Lumière, l’aventure continue ! Quand la France illuminait encore le monde

Affiche du film Lumière, L'aventure continue ! de Thierry Frémaux
Affiche du film Lumière, L’aventure continue ! de Thierry Frémaux

Par Lionel Lacour

Ce mercredi 19 mars 2025 est une date doublement historique. 130 ans auparavant, jour pour jour selon les historiens du cinéma, était tournée pour la première fois une manivelle qui allait changer la face du monde en lui donnant la possibilité de le représenter et de le projeter sur des écrans dans tous les pays. Mais c’est aussi la sortie du second opus de Thierry Frémaux consacré aux films réalisés par les inventeurs du cinématographe, Auguste et Louis Lumière, ou par leurs opérateurs. Il suit Lumière ! L’aventure commence sorti en 2017. Mais si le directeur de l’Institut Lumière mettait en avant dans le premier des « vues Lumière » parmi les plus connues de l’immense catalogue de la société des deux frères, son nouveau long-métrage propose à la fois des films que presque personne n’a jamais vu depuis leurs projections initiales, et une mise en scène différente.

Lumière, l’aventure continue !  est une immersion dans un monde qui se découvre pour les spectateurs de la fin du XIXe s et du début du XXe. Par une introduction originale, Frémaux rappelle en quelques mots du père Lumière la genèse du cinéma. Puis les images du cinématographe, puis soudain surgissent pour les premiers spectateurs ce qu’ils n’avaient jamais encore vu : des photographies animées. Par cette mise en scène initiale, le spectateur de 2025 devient celui de 1895, que ce soit lors de la première démonstration du cinématographe pour la société d’encouragement pour l’Industrie nationale le 22 mars ou pour les spectateurs de la première séance publique du 28 décembre. Frémaux conserve sur une très grande partie de son film le principe des projections des « vues Lumière », en les séparant distinctement par des « noirs », permettant encore un peu plus à ses spectateurs d’appréhender comment ceux des Lumière voyaient leurs films. Le choix de la musique accentue d’ailleurs cette immersion dans les premiers temps du cinéma(tographe) car au lieu de proposer une composition originale pouvant pasticher celle des années de la « Belle époque », Frémaux a choisi au contraire de puiser dans l’œuvre de Gabriel Fauré, compositeur français contemporain aux Lumière, alors célébré dans le monde entier. Ainsi, Lumière, l’aventure continue témoigne du « soft power » français de cette période avec sa musique, ses inventeurs et désormais, le cinéma.

Le nouveau film des « vues Lumière » n’est pour autant pas seulement un montage de films (presque) inédits et merveilleusement restaurés. Thierry Frémaux a su déroger à sa règle de montrer les films dans leur globalité, bien séparés les uns des autres. Il se montre d’abord didactique pour expliquer le fonctionnement de l’invention du cinématographe, puis use du split screen pour présenter tous les films de la première séance du cinématographe, ou supprime parfois les noirs entres les « vues » pour que jaillisse sous nos yeux un film dans le film nous racontant un Paris transformé par la révolution industrielle, moderne et léger, démontrant la capacité du cinématographe de restituer son temps et le talent des opérateurs pour le faire de manière esthétique et harmonieuse. Le choix des « vues » est d’ailleurs une des qualités de cet opus car il permet à ceux connaissant déjà l’œuvre des Lumière de découvrir des « nouveautés », et à ceux ignorant tout de ces films du début de l’histoire du cinéma de comprendre combien ces opérateurs avaient déjà presque tout inventé de la prise d’images pour saisir une ambiance ou créer une émotion pour le spectateur et ce en moins d’une minute pour chaque « vue », comme par exemple les longs travellings sur une locomotive ou sur un tram pour découvrir une ville ou ses environs.  

Evidemment, Thierry Frémaux n’est pas le réalisateur de ces « vues », mais leur agencement, ses choix de mise en scène et sa voix posée sur les images des opérateurs Lumière propose une œuvre originale. À la fois documentaire de par les explications, les analyses et le côté archives des « vues Lumière », Lumière, l’aventure continue ! est également une œuvre de fiction qui se déroule sous les yeux des spectateurs d’aujourd’hui. Une œuvre sans comédien, sans scénario, sans décors comme aurait dit Dziga Vertov dans L’homme à la caméra en 1929. Une œuvre dont les spectateurs seraient en quelque sorte aussi les protagonistes du film. En cela, le film de Thierry Frémaux confirme les théories des analystes du cinéma qui évoquaient le phénomène de projection et d’identification. Il n’y a pas d’histoire dans le film, il y a des histoires que chaque spectateur se racontait autour de 1900. Mais il y a aussi des histoires que chaque spectateur se raconte en 2025, en essayant de se projeter dans une période à la fois si lointaine – sans internet et smartphone – et si proche puisque ces personnes à l’écran pourraient être leurs ancêtres. Est-ce donc ainsi que nous vivions en France ? Nous nous déplacions donc en voitures tirées par les chevaux comme dans les westerns de John Ford ?

Lumière, l’aventure continue ! révèle alors des émotions multiples. Celle qui correspond à celui qui découvre des trésors du passé qui ont été remis en état et que chacun aime exposer chez soi pour signifier que nous ne venons pas de nulle part. Celle qui renvoie aussi à la découverte du cinématographe, se laissant happer par les images primitives alors que nous baignons dans une civilisation de l’image numérique permettant toutes les fantaisies. C’est enfin un sentiment nostalgique d’une époque que nous n’avons pas connue, qui nous a été racontée et qui se matérialise sous nos yeux. Celle d’un pays qui a été un phare dans le monde par sa capacité d’innovation avec le cinéma, ses vues et ses films en 75 mm présentés qui sont à couper le souffle de netteté, de pureté, de luminosité. Phare aussi de par sa présence partout sur la planète, sur tous les continents, ce que le cinématographe a saisi puis a restitué aussi dans le monde entier. Mais phare du passé tant la lumière projetée sur l’écran porte les traces d’un temps révolu qui éblouit le spectateur du XXIe s quand il comprend dans quelle insignifiance internationale, technologique, diplomatique et culturelle est tombée la France.  

Avec son nouveau film sur les Lumière, Thierry Frémaux ne redonne donc pas seulement aux « vues » du cinématographe leur statut d’œuvre d’art à projeter en salle pour des spectateurs, il fait des frères Lumière les hérauts d’un message universel porté par la France, les premiers à récolter les informations partout dans le monde et à les porter au monde entier sur des écrans éclairés par la lumière des projecteurs, un proto « world wide web » en quelque sorte, avec la dimension artistique en plus !

Lumière, l’aventure continue ! de Thierry Frémaux, sortie le 19 mars 2025

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