
Par Sébastien Marco Turk
Le 20 janvier 2025 a marqué l’apogée d’une transformation sociale d’ampleur inédite. Il ne s’agit pas seulement de l’investiture de Donald Trump, mais de l’aboutissement d’une série d’événements d’une intensité presque inexplicable. Tout cela tient à un phénomène que nous appelons l’imprévisibilité de l’histoire. Celle-ci s’est révélée être le véritable maître de l’humanité, malgré l’illusion que l’homme puisse contrôler son destin aussi bien que la société qui l’entoure.
L’imprévisibilité de l’histoire repose sur celle de l’individu exerçant une fonction sociale majeure et sur les circonstances imprévues auxquelles il est confronté. Si nous nous référons aux dernières décennies, celles qui ont façonné le monde moderne, nous observons précisément cette force à l’œuvre. Pour l’illustrer, nous analyserons trois figures majeures : Donald Trump, Mikhaïl Gorbatchev et Jean-Paul II. Si ce dernier émet des réserves quant à la notion d’« homme d’État », considérons néanmoins que le Vatican est bel et bien un État.
Mikhaïl Gorbatchev était, à l’origine, un apparatchik soviétique. Sans cela, il n’aurait jamais accédé au poste de secrétaire général du Parti communiste. Entré très jeune dans le système, il gravit les échelons en passant par le Komsomol de Stavropol, avant de devenir en 1970 le premier secrétaire pour cette région. Il poursuit son ascension à Moscou et, en 1980, devient membre du Politburo. En mars 1985, il est élu secrétaire général, prenant ainsi la tête de l’État.
À partir de là, une succession de décisions inattendues bouleverse le cours de l’histoire, du moins si l’on se place du point de vue d’un apparatchik soviétique « classique ». Gorbatchev aurait pu perpétuer la lignée de ses prédécesseurs, ce qui aurait été l’option la plus probable. Pourtant, il choisit une voie radicalement différente. Bien que la perestroïka soit souvent attribuée à Alexandre Yakovlev, son mentor, ce dernier ne s’était jamais engagé activement dans sa mise en œuvre, conscient des dangers qu’elle représentait à l’époque. Gorbatchev, en revanche, décida en son for intérieur de rendre possible l’avènement de la démocratie pour le peuple soviétique.
Il mit en œuvre la perestroïka avec méthode et détermination. Mais dès les premières mesures, il comprit les conséquences qui allaient en découler. Lorsque les tabous furent levés, il savait que la première figure remise en question serait Lénine (Staline ayant déjà été détrôné dans un contexte historique plus nuancé bien auparavant). Il lui était clair que la chute des dominos se poursuivrait jusqu’à l’effondrement final du régime. Il aurait pu arrêter ce processus – à sa place, n’importe quel fonctionnaire soviétique l’aurait sans doute fait. Mais s’il l’avait interrompu, jamais la démocratie n’aurait vu le jour en Union soviétique. Il choisit donc de franchir le Rubicon, avec toutes les conséquences.
Il a retiré l’armée d’Afghanistan, reconnaissant ainsi une défaite militaire ce qui a été sans précédent dans l’histoire soviétique. Il a entamé le dialogue avec le président Reagan pour limiter l’arsenal nucléaire. En plus, il a introduit la liberté d’expression et engagé des réformes économiques qui ont profondément ébranlé le système du parti unique. Mais surtout, Gorbatchev a refusé d’intervenir militairement lorsque, entre 1989 et 1990, les pays du bloc de l’Est ont tourné le dos au communisme. In fine : le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui est né des décisions imprévisibles d’un apparatchik du parti devenu réformateur.
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Un dernier point : Gorbatchev incarne également un contraste saisissant avec Vladimir Poutine. Là où le premier a ouvert l’Union soviétique et brisé des tabous, le second œuvre à refermer la démocratie russe, allant jusqu’à éliminer physiquement ses opposants. Il rétablit la toute-puissance du « Comité central », dont il est lui-même l’incarnation. Sur la scène internationale, contrairement à Gorbatchev qui cherchait à désengager l’URSS de conflits extérieurs, Poutine multiplie les fronts et déclenche de nouvelles guerres. Si Gorbatchev aspirait à démanteler l’Union soviétique pour offrir la liberté à ses citoyens, Poutine, lui, s’emploie à la reconstruire sous une forme impérialiste et totalitaire.
