Le Grand Entretien avec Amélie Chelly : Quel avenir pour la République islamique d’Iran (PARTIE I)

Drapeau national de l’Iran flottant au vent sur fond de ciel nuageux. L’emblème central symbolise la République islamique, avec les couleurs verte, blanche et rouge emblématiques du pays.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Téhéran vient de croiser le fer avec Israël, révélant au grand jour la vulnérabilité stratégique d’un régime déjà contesté dans la rue et isolé sur la scène internationale. Entre pressions extérieures, mutation générationnelle et fracture idéologique, la République islamique joue sa survie.

Pour décrypter ce moment charnière, Le Diplomate reçoit Amélie Chelly, sociologue au CADIS (EHESS-CNRS)Spécialiste de l’Iran contemporain, de l’islamisme et des régimes théocratiques. Forte de travaux de référence sur l’islam politique, elle analyse, avec la rigueur qui la caractérise, les ressorts d’un pouvoir pris entre réinvention et possible implosion.

Propos recueillis par la rédaction 

Le Diplomate : Depuis 1979, Téhéran a survécu à des guerres, à des soulèvements et aux sanctions. En quoi la crise actuelle marque-t-elle, selon vous, un point de rupture inédit ?

Amélie Chelly : La République islamique se renforce par les guerres. Elle ne se donne de stabilité qu’à travers l’existence de ce que les Grecs auraient appelé les echthroi, les ennemis extérieurs, qu’il s’agisse d’armées d’autres pays, d’opposants soutenus depuis l’étranger ou de mesures coercitives prises par de grandes puissances. La chose peut paraître contre-intuitive, mais il est nécessaire d’inverser l’intuition commune qui consisterait à penser que la guerre désagrège, dissout et consume. La République islamique d’Iran ne se contente pas de traverser les guerres, elle y puise ses forces. L’examen de l’histoire contemporaine d’une part, de la mécanique idéologique de l’autre, permettent de comprendre pourquoi le gouvernement religieux de Téhéran a besoin du désordre externe pour le salut du relatif ordre interne. 

            Commençons par rappeler que ce régime politique, né en 1979, s’est doté d’une idéologie, celle du « velayat-e faqih Â», qu’on peut traduire par « tutelle du juriste-théologien Â». Il s’agit d’un modèle dans le cadre duquel le politique est dépendant d’une sphère religieuse tutélaire. D’inspiration théocratique, le système se structure autour d’une clef de voûte, le Guide suprême, détenteur d’un titre de savant religieux (Grand Ayatollah), figure centrale ayant un droit de regard, de contrôle et de veto sur tout. Ce fonctionnement repose sur une base idéologique religieuse qui comprend, dans l’absolu, des questions liées aux pratiques sociales, aux mÅ“urs, à l’économie, mais aussi à la redéfinition des relations internationales.

            Comme tout fonctionnement idéologique, celui qui sous-tend la vie iranienne depuis plus de quarante-cinq ans a besoin de se confronter à la réalité pour exister. Une idéologie ne peut vivre que dans l’épreuve. Sans champ d’application, elle ne serait qu’un manuscrit sans lecteur, un vieux manifeste qui prendrait la poussière, une langue morte… d’autant que la paix laisserait les esprits assez libres pour trouver mille moyens de manifester les mécontentements de tout ordre ! Et cela, en revanche, affaiblit le système. Quant à elles, les réalités géopolitiques, fussent-elles sanglantes, chaotiques, éprouvantes, deviennent le théâtre nécessaire où l’idéologie, qui a toujours vocation à s’exporter, se donne à voir véritablement. 

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            La guerre Iran-Irak, 1980-1988, deuxième plus longue guerre du XXe siècle, est le premier exemple de la très longue série de conflits auxquels la République islamique a été confrontée, mais aussi la première source évidente de consolidation du système. La guerre qui opposait l’Irak de Saddam Hussein à l’Iran de Khomeyni aurait pu durer moins. Plusieurs occasions de négociations, entre 1980 et 1987, auraient permis de faire cesser le carnage plus tôt, mais Téhéran plus que Bagdad s’était obstiné dans la poursuite des hostilités.[1] Non par pur hybris, mais par logique intérieure : la République islamique, désireuse d’incarner un modèle théocratique résistant, de constituer un îlot de pureté combattant la décadence mondiale â€“ occidentale au premier chef –, d’être un David contre mille Goliath, a naturellement fait la promotion du martyre. Née dans l’exaltation du sacrifice et de la lutte contre l’injustice, la République islamique ne pouvait pas céder à l’appel du compromis sans trahir son propre verbe. Au cours de la guerre, dans les discours de la defah-e moghaddas, « défense sacrée Â», appellation iranienne pour désigner les forces mobilisées contre l’armée de Saddam Hussein, le statut d’opprimé a été, pour la première fois de façon concrète, massivement promu.

