Le Pakistan à la croisée des chemins : La montée du terrorisme et de l’instabilité

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carte du Pakistan
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R.

L’année 2024 restera gravée dans les mémoires comme l’une des plus sombres et des plus sanglantes de l’histoire récente du Pakistan. Près de 1 500 vies ont été perdues, plus de 4 000 personnes ont été blessées, et le tissu social du pays s’est déchiré sous l’effet d’une spirale de violence impliquant l’armée, les forces de sécurité et les civils. Aujourd’hui, le pays fait face à une crise sans précédent, aggravée par une direction militaire qui semble plus préoccupée par la répression de l’opposition politique—en particulier le PTI et Imran Khan—que par la gestion des menaces émergentes à la sécurité nationale.

L’un des principaux acteurs de cette tragédie est le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), une organisation qui puise ses origines dans le siège sanglant de la Lal Masjid (Mosquée Rouge) en 2007. L’opération, menée par les commandos de l’armée pakistanaise, s’est soldée par un massacre indiscriminé de civils, y compris des femmes et des enfants. Cet événement tragique a unifié divers groupes de moudjahidines actifs dans des régions comme Swat, Bajaur et le Waziristan, donnant naissance au TTP en tant qu’entité cohérente et déterminée. En 2025, sous la direction de Maulvi Abu Mansoor, le groupe s’est encore transformé, adoptant des technologies avancées telles que des systèmes d’intelligence artificielle et des armes modernes, et s’organisant en une structure plus sophistiquée dirigée par une shura centrale et des commissions opérationnelles renforçant sa capacité stratégique.

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La situation au Baloutchistan est tout aussi préoccupante. Les groupes séparatistes, tels que l’Armée de Libération du Baloutchistan (BLA) et le Front de Libération du Baloutchistan (BLF), poursuivent leur résistance armée contre l’État. Ces mouvements, alimentés par des décennies de marginalisation politique et économique, ont trouvé un allié naturel dans le TTP. Historiquement négligé par le gouvernement central, le Baloutchistan est aujourd’hui le théâtre d’une violence endémique nourrie par des griefs locaux et l’absence de dialogue politique. La répression militaire, loin de résoudre le problème, a exacerbé les tensions, transformant le ressentiment en résistance organisée.

Dans ce contexte, la direction du général Asim Munir est vivement critiquée pour sa gestion à courte vue des priorités nationales. Au lieu de se concentrer sur les menaces internes à la sécurité, le chef de l’armée semble consacrer une grande partie des ressources nationales à la répression de l’opposition politique, laissant le Pakistan vulnérable aux attaques terroristes. Cette stratégie a eu des conséquences désastreuses : l’armée semble mal préparée à contrer la sophistication croissante des opérations du TTP et des séparatistes baloutches, tandis que le moral des troupes s’effondre en raison des pertes humaines et matérielles.

La crise économique du Pakistan a encore aggravé la situation. Avec des ressources limitées et un mécontentement croissant parmi les minorités ethniques dans l’armée, telles que les Pachtounes et les Baloutches, la capacité opérationnelle des forces armées a été drastiquement réduite. Les effets de cette crise ne se limitent pas aux frontières nationales : le Pakistan se trouve de plus en plus isolé sur la scène internationale. Bien que la Chine reste un partenaire stratégique grâce au Corridor Économique Chine-Pakistan (CPEC), elle se montre plus prudente en raison des attaques contre ses projets d’infrastructure. Les États-Unis, quant à eux, ont réduit leur soutien, tandis que l’Afghanistan, dirigé par les Talibans, offre des refuges sûrs aux groupes rebelles.

La combinaison de ces facteurs—le renouveau du TTP, la persistance de l’insurrection baloutche et les priorités mal placées de l’armée—constitue une tempête parfaite qui risque d’entraîner le Pakistan dans un chaos encore plus profond. Pour éviter l’effondrement, le pays doit de toute urgence changer de cap. Les ressources doivent être réaffectées aux menaces émergentes, des solutions politiques doivent être promues pour les régions les plus touchées, et les relations avec les partenaires internationaux doivent être renforcées pour obtenir un soutien technique et financier.

L’avenir du Pakistan dépend de sa capacité à aborder ces problèmes avec une approche stratégique et inclusive. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra espérer restaurer la confiance de ses citoyens et garantir un avenir plus stable et sécurisé.

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