
Par Roland Lombardi, historien, géopolitologue, directeur de la rédaction du Diplomate média
Dans un monde marqué par le retour brutal du tragique de l’Histoire, où la guerre ne dit plus toujours son nom, l’analyse stratégique sérieuse se fait rare, voire marginale. Et pourtant, dans ce contexte de brouillage intellectuel généralisé, l’ouvrage de Giuseppe Gagliano, Guerre économique et nouveau désordre mondial : théories, conflits et stratégies, s’impose avec force. Il ne s’agit pas d’un essai de plus sur la mondialisation ou la géopolitique de l’économie : c’est une grille de lecture lucide et acérée, un atlas intellectuel de la guerre économique moderne.
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Cet ouvrage, publié dans la collection Giano – Affari Internazionali dirigée par Tiberio Graziani, a la grande vertu d’articuler rigueur conceptuelle, pragmatisme stratégique et vision réaliste. Loin des discours convenus et des certitudes idéologiques, Gagliano pose un diagnostic froid et structuré, hérité de l’école de pensée de Christian Harbulot, son maître à l’École de Guerre Économique de Paris (EGE). Le lecteur du Diplomate média ne sera pas surpris : de nombreux passages de ce livre ont été publiés, parfois sous d’autres formes, dans nos colonnes. Gagliano est en effet l’un des auteurs les plus lus et les plus estimés de notre média, reconnu pour la clarté de ses analyses, la solidité de sa méthode et la pertinence de ses exemples. Philosophe, auteur prolifique, il est par ailleurs le responsable de notre équipe chargé de la « Veille Actu’ » de notre média.
Gagliano n’écrit pas pour plaire. Il écrit pour alerter, pour instruire, pour ouvrir les yeux sur les nouvelles conflictualités de notre temps. Sa thèse est simple mais redoutablement efficace : la guerre est désormais économique, invisible, continue. Elle se mène sans missiles, mais avec des outils bien plus subtils : acquisitions prédatrices, normes techniques biaisées, armes monétaires, contrôle de l’information, chantage énergétique. L’Europe, trop souvent dans le déni, y joue le rôle de victime consentante, quand elle devrait se constituer en acteur stratégique.
Les quatre chapitres de l’ouvrage tracent une cartographie complète de ce nouvel ordre mondial conflictuel :
- Le premier revient aux fondements théoriques de la guerre économique, dans la lignée directe de l’intelligence économique à la française.
- Le second illustre ces principes à travers des cas concrets et édifiants : des affaires industrielles européennes, des conflits commerciaux, des jeux de puissance.
- Le troisième replace la guerre économique dans le temps long des opérations secrètes, mêlant histoire, stratégie et géoéconomie.
- Enfin, le quatrième, plus réflexif, propose une généalogie intellectuelle de la guerre économique, rappelant que les batailles économiques se gagnent d’abord dans les esprits, par la pensée stratégique.
L’Europe y est sévèrement, mais justement, critiquée : absence de doctrine, naïveté diplomatique, soumission aux dogmes du libre-échange, perte de souveraineté industrielle… Les exemples sont légion, et les faits sont là . Le propos est d’autant plus frappant qu’il ne verse jamais dans le pamphlet : il s’agit d’un réquisitoire factuel et documenté, porté par une volonté pédagogique évidente. Gagliano parle à tous : au citoyen éclairé, à l’étudiant, au journaliste, au décideur public ou privé. Car dans la guerre économique, nul n’est épargné.
La tonalité générale du livre n’est ni alarmiste ni défaitiste. Elle est stratégiquement lucide, et donc précieuse. Giuseppe Gagliano appelle à un sursaut : celui de la souveraineté intellectuelle et économique, condition nécessaire pour toute puissance qui veut survivre dans un monde multipolaire où la force a repris ses droits.
Ce livre devrait être présent dans toutes les bibliothèques. Il devrait également être lu dans les écoles de commerce, les instituts d’études politiques, les académies diplomatiques et les états-majors économiques. Car comme le rappelle justement l’auteur, on peut aujourd’hui conquérir des territoires, des entreprises, des nations entières sans jamais tirer un coup de feu. Et ne pas savoir, ne pas comprendre, c’est déjà capituler.
En tant que directeur du Diplomate média, je ne peux que me réjouir de voir réunis ici tant d’analyses déjà saluées par notre lectorat, sous une forme synthétique et enrichie. Cette publication constitue une arme intellectuelle de premier ordre dans le combat pour une autonomie stratégique européenne. Elle mérite toute notre attention.
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Lien de l’ouvrage ici : Lien fichier PDF
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Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.
Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.
Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.
Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).
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