            Ces valeurs n’ont eu de cesse d’être actualisées au fil des guerres et déclinées en fonction de la nature des épreuves. Ainsi, la guerre en Syrie n’a pas suscité un amour nouveau des Iraniens pour la République islamique ; l’adhésion passionnée au régime ne fut pas l’effet produit. Néanmoins, force fut d’admettre, pour une grande partie de la population, que l’État avait rempli l’une de ses fonctions primitives, à savoir protéger les siens contre l’extermination. Car l’idéologie de Daech n’avait pas de haine plus structurante que celle vouée au chiite, à l’hérétique, au Perse. Le soutien de Téhéran à Bachar al Assad a été perçu comme une capacité réelle de la République islamique à vaincre l’un des djihadismes sunnites les plus virulents et les plus takfiri (qui procède à l’excommunication).

            Autre terme incontournable de la rhétorique de la théocratie qui explique sa résilience : la résistance (mouqawama). On connait surtout l’utilisation de ce terme pour désigner l’Axe (mihwar) guidé par la République islamique, cette myriade de milices aux ordres de Téhéran, mais on emploie également ce mot pour l’économie. Le Guide suprême évoque régulièrement dans ses discours le eqtesad-e mouqawamati (« l’économie de résistance Â»), surtout depuis le retrait des accords sur le nucléaire, opéré par l’administration Trump, le 8 mai 2018. L’Iran est le pays le plus sanctionné au monde. L’économie de résistance désigne, dans des termes qui conservent une dimension idéologique et religieuse, l’ensemble des mesures politiques prises par le gouvernement pour gérer l’accentuation de la crise causée par l’embargo. L’expression, typique des environnements idéologiques religieux comme celui du régime iranien, a pour but de faire face aux réalités pratiques sans se départir de sa vitrine doctrinale d’une part, et de s’inscrire dans la durée, d’autre part. Ali Khamenei, actuel Guide suprême, dans un discours de 2012, expliquait qu’« avoir une économie de résistance, signifie pour une économie, de pouvoir conserver un mouvement de croissance économique tout en diminuant ses points de vulnérabilité Â». Cette terminologie est aussi employée pour justifier les connexions existant entre activités économiques et sphère militaire (on peut penser, pour ne citer qu’elle, à la holding de BTP Khatam al Anbia appartenant aux Gardiens de la Révolution, sévèrement touchée par les frappes israéliennes de juin 2025). Ainsi, la présence de l’ennemi extérieur, impitoyable, ne laisse pas d’autre choix que celui d’une perpétuelle économie de guerre.

            Quelle différence, dès lors, avec la récente « guerre des douze jours Â» ? Faut-il, comme vous le suggérez, parler de point de rupture ? Je serais tentée de dire : oui, et non. 

            Oui, parce que, pour la toute première fois depuis l’avènement de la République islamique, la guerre israélo-iranienne a pris une forme classique, armée et directe. Jusqu’alors, nous n’avions assisté qu’à une dramaturgie oblique : rhétorique enflammée (avec en scie majeure, « marg bar esrail ! marg bar amrika ! Â», en français « Mort à Israël ! Mort à l’Amérique ! Â»), conflit larvé, attaques numériques (pensons au ver informatique israélien Stuxnet autour de 2010) et guerre par procuration (proxy war). La République islamique s’est construite sur deux mythes fondateurs : la prise d’otages de l’ambassade américaine de Téhéran (qui dura quatre cent quarante-quatre jours et couta à Jimmy Carter sa réélection) et la remise en cause de la reconnaissance de facto de l’État d’Israël par l’Iran, en 1948. 

