LIVRE – Le Racisme antiblanc, l’enquête interdite, de François Bousquet

Par Claude Chollet, président de l’Observatoire du journalisme (Oim)
« J’adhérerai à SOS Racisme quand ils mettront un « s » à racisme. Il y a des racistes noirs, arabes, juifs, chinois, et même des ocre-crème et des anthracite-argenté. Mais à SOS Machin, ils ne fustigent que le Berrichon de base ou le Parisien-baguette, c’est sectaire ».
Pierre Desproges
Ce livre est avant tout une enquête de terrain qui rassemble quarante témoignages allant de vingt minutes à deux heures d’entretien, plus trois récits écrits. Un voyage accablant, bouleversant, implacable, sur des discours de haine explicites qui se traduisent souvent par des violences physiques, toujours contre les mêmes, garçons et filles confondus, tous blancs.
L’arrêt du crime
Il faut toujours revenir à Orwell. Dans 1984 George Orwell définit le concept d’ « arrêt du crime ». L’arrêt du crime, c’est l’entraînement volontaire du citoyen normalisé pour que de manière automatique une mauvaise pensée soit chassée de son cerveau avant même son expression consciente. A peine une pensée non conforme vient elle effleurer la conscience, le mécanisme automatique se met en marche et la pensée incorrecte se volatilise d’elle-même. Mais il y a des pensées – ou des informations – qui sont interdites de manière consciente et organisée, l’existence d’un racisme antiblanc par exemple.
Au vrai chic gauchiste
Pour une grande partie de la gauche vertueuse, le racisme antiblanc n’existe pas ou mieux ne doit pas exister. L’INSEE et l’INED l’ignorent soigneusement alors que huit français sur dix (sondage CSA de 2022) le constatent. L’antiracisme progressiste – comme son racisme – est à géométrie variable. Comme pour le cholestérol ou les champignons il y a un bon et un mauvais racisme. Le bon c’est la racisme antiblanc qui n’existe pas, le mauvais c’est celui qui touche tous les opprimé.es (nous nous permettons un clin d’œil d’écriture inclusive, promis il n’y en aura pas d’autres) sauf les Blancs qui tiennent le fouet par destin ontologique.
La fable du racisme systémique blanc rendrait invisibles les « racisés », naturellement opprimés et ferait des bourreaux leurs maîtres (européens), oppresseurs par destination. Les victimes blanches, enfants et adolescents dans leur grande majorité, sont sans défense, mieux ils n’existent pas, ils ne doivent pas exister. Il existe un consensus médiatique, associatif, judiciaire, partiellement politique pour culpabiliser la famille d’accueil, nous. Nier l’existence du racisme antiblanc, c’est en creux l’autoriser ; c’est l’encourager dans les faits et le légitimer en droit. C’est nier les souffrances de ces garçons et de ces filles, devenus étrangers dans leur propre pays.
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Le Grand Blanc et le petit Blanc
Pour le petit Blanc, il n’y a pas de pire ennemi que le grand Blanc qui le caricature et le diabolise. Le mépris du grand Blanc pour le petit Blanc est sidéral. Le Grand Blanc habite un quartier résidentiel, le petit Blanc, un arrondissement pauvre ou une banlieue oubliée du monde et des dieux. Le petit Blanc c’est le bouc émissaire devenu plouc émissaire, irrécupérable. Le grand Blanc depuis sa chaire universitaire, sa rédaction, parfois son mandat électif, sermonne le petit Blanc. La gauche du grand Blanc n’est plus seulement caviar, elle est devenue une aristocratie sacerdotale qui affecte de s’intéresser aux intouchables (les immigrés extra-européens) tout en se gardant très soigneusement d’en partager le sort. Les seuls immigrés que le grand Blanc côtoie sont ceux que Malcom X appelait « nègres de maison », livreurs, chauffeurs, nounous, femmes de ménage. Christopher Lasch parle de « politique de la minorité civilisée », une posture propre aux élites libérales libertaires, nanties d’un complexe de supériorité face aux masses obscurantistes. Mais si la plèbe reste la plèbe, ces masses ne sont pas traitées de manière identique. La masse allogène est sanctifiée, la masse indigène est sacrifiée.
La farce de la mixité sociale
La mixité sociale c’est comme la définition de l’amour par Lacan : c’est offrir une chose qui n’existe pas à quelqu’un qui n’en veut pas. Pendant que le grand Blanc – de gauche ou de droite – fait voter des lois pour augmenter la proportion de HLM dans les villes réputées bourgeoises (lire blanches), il inscrit discrètement ses enfants dans une école privée. Pour éviter que François ou Marie ne soient confrontés – durement – aux enfants du livreur de chez UberEats, tous les coups sont permis. Interventions discrètes auprès des responsables et surtout le pouvoir de l’argent. Le prix du mètre carré définit les stratégies affinitaires et sourdement identitaires. Au-dessus de 10000 euros le mètre carré, vous êtes à peu près tranquille. En-dessous d’un certain seuil vous êtes condamné à une coexistence problématique pour votre progéniture. Reste le contournement de la carte scolaire, un sport très pratiqué, l’évitement scolaire devient un véritable délit d’initié réservé aux parents du monde libéral libertaire. La théorie bobolchevique reste ferme sur ses convictions d’intégration républicaine, mais sa praxis c’est la discrimination affinitaire, toute en courtoisie et discrétion.
L’enfance du mépris
La plus grande partie du livre de François Bousquet, où on reconnaît la plume alerte du directeur de la rédaction de la revue Éléments, est consacrée aux témoignages. Accablants, effrayants. La cour de récréation est devenue une jungle, et au premier regard on sait qui est le lion et qui sera le gnou. Les gnous sont les enfants et adolescents européens, garçons et filles. Le gnou subit dans la cour de récréation mais aussi dans la salle de classe, dans le transport scolaire, lors de la sortie de cours, au football. Les profs tournent le dos (ils craignent d’abord pour leur intégrité physique ou pour leur voiture au parking de l’établissement) ou légitiment la violence. Les faces de craie subissent, les parents déménagent s’ils en ont les moyens. Les enfants européens s’invisibilisent ou sont atteints du syndrome de Stockholm. Ils changent d’apparence, parfois de nom, s’habillent style racaille, se font appeler Ibrahim au lieu de Pierre, s’inventent des origines africaines ou maghrébines, ne mangent pas de porc et font le ramadan alors qu’ils ne sont pas musulmans, dans certains cas ils se convertissent. C’est le douloureux prix de la survie en milieu hostile. Certains quittent le quartier de leur enfance, s’exilent, une petite minorité réagit et devient militante.
La tombe du collégien inconnu
Il y a la tombe du soldat inconnu, ce livre érige la tombe du collégien inconnu. Ces collégiens ce sont nos enfants, ce sont nos fils et nos filles. Lire le livre de François Bousquet c’est recevoir une claque et faire sonner un réveil. De toute urgence, cassez votre tirelire, offrez-le à votre conjoint, à l’oncle Anatole, à la tante Eugénie, recommandez-le à tous vos amis, levons l’omerta.
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François Bousquet, Le Racisme antiblanc, l’enquête interdite, 2025, La Nouvelle https://nouvelle-librairie.com/ Librairie éd, 2025, 287p, 21.90€.
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