La dernière guerre?

La dernière guerre?

lediplomate.media — imprimé le 22/01/2025
Jet, avion de chasse, image de la nature. Libre d'utilisation.
Jet, avion de chasse, image de la nature. Libre d’utilisation.

Par Alexandre Aoun

Avons-nous assisté au dernier conflit de grande intensité au Moyen-Orient ? Le morcellement de l’axe iranien et sa perte d’influence vont indubitablement rabattre les cartes géopolitiques. Alors que Téhéran cherchait à casser la dynamique de la normalisation avec l’Etat hébreu, l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, qui coïncide avec l’arrivée de Donald Trump, laisse entrevoir un prochain retour du processus des Accords d’Abraham. Analyse.

Le pari iranien n’a pas marché. L’attaque du 7 octobre devait insuffler un vent de changement dans la région pour contrebalancer la vague de normalisation entre les Etats arabes et Israël. Si les chancelleries du Golfe et les pays du Moyen-Orient ont tous communiqué pour « déplorer » les bombardements sur l’enclave gazaouie et « accuser » l’État hébreu de commettre des crimes de guerre, aucun n’a osé bougé le petit doigt.

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Vers une reprise prochaine des accords d’Abraham ?

Malgré les nombreux appels de Téhéran pour imposer un embargo économique, les pays ayant des relations avec Israël n’ont même pas évoqué l’idée de rompre leurs relations diplomatiques et ce, alors qu’Amman et le Caire étaient directement menacé par le conflit à Gaza. La Jordanie a même aidé à intercepter des missiles iraniens lors des deux salves sur l’Etat hébreu. Les renseignements israéliens ont même reçu l’assistance des renseignements émiratis et saoudiens. Seule la Turquie a décidé de renvoyer l’ambassadeur et de mettre un terme aux liens économiques bilatéraux. Or, cette mesure était contournable pour les industriels turcs par le biais des pays tiers.

Ce conflit long de plus de 15 mois est riche en enseignements. Si les peuples arabes restent fidèles à la cause palestinienne, les dirigeants ont eux tourné la page de la confrontation directe avec l’Etat hébreu. Ils sont dans une approche collaborative, tournés vers l’avenir et l’ouverture économique. Si la rue soutenait le Hamas, le Jihad islamique, le Hezbollah et les Houthis au gré des combats, les chancelleries misaient sur leur défaite militaire. Ce conflit n’a fait que mettre entre parenthèses le prolongement des accords d’Abraham. Quelques jours avant le 7 octobre, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salmane admettait face caméra, pour la première fois, que le processus de normalisation avec Israël avançait.

La poursuite de la pacification des relations israélo-arabes prendra certainement un peu plus de temps que prévu pour arriver à une solution équitable des deux côtés. Est-ce qu’Israël serait prêt à accepter la création d’un Etat palestinien en contrepartie d’une normalisation avec Riyad ? Si Riyad rejoint les accords d’Abraham, d’autres pays arabo-musulmans suivront plus facilement. L’homme fort du royaume saoudien est obligé d’obtenir une garantie pour le peuple palestinien et non reproduire le même deal qu’en 2020.

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L’Iran a-t-il vendu « l’axe de la résistance » sur l’autel de la realpolitik ?

Le front du refus a-t-il toutefois livré sa dernière bataille, son baroud d’honneur ? « L’axe de la résistance », piloté par Téhéran, a subi de nombreux revers. Le Hezbollah a été contraint d’accepter un cessez-le-feu défavorable. Le parti de Dieu a retiré ses forces spéciales au nord du fleuve Litani et doit livrer ses armes lourdes. Après avoir été omnipotent et omniprésent sur la scène libanaise, le mouvement chiite n’a pas réussi à consolider ses acquis, pris au piège de son propre narratif de « résistance » hérité des années 1980. Aujourd’hui, l’organisation du défunt Hassan Nasrallah a été obligé d’accepter l’élection de Joseph Aoun à la tête du pays et n’a rien pu faire pour s’opposer à la nomination du Premier ministre Nawaf Salam. De surcroît, la chute de Bachar el-Assad l’isole de son parrain iranien. Le fameux corridor terrestre est devenu caduc. Le territoire syrien est maintenant hostile aux intérêts iraniens. La perte de sa principale source d’approvisionnement et les lourds dégâts subis par les bombardements israéliens ont impacté lourdement le Hezbollah sur la scène libanaise et régionale.