            Pourquoi nier l’existence d’Israël ? Pourquoi cette anamnèse douloureuse de l’Autre ? Deux raisons immédiates et une troisième, conséquente des premières, sont à considérer. D’abord, l’identification du Shah avec l’Occident, dont il aurait été le cheval de Troie. Ensuite, l’exigence idéologique consistant à percevoir Israël (« l’entité sioniste Â» ou la « Palestine occupée Â») comme une dar el islam (terre d’islam) volée, statut bien pire que celui de dar al harb (terre de guerre), selon les catégories islamiques. Enfin, l’antisionisme constitue un softpower surpuissant, peut-être le plus puissant, à considérer l’espace médiatique qu’occupe la question palestinienne. La République islamique l’a vite compris : continuer d’incarner l’épicentre de la lutte anti-israélienne de façon crédible (chose encore plus aisée depuis les accords d’Abraham et la régularisation des relations de plusieurs pays arabes avec Israël) donne un fort pouvoir d’influence. Téhéran a, en conséquence, tout intérêt à continuer de nourrir et de diffuser des discours antisionistes à l’échelle internationale et aucun avantage à ce qu’une guerre réelle ait cours.

            En revanche, on ne peut pas parler de point de rupture concernant le système lui-même.

L’architecture institutionnelle décentralisée confère au régime une grande capacité de résilience. Les assassinats récents de hauts responsables n’ont pas paralysé le système. Là où des esprits persuadés à tort de son caractère pyramidal auraient prédit l’effondrement, l’infrastructure tient bon. Tous les dignitaires sont remplaçables. La « réserve Â» de stratèges de haut vol est grande. Et, si d’aventure, certains postes ne devaient pas être rapidement pourvus, la mécanique institutionnelle ne s’en trouverait pas grippée.  Elle persiste, comme si les récentes frappes israéliennes avaient révélé la vérité d’un système fondé sur l’anonymat stratégique. Reste à voir si la disparition de figures clefs peut exacerber les tensions bureaucratiques, créer plus de rivalités internes ou ranimer des concurrences de couloirs.

L’escalade militaire avec Israël d’avril 2025 a-t-elle ragaillardi la légitimité du régime, ou révèle-t-elle plutôt une impasse stratégique ?

            Le conflit qui s’est déployé entre l’Iran et Israël de 2024 à 2025 a connu plusieurs phases. La première scène s’ouvrit le 1er avril 2024 par un bombardement israélien d’une annexe consulaire iranienne à Damas. Parmi les morts, plusieurs hauts responsables de la République islamique, dont le Général de brigade Zahedi, impliqué dans l’orchestration des attaques du 7 octobre par le Hamas qui avait causé autour de mille deux cents morts. Treize jours plus tard, le 13 avril, l’Iran répondit par le feu, en déclenchant l’opération va’deh-ye sadeq, qu’on traduit usuellement par « Promesse honnête Â». Israël frappa à son tour, le 19 avril, le sol iranien. 

            Une deuxième phase d’hostilités s’est ensuite déroulée entre le 31 juillet, avec l’assassinat d’Ismaïl Haniyeh, dirigeant du Hamas, en plein Téhéran, et le 26 octobre 2024, avec la riposte israélienne aux tirs iraniens du 1er octobre.

            Ce que l’on nomma d’abord « escalade Â» s’est mué en engrenage. La troisième séquence, inaugurée le 13 juin 2025, prit la forme d’une guerre ouverte entre deux belligérants aux rhétoriques inconciliables. 

            Peut-on, en toute cohérence, considérer la capacité de riposte de Téhéran comme un affermissement de la légitimité du régime ? Peut-être faudrait-il en premier lieu se demander : aux yeux de qui ? Car toute légitimité, pour être réelle, requiert un regard qui la confirme. Les Iraniens eux-mêmes n’ont pas trouvé plus de légitimité à leur gouvernement qu’auparavant. Les mêmes marges populaires ont critiqué, applaudi, ou redouté sans soutenir.[2] Ã€ la rigueur, à ne considérer que cette population iranienne dont la majorité est sceptique quant à la politique extérieure du régime (n’oublions pas l’un des slogans phares de toute manifestation en Iran : « Na gazeh, na lubnan, janam fada-ye Iran Â», « ni Gaza, ni Liban, mon âme va à l’Iran Â»), c’est l’humiliation et la perte de crédibilité qui ont pu prévaloir : les salves de trois cents drones et missiles n’ayant efficacement atteint de cible symbolique forte de l’État hébreu (seules les bases aériennes de Nevatim et de Ramon subirent de légers dommages). Rien qui puisse, dans l’imaginaire collectif ou l’économie symbolique de la guerre, contrebalancer l’humiliation première : l’attaque sur l’ambassade iranienne de Damas. Ce n’était pas la réponse attendue ; ce fut une mise en scène sans résolution.