À ses côtés, Jean-Paul II a lui aussi joué un rôle décisif sur l’échiquier mondial. Son élection elle-même fut un événement inattendu. Depuis cinq siècles, le pape devait être choisi parmi les cardinaux italiens, une tradition quasi intangible. Pourtant, un homme osa briser ce consensus : le cardinal Franz König, archevêque de Vienne et fondateur de l’Académie européenne des sciences et des arts. Lorsque, après plusieurs tours de scrutin, aucun candidat italien — notamment le cardinal Giuseppe Siri — ne parvint à obtenir la majorité nécessaire, König, appuyé par des figures influentes comme Jean-Marie Villot et Joseph Ratzinger, proposa Karol Wojtyła comme candidat de consensus. Ainsi se scella l’histoire.
Mais Jean-Paul II aurait pu n’être qu’un pape ordinaire, un simple chef de l’Église, voire contribuer à sa désagrégation, à l’image de son successeur actuel. Il aurait sans doute reçu les louanges des médias et des milieux progressistes. Pourtant, il fit un choix radicalement différent, assumant des risques considérables. Et c’est sur ce point, crucial, que son destin croise étrangement celui de Trump. Un détail essentiel les relie : la frontière ténue entre la vie et la mort.
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Le 13 mai 1981, Ali Ağca tenta d’assassiner Jean-Paul II. Un événement encore auréolé de mystère. Qui se cachait derrière le tireur ? Une chose est certaine : il était arrivé en Italie en passant par la Yougoslavie. L’hypothèse d’une implication du KGB est plus que plausible. En théorie, un tel déplacement aurait pu passer inaperçu. En pratique, il est difficile d’imaginer qu’il ait traversé la République socialiste fédérative de Yougoslavie sans éveiller les soupçons des services de sécurité.
Pour aller droit au sujet, l’histoire de la troisième balle tirée par Ali Ağca lors de l’attentat contre Jean-Paul II relève presque de l’incroyable. Elle incarne, par essence, l’un des sommets de l’imprévisibilité historique. Pour demeurer totalement objectifs, nous nous abstenons de tout commentaire et laissons parler deux sources : l’une issue du site cath.ch, l’autre du pape lui-même. Ainsi : « Les médecins et chirurgiens en charge d’intervenir pour soigner le pape polonais ont révélé plus tard qu’ils l’avaient opéré sans vraiment croire à la survie de leur patient, étant donné la gravité des dommages infligés au pape par les trois balles. Le fait qu’aucun des organes vitaux n’ait été touché par les balles est considéré comme un signe du Ciel. Tireur professionnel, Mehmet Ali Ağca n’avait pas prévu de rater sa cible. Et pourtant, ni son expérience, ni sa détermination n’ont permis d’atteindre le pape en plein cœur. En effet, la balle a été comme «déviée», déclara le personnel médical. » (Source : https://www.cath.ch/newsf/lattentat-de-jean-paul-ii-tournant-marial-de-son-pontificat/)
Et qu’en a pensé Jean-Paul II lui-même ? Ses paroles sont sans équivoque :« Au moment où je suis tombé sur la place Saint-Pierre, j’ai eu la forte impression que j’allais être sauvé […] une main a déclenché le revolver, l’autre a guidé la balle.» (Source : https://bordeaux.dominicains.com/homelies/une-main-a-tire-une-autre-a-guide-jean-paul-ii/)
Ce point conduit à un moment crucial, à un instant analogique qui, à bien des égards, a tout décidé. C’était l’attentat échoué contre Donald Trump, le 13 juillet 2024, en Pennsylvanie. Inutile de s’étendre sur les raisons pour lesquelles nous insistons sur cet événement.
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Si Jean-Paul II avait succombé à cet attentat, la Pologne, nation la plus puissante du bloc de l’Est avec ses 40 millions d’habitants, serait restée passive, inerte. Cette inertie aurait entraîné des répercussions profondes sur toute l’Europe de l’Est. Mais le pape, par son engagement, a encouragé la Pologne à se lever, à la fois sur le plan religieux et national. Son influence s’est propagée aux pays voisins. Lorsque ce mouvement atteignit son apogée à la fin des années 1980, même les apparatchiks les plus endurcis de Moscou durent en accepter la logique. Ils laissèrent alors Gorbatchev ouvrir la voie à l’indépendance de l’Europe de l’Est.
