique.

La radicalisation peut-elle être vue comme un moyen d’exister, de devenir quelqu’un ?

Oui, pour beaucoup, surtout les individus mal structurés ou en quête de sens. L’islam radical offre une identité forte, valorisée par un groupe. En Syrie, certains se voyaient comme des héros, galvanisés par la pression sociale. J’ai rencontré des enfants soldats en Afrique qui, pour devenir « quelqu’un », ont dû commettre des actes extrêmes, comme tuer leurs parents. Une fois cet acte accompli, ils perdent tout repère moral. Dans l’islam radical, le doute et la critique sont interdits – le Coran se présente comme un livre « sans doute ». Cela abolit la pensée critique, ce qui attire ceux qui cherchent des réponses absolues. La valorisation sociale, comme des mères glorifiant leurs fils martyrs, renforce ce mécanisme.

Quel rôle jouent les femmes dans ce système, du voile intégral à la mini-jupe ?

Dans l’islam, la femme est définie comme inférieure : un homme vaut deux femmes devant un tribunal de la sharia, et l’héritage d’un frère est double de celui d’une sœur. Le Coran prescrit le mariage obligatoire, dès 9 ans dans certains contextes, et cantonne la femme au rôle de mère. Le voile, ou hijab, est un symbole de séparation : il signale l’appartenance exclusive à l’islam et rejette le monde non musulman. En Occident, certaines femmes adoptent le voile sous la pression sociale, mais aussi par un désir de se démarquer et d’affirmer leur identité musulmane. Cette dynamique est particulièrement forte dans des environnements où la norme islamique est dominante, comme dans certaines banlieues. Une femme qui refuserait de se voiler ou de suivre les règles, comme manger halal, devient une paria sociale, qualifiée de « traîtresse » ou pire. Cette pression n’est pas occidentale, mais interne à la communauté musulmane, où l’appartenance religieuse prime sur l’individu. On voit des cas comme celui de Diam’s, où une femme musulmane renonce à toute vie sociale hors du cadre familial pour se conformer à cette norme.

Les Frères musulmans ou d’autres mouvements islamistes utilisent-ils des mécanismes spécifiques, comme la taqiya (dissimulation) ?

La taqiya, ou dissimulation, est une pratique surtout associée aux chiites, historiquement persécutés par les sunnites. Elle autorise, voire encourage, le mensonge pour protéger la foi ou propager l’islam, notamment face aux non-musulmans. Ce n’est pas un simple mensonge, mais une stratégie assumée, parfois codifiée dans des textes, pour présenter une image positive de l’islam – la fameuse « Religion d’Amour, de Tolérance et de Paix », la RATP (rires), alors que le mot « amour » n’apparaît pas dans le Coran. Cette dissimulation est particulièrement utilisée en position de minorité, pour maintenir une inimitié éternelle envers les non-musulmans tout en projetant une façade de coexistence. Une fois en position de force, la vérité peut être révélée, comme on l’a vu en Iran ou en Afghanistan, où les alliés temporaires, comme les communistes, ont été éliminés après avoir servi.

La radicalisation est-elle le « vrai islam » ? Si oui, comment déradicaliser ?

La radicalisation découle souvent d’une lecture littérale du Coran, qui contient des injonctions violentes ou discriminatoires. Si l’islam radical est perçu comme le « vrai islam » par certains, déradicaliser devient complexe. Pour ceux qui se radicalisent par opportunisme ou quête de gloire, un retour est possible via un travail psychologique qui discrédite leur vision. Mais pour ceux dont la foi est profondément ancrée, changer leur pensée est presque impossible, car elle est accueillie par une personnalité rigide. L’Arabie saoudite a tenté des programmes de « déradicalisation », mais ils visaient à ramener les individus à un islam « officiel », pas à les en sortir. Ces programmes sont douteux, vu le rôle de ce pays dans le financement du terrorisme. Historiquement, les traités avec les non-musulmans n’ont jamais tenu, comme à Tolède, où des promesses de coexistence ont fini en massacres.

Comment expliquez-vous l’attitude de certains chrétiens, comme des prêtres, qui semblent pactiser avec l’islamisme par masochisme ou culpabilité ?

Le christianisme porte en lui une tension : l’amour d’autrui, y compris de l’ennemi, peut glisser vers un masochisme où l’on tend la joue au sens littéral. Certains prêtres, imprégnés de culpabilité – un trait psychologique chrétien lié à la notion de péché originel – croient que tout le monde peut être sauvé, même ceux qui les rejettent. Cela peut mener à une complaisance envers l’islamisme, parfois par idéalisme, parfois par clientélisme électoral. Historiquement, les missionnaires chrétiens en terres musulmanes, comme en Algérie, n’ont jamais cherché à convertir les musulmans, mais à abolir l’esclavage et la dhimma. Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens d’Orient, intégrés à la culture arabe, restent perçus comme dhimmis par les musulmans, malgré leurs tentatives d’alignement, comme avec l’OLP. Cette dynamique d’apaisement échoue souvent face à l’arbitraire du pouvoir musulman.

L’islam monte-t-il en réaction à la perte du sacré en Occident ?

Les sociétés occidentales ont vu décliner le sacré, remplacé par une quête de sens ailleurs. Les religions naissent du besoin d’expliquer l’inexplicable – la mort, le sens de la vie. L’islam, avec ses règles strictes héritées du VIIe siècle, semble répondre à ce vide pour certains, mais il est intellectuellement plus fragile que le christianisme ou le judaïsme, car ses prescriptions, comme la peine de mort pour apostasie, reposent sur la peur. Sans cette menace, comme le disait le penseur des Frères musulmans Youssef al-Qaradawi, l’islam risquerait de s’effondrer. Les églises vides en Occident ne suffisent pas à expliquer la montée de l’islam ; c’est aussi une question d’affirmation identitaire et de pression sociale.

Votre mot de la fin ?

L’islam réel n’a rien à voir avec l’image idéalisée qu’on nous vend. On nous parle d’une « cité d’Allah » merveilleuse, mais où est le modèle ? Quel pays musulman est un exemple de société épanouie ? Aucun. L’islam peut rester une affaire privée, mais il refuse de le faire. Le halal, la prière ostentatoire, la sharia « acceptable » sont des marqueurs de visibilité, pas de spiritualité. Comme dit l’adage, on juge un arbre à ses fruits. Qu’a donné l’islam à l’humanité, hormis des conquêtes, des pillages et une absence d’esprit critique ? Les musulmans eux-mêmes souffrent de cet enfermement : 90 à 95 % des victimes de l’islamisme sont musulmanes. C’est une tragédie autant qu’un défi.


Les analyses et opinions exprimées dans cet entretien n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale du Diplomate Média.


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