D’ailleurs, la Syrie était malgré elle comprise dans le bloc iranien. Bachar el-Assad avait refusé d’ouvrir un front au niveau du Golan. Décision qui a terni l’image d’unité mise en avant par l’Iran et ses alliés.

Concernant le rôle de l’Iran, le pays des mollahs est rentré dans cette guerre sans y être réellement rentré. L’appui logistique, militaire et diplomatique a été constant, mais Téhéran ne pouvait pas se risquer d’entrer en guerre ouverte contre l’Etat hébreu et donc contre les Etats-Unis. L’Iran a réussi à tisser un réseau d’alliances aux quatre coins du Moyen-Orient en profitant du vide laissé par le nationalisme arabe pour combler cette place vacante en reprenant le flambeau du discours pro-palestinien. Aujourd’hui ce bloc se morcelle et les autorités iraniennes regardent ailleurs à l’est vers la Chine et la Russie mais également vers Washington et Bruxelles pour obtenir la levée des sanctions qui impactent durement son économie et la condition de vie des Iraniens.

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La refonte de l’approche israélienne

Qui pour reprendre ce flambeau de la lutte contre Israël ? Bien que le discours du sultan d’Ankara soit teinté de bellicisme, le chef d’Etat turc sait parfaitement ménager la chèvre et le chou. Plaire à la rue arabe sunnite avec des mots enflammés sur la cause palestinienne et une critique acerbe des autorités israéliens tout en entretenant des rapports économiques important avec l’Etat hébreu par le biais du gaz et du pétrole. La Turquie est de surcroît membre de l’Otan. L’ancienne sublime porte a d’autres intérêts que la Palestine et œuvre à étendre ses zones d’influences dans le nord de la Syrie et de l’Irak pour empêcher l’irrédentisme kurde.

Les nouveaux maîtres de la Syrie, bien qu’islamistes, ont fait savoir à maintes reprises qu’ils n’avaient aucun problème avec Israël. Ils n’ont à peine réagi à la conquête des territoires dans le Golan occupé. Pour les Syriens, l’objectif n’est plus la lutte contre « l’entité sioniste », il est à la reconstruction et à la levée des sanctions pour attirer des investissements étrangers. Il est fort à parier que la nouvelle administration de Donald Trump agitera la fin des mesures coercitives contre la Syrie en échange d’une normalisation des relations avec l’Etat hébreu, à l’instar du troc opéré en 2020 pour obtenir l’accord du Soudan pour rejoindre les accords d’Abraham.

Au Liban, le moral est à la hausse pour la simple est bonne raison que les habitants du pays du Cèdre veulent enfin tourner la page de ce cycle de guerre par procuration qui se joue sur son territoire. Le Liban veut revenir cette Suisse du Moyen-Orient qui jadis était le joyau du monde arabe pour son ouverture, sa tolérance, sa culture et son modèle économique.

Ce nouveau Moyen-Orient reste tout de même dépendant des actes et choix des autorités israéliennes dans la région. La cause palestinienne bien que délaissée par tous les gouvernements de la région demeure centrale pour la rue arabe. En l’absence du respect du droit des Palestiniens et de la souveraineté d’un Etat avec des frontières reconnues internationalement avec son propre système régalien, Israël risque de créer une nouvelle génération de mouvements radicaux qui pourront agir de manière totalement erratique. De plus, le traumatisme de la guerre à Gaza par ses innombrables pertes civiles est déjà un terreau fertile pour la conception d’un Hamas 2.0. Les leçons de l’impopularité de l’Autorité palestinienne doivent être tirées. La région est à l’aube d’une nouvelle ère qui nécessite un changement profond de l’approche israélienne.

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