
Par Olivier d’Auzon
La Chine, en Afrique, est souvent vue à travers un prisme dualiste : un bienfaiteur cherchant à offrir des solutions aux défis du continent ou un acteur capitaliste en quête d’influence et de ressources. Cette dynamique complexe fait l’objet d’une offensive médiatique sans précédent, où Pékin exploite ses médias pour établir sa présence sur le continent, tout en influençant les perceptions africaines et mondiales, souligne Mitchell Gallagher dans Asia Times, le 13 février 2025
Pékin mise désormais sur les cœurs et les esprits des Africains à travers les médias.
Depuis les années 1980, le ministre chinois des Affaires étrangères commence chaque année une tournée dans plusieurs pays africains, marquant une tradition diplomatique qui vise à réaffirmer les liens entre la Chine et l’Afrique. Cette démarche se veut un geste symbolique d’une coopération mutuellement bénéfique, consolidée par des projets d’infrastructures colossaux. Pourtant, ce n’est plus seulement par des routes, des ports et des gratte-ciels que la Chine cherche à conquérir l’Afrique. Ces dernières années, un changement de stratégie s’est opéré : Pékin mise désormais sur les cœurs et les esprits des Africains à travers les médias.
Le ministre Wang Yi a, en janvier 2025, entrepris une nouvelle tournée, qui a pris les étapes de la Namibie, de la République du Congo, du Tchad et du Nigéria. Mais si les investissements chinois en Afrique ont explosé, atteignant plus de 700 milliards de dollars sous l’Initiative « Belt and Road« , la véritable révolution réside dans le domaine de l’information et de la culture. Beijing, en développant son réseau médiatique en Afrique, s’efforce de modeler l’image qu’en ont les populations locales et, par extension, les dirigeants politiques.
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La poussée médiatique : Lever les voiles de la propagande
L’idée de « soft power », un concept qui désigne l’influence non coercitive, est au cœur de cette stratégie. Le gouvernement chinois l’emploie habilement à travers des initiatives médiatiques et culturelles qui portent un message clair :
la Chine est un partenaire fiable, un fournisseur de ressources et d’assistance, et un modèle pour le développement et la gouvernance. Mais cette approche n’est pas seulement une action diplomatique ; elle constitue un véritable levier stratégique.
L’Agence de presse Xinhua et le China Global Television Network (CGTN) sont au centre de ce projet. Ces entités ont établi des bureaux et des partenariats avec des médias africains locaux, en vue de former des journalistes et d’investir dans des contenus qui favorisent une image positive de la Chine. L’objectif est de modifier la perception de l’Afrique envers la Chine, en l’ancrant dans l’idée que Pékin ne se contente pas de bâtir des infrastructures, mais qu’il incarne également un modèle économique et politique à suivre.
Ces efforts ont eu un impact mesurable. Des sections importantes de la presse africaine se font l’écho de la Chine de manière favorable, et la couverture médiatique sur le pays a, dans de nombreux cas, pris une tournure plus positive. Les médias d’État chinois jouent ainsi un rôle de « porte-parole » des intérêts géopolitiques de Pékin, transformant la narration médiatique en un terrain de jeu stratégique.
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Un retour de flamme : L’émergence d’une contre-offensive
Pourtant, si cette offensive médiatique semble fructueuse, elle ne va pas sans rencontrer des résistances. En tant que chercheur étudiant l’impact de l’influence chinoise à l’international, il devient évident qu’une réaction de plus en plus forte se fait jour contre cette poussée prochinoise. Dans plusieurs pays africains, des voix se lèvent pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une forme de « soft imperialism », où la Chine tenterait d’imposer son récit au détriment de la diversité des perspectives locales.
Les accusations de manipulation des médias, de propagande déguisée et de manque de transparence dans la formation des journalistes sont monnaie courante. De plus, une certaine méfiance s’installe parmi les populations africaines qui commencent à questionner les intentions véritables de la Chine : est-ce une réelle coopération ou une stratégie visant à étendre son influence à travers un contrôle indirect des médias ?
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Une coopération « gagnant-gagnant » en question
Le discours diplomatique chinois repose sur l’idée d’une « coopération gagnant-gagnant ».
En théorie, cette coopération est censée bénéficier aux deux parties, en permettant à la Chine de s’assurer des ressources naturelles et des partenariats économiques, tout en offrant à l’Afrique des infrastructures et une aide au développement.
Cependant, les critiques émergent de plus en plus concernant l’asymétrie de ces relations. Les pays africains sont-ils véritablement gagnants dans cette coopération, ou sont-ils condamnés à dépendre d’un modèle économique chinois qui ne fait qu’accroître leur vulnérabilité face à une dette croissante et à une pression politique indirecte ?
Ce débat soulève des questions essentielles sur la nature de l’aide et de la coopération internationale, et sur les conséquences à long terme de la stratégie chinoise en Afrique. Alors que les investissements chinois semblent parfois avoir des effets positifs sur les infrastructures africaines, il reste à savoir si ces projets contribueront réellement au développement économique à long terme ou s’ils serviront uniquement à maintenir une domination économique de la Chine.
L’expansion des médias chinois en Afrique est bien plus qu’une simple stratégie pour influencer l’opinion publique ; elle s’inscrit dans une vision plus large d’une Chine désireuse de modeler l’avenir du continent à son image. Le pays investit massivement dans des initiatives culturelles et médiatiques pour imposer une narration favorable et redéfinir les relations entre l’Afrique et le reste du monde.
Pour autant, cette offensive médiatique pourrait bien rencontrer des obstacles inattendus. Les réactions africaines face à l’influence croissante de la Chine seront cruciales pour déterminer l’avenir de cette stratégie de soft power. Si, pour l’instant, les résultats semblent bénéfiques pour Pékin, l’évolution des sentiments africains vis-à-vis de cette approche pourrait redistribuer les cartes géopolitiques dans un avenir proche.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
