
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie).
L’offensive financière en cours entre UniCredit et Commerzbank n’est que la partie émergée de l’iceberg d’un affrontement bien plus large : celui de la guerre économique intra-européenne. L’école de guerre économique, développée notamment en France par Bernard Esambert et Christian Harbulot, analyse ces confrontations comme des manifestations de conflits de pouvoir, où la finance n’est pas un domaine neutre mais une arme stratégique. Et dans ce contexte, l’Allemagne joue une partie claire : empêcher tout acteur étranger de prendre le contrôle de l’une de ses principales banques, quitte à modifier les règles du marché libre.
La riposte de Commerzbank : Restructuration interne et expansion internationale
Face à l’offensive d’UniCredit, Commerzbank a répondu avec une stratégie défensive classique : restructuration interne et expansion à l’international. Le plan prévoit :
• 3 900 licenciements en Allemagne d’ici 2028, une opération de “rationalisation sélective” visant à rendre la banque plus agile et plus rentable.
• Une expansion à l’international, notamment via sa filiale polonaise mBank et d’autres opérations étrangères, pour compenser les pertes nationales.
• Un renforcement de la digitalisation, avec un objectif de 4,2 milliards d’euros de bénéfices nets.
Mais derrière cette stratégie d’entreprise, il y a un bouclier politique. L’intervention de l’État allemand n’est pas explicite, mais elle se manifeste à travers une série de mesures typiques de la guerre économique : interférences réglementaires, protectionnisme déguisé et pressions politiques sur les investisseurs.
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L’Allemagne et le protectionnisme financier : Une stratégie systématique
L’école de guerre économique enseigne que, dans les secteurs stratégiques, les États utilisent tous les outils disponibles pour maintenir leur contrôle. Berlin ne fait pas exception et possède une longue tradition de blocage des acquisitions étrangères dans son secteur financier :
• Affaire Deutsche Börse – LSE (2017) : la fusion entre la Bourse de Francfort et celle de Londres a été bloquée pour éviter que la place financière allemande ne perde son autonomie.
• Affaire Kuka (2016) : lorsque le groupe chinois Midea a tenté d’acquérir le géant de la robotique, le gouvernement Merkel est intervenu avec une révision des lois sur les investissements étrangers.
• Secteur bancaire : toutes les opérations de fusion et d’acquisition dans le système bancaire allemand ont rencontré des résistances, avec un filtre particulièrement rigide pour les acheteurs étrangers.
Cette stratégie n’est pas le fruit du hasard : elle s’inscrit dans une vision à long terme de l’Allemagne, qui utilise la finance comme un instrument de pouvoir. Pour Berlin, Commerzbank n’est pas seulement une banque, mais un bastion défensif. Si UniCredit parvient à sa prise de contrôle, cela créerait un précédent dangereux : d’autres banques internationales pourraient tenter de pénétrer le marché allemand, réduisant ainsi la capacité de l’Allemagne à contrôler son secteur financier.
Le double standard de l’Allemagne : Un marché libre seulement quand ça l’arrange
Le discours officiel de l’Union européenne repose sur la libre concurrence et l’ouverture des marchés, mais la réalité est tout autre. L’Allemagne n’hésite pas à fermer son marché financier aux investisseurs étrangers, tout en poussant simultanément ses entreprises à s’étendre sans entraves sur les marchés étrangers.
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La France a étudié en profondeur cette approche, et son école de guerre économique a mis en lumière la manière dont Berlin manipule les règles grâce à des instruments de soft power économique :
1. Interférence réglementaire : les règles sont modifiées sur mesure pour bloquer des opérations indésirables.
2. Pressions politiques : le gouvernement envoie des signaux clairs au monde financier, incitant les investisseurs et institutions à s’opposer aux acquisitions.
3. Protection stratégique des infrastructures financières : les banques ne sont pas de simples entreprises, mais des instruments d’influence géopolitique.
Dans ce contexte, le blocage de l’opération UniCredit-Commerzbank n’est pas seulement une défense nationale, mais un message clair : l’Allemagne jouera toujours avec des règles différentes lorsqu’il s’agit de ses intérêts économiques.
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L’Europe divisée : Une guerre économique entre États membres
L’affaire Commerzbank n’est qu’un exemple d’une réalité plus large : l’Europe n’est pas un marché unique, mais un champ de bataille financier où chaque pays lutte pour sa suprématie. L’Allemagne, avec son poids économique et politique, est le joueur le plus puissant et impose sa vision, quitte à violer les principes officiels de l’UE.
L’Italie, avec UniCredit, tente de défier cette domination, mais sans un soutien politique approprié, le combat est inégal. Dans un contexte de guerre économique, les entreprises seules ne suffisent pas : il faut une stratégie nationale qui soutienne les champions financiers italiens, exactement comme l’Allemagne le fait avec les siens.
La question est maintenant : Rome est-elle prête à combattre sur le même terrain ou laissera-t-elle Berlin continuer à dicter les règles du jeu ?
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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