Nul ne sait ce qui se serait passé si Donald Trump avait, lui aussi, quitté la scène de l’Histoire. Les idéologies destructrices (avec le wokisme comme figure de proue) auraient poursuivi leur œuvre, précipitant la disparition de l’Occident. Pour ces raisons, il convient d’insister sur certains détails peu connus concernant l’attentat de 2024.
À nouveau, tout repose sur une balle. Techniquement, elle mesure 7,92 mm de diamètre et peut atteindre une vitesse comprise entre 641 et 738 m/s. Son poids : 8 grammes. Le tireur visait sa cible à une distance de 120 mètres. Entre le moment du tir et l’impact, il ne s’est écoulé que 0,174 seconde. Bien trop court pour que Donald Trump puisse réagir de quelque manière que ce soit.
Le fait que l’actuel président des États-Unis ait tourné la tête à cet instant précis relève-t-il du pur hasard ? D’une logique supérieure ? Nous ne le savons pas et nous ne le saurons jamais. Mais ce qui est certain, c’est que tout était bien réel : l’assassin a tiré huit coups de feu, tuant une personne et en blessant grièvement une autre.
La seule certitude que nous pouvons tirer de tout cela, c’est que l’homme, acteur central de l’histoire, demeure soumis à son imprévisibilité—une imprévisibilité qui, fort heureusement, s’exprime souvent de manière positive. À cet égard, concluons par un exemple révélateur : il suffit d’une action, voire d’un simple mot, pour infléchir le cours de l’histoire.
Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989, principalement en raison d’une déclaration maladroite d’un fonctionnaire est-allemand, Günter Schabowski, lors d’une conférence de presse. Ses propos ont provoqué une confusion générale et conduit à l’ouverture des frontières.
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Membre du Politburo et porte-parole du Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED), Schabowski s’adressait aux journalistes à Berlin pour évoquer les nouvelles règles de voyage applicables aux citoyens de la RDA. Ces réformes, adoptées par le gouvernement est-allemand, visaient à assouplir les déplacements vers l’Ouest, tout en imposant certaines procédures et autorisations.
Lorsqu’un journaliste lui demanda quand ces nouvelles règles entreraient en vigueur, Schabowski, visiblement mal informé, feuilleta fébrilement ses documents avant de prononcer la phrase restée célèbre : « D’après mes informations… immédiatement, sans délai. »
Cette déclaration, reprise aussitôt par les médias, provoqua un afflux massif de citoyens est-allemands vers les postes-frontières du mur de Berlin. Pris au dépourvu, les gardes-frontières, sans directives précises, ne surent comment réagir. Sous la pression de la foule, ils finirent par ouvrir les points de passage, entraînant un franchissement spontané et massif du mur dans la soirée.
Cet événement marqua symboliquement le début de la fin de la RDA et de la guerre froide. L’imprudence de Schabowski devint l’un des exemples les plus frappants d’un moment où une simple déclaration pouvait bouleverser le cours de l’histoire.
Pourtant, à quoi se fier désormais, dans les circonstances troublantes et impondérables ? La réponse qui est impliqué dans ce texte, est simple bien que paradoxale : à l’imprévisibilité de l’histoire. Il n’y a pas de guide plus fiable.
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Sébastien-Marco Turk, docteur ès lettres de l’Université Paris-Sorbonne, Professeur des Universités, spécialiste de littérature française, ex-fondateur de jeunesse démocrate-chrétienne anti-Yougoslave en Slovénie, anime régulièrement des émissions politiques et géopolitiques à la télévision slovène « exodus ». Il nous livre une vision intéressante d’un intellectuel proche de l’Ukraine, marqué par le totalitarisme communiste et parfois choqué par la difficulté avec laquelle les Européens de l’Ouest, France en tête, perçoivent une Russie que la vision gaulliste a selon lui trop souvent dépeint sous des jours pour le moins indulgents … D’où le rappel historique et le parallélisme opéré par l’auteur – ceteris paribus – entre 1941 et 2022.
