INFLUENCES : Philip Morris International, acteur clé du lobbying en Russie 

INFLUENCES : Philip Morris International, acteur clé du lobbying en Russie 

lediplomate.media — imprimé le 11/02/2025
la guerre du lobying Phillip Morris
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par la rédaction du Diplomate

« La guerre c’est la guerre, le business c’est le business » avait expliqué un riche homme d’affaires à l’un de nos journalistes dans une conférence internationale quelque part au Moyen Orient. C’était quand le monde n’était pas encore devenu si fou, quand les guerriers guerroyaient, quand les hommes de paix militaient, quand les gens d’affaires nourrissaient les deux et surtout n’y avaient jamais cessé de commercer.

Autres temps, autres guerres, autres affaires, en effet les entreprises américaines et européennes qui ont refusé de quitter le marché russe après l’invasion de l’Ukraine ont conservé une influence sur de hauts fonctionnaires et parlementaires russes, ce qui leur permet d’ajuster la réglementation de l’économie russe dans leur propre intérêt.

C’est ce qui ressort du rapport « Lobbying during the war : major international companies retained influence over Russian élites » (Lobbying pendant la guerre : de grandes entreprises internationales ont conservé leur influence sur les élites russes). Un rapport fortement renseigné (disponible en fin d’article) qui fournit un aperçu général des performances des plus grandes entreprises des États-Unis et d’Europe sur le marché russe au cours des trois dernières années, ainsi que des études de cas qui suggèrent l’utilisation continue de pratiques de lobbying par des entreprises telles que Philip Morris International, Carlsberg ou Raiffeisen International.

Lobbying, business et politiques

Dans ce rapport librement disponible pour tous nos lecteurs, on peut trouver des cas fort intéressants, comme la promotion réussie d’un projet de loi interdisant les systèmes électroniques de distribution de nicotine (SEDEN), que les médias russes associent aux intérêts de la société de tabac Philip Morris International (PMI). Elle note que le géant américain souhaite libérer le marché pour son produit IQOS, qui est deux fois moins populaire en Russie que les vapotages. Et chaque nouveau million de consommateurs peut rapporter à PMI jusqu’à 500 millions de dollars de revenus supplémentaires par an.

Le rapport note que le lobbying de PMI à la Douma d’État (représenté par l’initiateur du projet de loi sur une interdiction complète de la vente de drogues et de liquides pour eux en Russie, le président de la chambre basse du parlement Viatcheslav Volodine) et au ministère russe de la Santé est si fort qu’il permet à l’entreprise d’ignorer la position du gouvernement russe et d’autres agences opposées à l’interdiction des systèmes électroniques de distribution de nicotine – le ministère des Finances et le ministère de l’Industrie et du Commerce. Et aussi, en général, d’ignorer les conséquences possibles sous la forme d’une répétition de l’expérience de l’interdiction pour la population et des pertes importantes pour le budget de l’État russe.

Un autre cas : Raiffeisen Bank est considéré comme un exemple de la plus grande entreprise étrangère qui a amélioré ses résultats financiers grâce à des efforts de lobbying. En effet, Raiffeisen Bank est devenu le plus grand opérateur de transactions entre les banques russes et européennes (y compris les paiements d’énergie), au milieu de sanctions sévères du Trésor américain et de la BCE. Cela a considérablement augmenté les bénéfices, et la division russe a assuré les résultats financiers de l’ensemble du groupe bancaire.

Le rapport examine également le cas de Carlsberg, qui a eu recours au lobbying pour mettre fin à une série de procédures judiciaires et résoudre le conflit avec le gouvernement russe, qui a bloqué la vente d’actifs et les a transférés à une gestion étatique temporaire.

« La majeure partie des pertes subies par les grandes entreprises des États-Unis et d’Europe sont liées à leur retrait volontaire du marché et à la comptabilisation des pertes. Il existe peu de cas de nationalisation d’actifs étrangers. Les entreprises qui envisagent de revenir sur le marché russe après la fin du conflit en Ukraine devraient d’abord investir dans la restauration de leur potentiel de lobbying », écrivent les auteurs du rapport, un groupe d’étude indépendant et de correspondances particulières. 

Ces derniers notent que Philip Morris mène un travail systématique dans ce domaine, même en contradiction avec les intérêts de la Fédération de Russie, et c’est pourquoi elle est pratiquement indépendante des facteurs géopolitiques. Selon ces rapporteurs : « Le maintien de leur potentiel (Philip Morris International, n.d.r) de lobbying et la suppression du marché de leurs concurrents peuvent en faire la plus grande entreprise étrangère en Russie en termes de chiffre d’affaires.

Si dans la vieille Europe le lobbying reste encore une activité suspecte, il n’en est pas le cas autour du globe, depuis la nuit des temps, depuis les Phéniciens, le lobbying a traversé les conflits, les haines et les sanctions politiques pour appuyer l’un des biens les plus ancestraux : le commerce. Il est la seule et unique arme non léthale dont disposent les diplomates et les hommes d’affaires. 

Lien vers l’étude en français et en anglais : (pdf en anglais) (pdf en français)

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