            L’avanie fut évidemment plus grande encore quand, en juillet, Ismaïl Haniyeh fut tué en pleine cérémonie publique, au cÅ“ur de Téhéran : ce dernier assistait à l’investiture du Président Massoud Pezeshkian, successeur d’Ebrahim Raïssi décédé au cours de son mandat, dans un accident d’hélicoptère. 

            Légitime dès lors aux yeux de qui ? Aux yeux des Suds, des non-alignés, des anti-impérialismes, mais aussi des rues arabes[3] et de leurs relais. Depuis le 7 octobre 2023, on assiste à une redéfinition des cartes, de sorte qu’elles ne se dessinent plus au travers des haines entre sunnites et chiites, haines qui avaient trouvé un point d’orgue (en dehors de l’Irak), à l’heure du conflit syrien et de la contagion djihadiste dans le monde. L’opposition entre les deux communautés s’estompe[4] devant la question palestinienne pour laquelle la République islamique d’Iran s’impose comme le seul acteur dont la fidélité n’a pas été altérée par le cynisme ni par les oscillations du marché diplomatique. Il y a dans cette constance – qu’on l’admire ou qu’on la redoute – quelque chose qui relève moins de la stratégie que de la liturgie. Les discours acerbes de la Turquie contre Israël ? Tout cela pèse très peu face au poids des faits. Il faut une certaine ingénuité, ou une mémoire sélective, pour voir un engagement sincère d’Ankara à travers la voix de Recep Tayyip Erdogan, Président de la République et chef de l’AKP aux inclinations fréristes. Ankara reconnaît l’État hébreu depuis sa création en 1948, de facto, puis de jure

            Non. Le seul soutien solide aux Palestiniens n’est autre que celui du régime des mollahs, et les ripostes iraniennes d’avril 2024 sont venues renforcer une fiabilité qui avait jusqu’alors pris la forme d’une lutte par la stratégie de la « boiling frog Â», cette grenouille mourant sans réagir du fait du caractère progressif de l’augmentation de la température de l’eau dans laquelle le batracien est plongé. La formule revient comme une litanie sur les canaux des Gardiens de la révolution. Elle constitue un exemple probant de la culture iranienne de l’inertie : cette doctrine vise l’usure de l’« entité sioniste Â». Cette lenteur doit user, certes, comme pour toutes les autres guerres, le moral et le portefeuille, mais aussi constituer une durée nécessaire à une bipolarisation acerbe du monde, de sorte que, à la faveur du temps long du conflit, grossissent les rangs des défenseurs de la Palestine et des ennemis de l’État juif.

Assiste-t-on encore à un socle idéologique partagé au sommet, ou la théocratie se délite-t-elle en clans irréconciliables ? Et que dire de « la chasse aux espions Â» en cours ?

            La chasse aux espions en cours n’est pas un phénomène inédit en Iran. C’est un rituel ancien, presque codifié, réactivé à chaque frémissement du corps politique, qu’il soit provoqué de l’intérieur, par les failles de l’ordre, ou de l’extérieur, par des ingérences. Au premier jour de l’offensive israélienne de juin, on a constaté l’utilisation de drones infiltrés pour certaines attaques. Dans la logique de tout État obsédé par sa survie, la chose n’admettait qu’une conclusion : il y avait, quelque part, sur le territoire iranien, des traîtres. Le prétexte était prêt, le lexique aussi : infiltrésennemis de l’intérieuragents sionistes. La République islamique a ainsi immédiatement enclenché deux dispositifs. Le premier, brutal, expéditif, est politiquement rentable : il s’agit d’arrestations ciblées d’opposants « bien connus », déjà marqués du sceau du soupçon, arrêtés sous couvert de connivence avec l’ennemi. Internet fut coupé plusieurs jours durant et les familles ne purent plus suivre les traces des leurs, ni constater les absences. Le second dispositif consiste, quant à lui, en de vraies enquêtes pour identifier les véritables auxiliaires de l’État hébreu sur place. Or, c’est bien ce décalage, entre promptitude de la répression et lenteur de l’enquête, qui jette une ombre sur les justifications du régime.

