
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Imaginez un scénario digne d’un roman noir, mais sans la fiction : un agent secret italo-américain, des loges maçonniques opérant dans l’ombre, la mafia sicilienne, la CIA et une ambassade américaine tirant les ficelles d’un jeu joué sur le dos de la démocratie italienne. C’est le tableau qui se dessine dans l’essai de Piera Amendola, Pères et parrains des loges invisibles, lorsqu’il s’agit de Frank Gigliotti, le « Bouddha » de Roosevelt, et de l’unification maçonnique de 1960. Mais procédons par ordre, car ici, l’histoire devient aussi dense que la fumée d’un cigare dans une pièce close.
Frank Gigliotti, Calabrais émigré aux États-Unis, pasteur presbytérien et franc-maçon de haut rang, n’était pas un homme ordinaire. Agent de l’OSS pendant la Seconde Guerre mondiale, puis de la CIA, il avait pour mission de préparer le débarquement allié en Sicile, et il l’a fait avec un allié encombrant : la mafia. Mais ce n’est pas tout : tel un marionnettiste, Gigliotti tissait des liens entre la franc-maçonnerie américaine et italienne, avec pour objectif de placer le Grand Orient d’Italie (GOI) sous l’aile protectrice des loges d’outre-Atlantique. En 1960, l’unification entre le Suprême Conseil de Palazzo Giustiniani et celui d’Alliata, une opération soutenue par les Américains, n’était pas seulement une affaire de fraternité maçonnique. C’était une manœuvre politique, un rouage de la Guerre froide visant à déplacer le centre de gravité du GOI vers la droite, loin de ses composantes antifascistes, socialistes et communistes. Et le prix à payer ? L’entrée d’anciens fascistes et de figures liées à des milieux peu recommandables, comme Giovanni Francesco Alliata, accusé d’être impliqué dans le massacre de Portella della Ginestra.
Mais le véritable coup de théâtre, ce sont les « loges OTAN ». Des loges maçonniques réservées aux militaires et civils américains en Italie, opérant dans une sorte d’extraterritorialité, hors du contrôle du GOI. De Rome à Vicence, de Tirrenia à San Vito dei Normanni, ces structures accueillaient du personnel des bases de l’OTAN, mais ce qu’elles faisaient vraiment reste un mystère. La commission Anselmi, enquêtant sur la loge P2, a tenté de faire la lumière, mais s’est heurtée à un mur de secret. Et ce n’est pas tout : les investigations de juges comme Felice Casson, qui a découvert Gladio, et celles sur l’attentat de la Piazza della Loggia, ont révélé des fréquentations suspectes entre ces loges et l’extrême droite, avec en toile de fond des dépôts d’armes et des opérations secrètes.
Et puis il y a Palazzo Giustiniani, le siège historique du GOI, confisqué par le fascisme et partiellement restitué en 1960, sous le regard vigilant de Gigliotti et de l’ambassadeur américain Zellerbach. Un compromis qui a des airs de capitulation : les Américains ont conditionné le retour du GOI dans son siège à l’unification maçonnique, une opération qui a ouvert la porte à des personnages douteux et a scellé l’influence américaine sur la franc-maçonnerie italienne. Une franc-maçonnerie qui, loin d’être un simple club d’initiés, s’est retrouvée à faire le pont entre services secrets, mafia et politique, dans un jeu qui a marqué l’histoire italienne d’après-guerre.
Que nous dit tout cela ? Que l’Italie, pendant la Guerre froide, n’était pas seulement un allié des États-Unis, mais un terrain de conquête pour leurs intérêts géopolitiques. La franc-maçonnerie, avec ses loges secrètes et ses « frères » ambigus, a été un outil pour contrôler le pays, marginalisant les voix dissidentes et favorisant un système opaque où mafia, services déviants et extrême droite trouvaient un terrain commun. C’est une histoire qui sent les compromis et les trahisons, qui nous rappelle à quel point la démocratie italienne a été, pendant des décennies, un champ de bataille pour des pouvoirs occultes. Et, pour être cynique, on pourrait se demander : combien de ces ombres ont vraiment disparu ?
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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