            Par ailleurs, concernant les antagonismes au cÅ“ur du système, ils ont toujours existé, mais pas de façon assez structurée, jusqu’à présent, pour qu’on pût pressentir la menace d’un coup d’État. À l’issue des grands bouleversements comme celui de la guerre des douze jours, les soupçons de solde de rivalités, et donc de dissensions internes sont plus nombreux qu’en temps normal. Par exemple, la mort d’Ali Taeb, récemment annoncée avec discrétion sur les canaux officiels iraniens, entre dans cette catégorie de faits dont le non-dit pèse plus que la nouvelle elle-même. Aucune précision. Aucun récit. Rien, sinon la nouvelle d’un décès livrée au public sans détails. Et c’est justement cette absence d’information qui ouvre la porte aux conjectures. Le journal israélien Maariv avait d’ailleurs souligné la portée opaque de cette disparition. Il rappelle que le quartier général Thar Allah, que supervisait Ali Taeb au nom du Guide suprême, est l’un des centres névralgiques de la répression à Téhéran, c’est-à-dire un organe de contrôle plus que de défense. Or, ce QG figurait parmi les cibles présumées des récentes frappes israéliennes. La famille Taeb constitue l’une des épines dorsales du pouvoir sécuritaire iranien. Hussein Taeb, frère d’Ali, dirigea jusqu’en 2022 les services de renseignement des Gardiens de la révolution. Il était par ailleurs un proche de Mojtaba Khamenei, fils de l’actuel guide, spectre du futur par une probable succession. Un autre frère, Mehdi Taeb, continue d’occuper une place influente dans l’appareil du pouvoir. Ali Taeb, en tant que représentant du Guide au sein du QG Thar Allah, ne se contentait pas d’exercer une autorité administrative, il portait la charge de l’orthodoxie dogmatique. C’est à lui que revenait la tâche d’assurer que la répression fût organisée selon les exigences idéologiques. Sa disparition soudaine revêt une indéniable dimension révélatrice des arcanes de la politique intérieure. La formule « règlement de compte Â» est sur toutes les lèvres en Iran, même si chacun sait que nul ne connaîtra jamais le fin mot de l’affaire.

            Pour l’heure, même si la question des dissensions internes est évidemment exploitée par les grands mouvements d’opposition (pensons aux publications des Moudjahidines du peuple, groupe islamiste peu apprécié des Iraniens pour la trahison dont ils se rendirent coupables pendant la guerre Iran-Irak, prévoyant une chute, toute proche, du régime du fait de discordes corybantiques), il est encore un peu tôt pour envisager sérieusement une telle option. 

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[1] Pensons à la Résolution 479 (1980), à la Résolution 514 (1982) et à la Résolution 598 (1987) du Conseil de sécurité des Nations Unies, proposant des cessez-le-feu ouvrant la possibilité de négociations. L’Iran n’a jamais mis en place les conditions exigées.

[2] Une partie marginale soutient le régime et son idéologie, et, à l’autre extrémité du spectre, une faible frange populaire se range dans une opposition si forte qu’elle tient un discours proche de celui des néoconservateurs américains, défendant, par exemple, la perspective d’un regime change opéré par des puissances étrangères. Entre les deux, l’écrasante majorité des Iraniens n’aime pas la théocratie et considère les quarante-cinq années de turban comme une parenthèse dans l’histoire, en comparaison avec les millénaires de pouvoir impérial, sans souhaiter, cependant, un départ des mollahs par l’intervention d’un pays tiers, comme Israël ou les États-Unis. Ceux-là ne souscrivent pas aux manÅ“uvres de politique extérieure de la République islamique (sauf ceux visant Daech et plus largement l’islamisme sunnite) sans être des soutiens à l’État hébreu.

[3] Opinion populaire dans le monde arabo-musulman. L’expression est depuis longtemps régulièrement employée dans les journaux arabophones et s’est répandue dans les médias occidentaux surtout après la première intifada, puis intensifiée après l’invasion du Koweït, avant d’entrer dans les termes consacrés, après le 11 septembre 2001 : il désigne les aspirations populaires, par contraste avec les décisions prises au niveau des États. Le terme est aujourd’hui particulièrement employé pour parler de la question palestinienne, étant donné l’écart perceptible entre des pays arabes qui peuvent reconnaître l’État d’Israël et parfois même lui apporter un soutien concret, et leurs populations, largement propalestiniennes. 

[4] Pas partout, évidemment. On pense aux violences du district de Kurram, dans le nord-ouest du Pakistan, où des affrontements ont fait au moins 82 morts et plus de 150 blessés en trois jours, en novembre 2024.


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