Qui est le diable ?  Le Grand Entretien du Diplomate avec Régis Le Sommier 

Régis Le Sommier 
Réalisation Le Lab Le Diplo

Régis Le Sommier est grand reporter de guerre, écrivain, ancien directeur adjoint de Paris Match, et directeur de la rédaction d’Omerta

Il est reconnu pour ses analyses fines des conflits internationaux, notamment au Moyen-Orient et dernièrement en Ukraine. 

Dans son dernier ouvrage, Qui est le diable ? L’autre ou l’Occident ?  (Éditions Max Milo, 2025), Régis Le Sommier explore la notion de “diabolisation” dans les conflits contemporains. 

À travers ses reportages et ses rencontres, notamment au Moyen-Orient, il analyse la manière dont chacun des protagonistes désigne l’autre comme « le diable », tout en questionnant le rôle de l’Occident dans ce processus. Entre la force des récits médiatiques, l’influence des réseaux sociaux et la persistance d’idéologies radicales, Le Sommier décrypte les racines d’un phénomène qui complexifie la diplomatie et entrave souvent les perspectives de paix.

Dans cet entretien exclusif pour Le Diplomate, nous revenons sur les principaux thèmes du livre : comment se construit l’image d’un ennemi absolu ? Quelles résonances trouvent-elles dans l’histoire récente des conflits, qu’ils soient au Proche-Orient, en Afrique ou sur d’autres théâtres ? Et enfin, quelles conséquences cette diabolisation mutuelle a-t-elle sur les relations internationales et la perception de l’Occident dans le monde ?

Propos recueillis par Roland Lombardi 

Le Diplomate : Dans votre livre, vous évoquez la manière dont chaque camp tend à qualifier l’autre de “diable”. À vos yeux, s’agit-il principalement d’une construction discursive pour mobiliser l’opinion, ou reflète-t-elle une réalité de terrain profondément ancrée dans les mentalités ? Comment vos reportages nourrissent-ils cette réflexion ?

Régis Le Sommier : C’est une question très intéressante parce que cette notion nous renvoie aux différentes interprétations de la figure du diable. Je l’ai reprise dans mon ouvrage en expliquant que le monde occidental était arrivé au constat que faisait déjà Nietzsche à son époque, à savoir que Dieu est mort. Dans les phénomènes actuels de diabolisation, on constate que le diable se porte toujours très bien car il sert depuis bien longtemps à démoniser l’ennemi. Dans tout conflit, il y a toujours une tentative de propagande d’un camp comme de l’autre qui cherche à expliquer que Dieu est de son côté. Cette situation peut être illustrée par la devise militaire allemande « Gott mit uns » (« Dieu est avec nous » en français) qui signifie implicitement que le diable se trouve en face. 

La figure du diable reste néanmoins une figure pertinente pour appréhender les relations internationales actuelles. Ceci car dans chaque guerre, le discours adopté avant, pendant et après le conflit fait bien souvent référence à cette même figure. La figure diabolique par excellence s’appelle Adolf Hitler. Elle consiste à faire une reductio ad hitlerum en collant sur la personne que l’on veut éliminer, des caractéristiques telles que cette dernière ne peut continuer à gouverner son pays et qu’il faut la destituer. 

A mes yeux, l’origine de ce phénomène très utilisé en politique internationale et notamment par l’Occident a commencé après l’effondrement de l’Union soviétique. Lors de la guerre du Golfe de 1991, Saddam Hussein est alors progressivement apparu comme le nouveau diable. Cette situation est très intéressante car le raïs irakien était jusqu’alors l’allié des Occidentaux. On se rappelle que, lors de la guerre Iran-Irak, il avait été utilisé comme bouclier contre l’expansionnisme chiite iranien. Cependant, à la fin de la guerre du Golfe, le même Saddam Hussein va devenir un ennemi car il a envahi le Koweït. Toutefois, ce n’est pas une diabolisation totale car les Occidentaux décident de le laisser au pouvoir malgré le massacre qu’il a perpétré contre les populations kurdes et chiites. En 2003, les occidentaux vont finalement décréter que le diable « Saddam Hussein » doit disparaître, allant même jusqu’à le considérer comme « le nouvel Hitler ». 

On observe ce même processus de diabolisation lors des printemps arabes de 2010 avec le colonel Kadhafi et Bashar al Assad. On se rappelle de la phrase de Laurent Fabius qui avait déclaré que « Bashar Al Assad ne méritait pas d’être sur terre ». Le problème de ce registre lexical est qu’il est aux antipodes de la diplomatie et qu’il relève plutôt d’un discours moral visant à la condamnation absolue et à l’exclusion au purgatoire d’un individu. 

Enfin, la raison qui m’a poussé à écrire ce livre n’est pas le fruit d’une réflexion que j’ai eue en France mais de conversations que j’ai pu avoir au Mali, en Russie et au Moyen-Orient avec des représentants de ces pays au sujet de leur vision de l’Occident. Après trente ans de carrière, je me suis rendu compte que la vision qu’ils avaient de l’Occident n’était pas toujours positive et qu’ils nous considéraient toujours comme des exploitants de leur richesse ou comme des néo-colonisateurs. A leurs yeux, les Occidentaux seraient même devenus un agent toxique contre lequel il faut se prémunir et que nous incarnons le diable.  Cette perception trouve son origine dans les promesses de liberté et de prospérité que les Occidentaux ont faites aux populations irakienne, libyenne et syrienne et qui ne se sont jamais matérialisées. Face à cette situation, je me suis interrogé dans ce livre pour essayer de comprendre si in fine ce n’étaient pas les Occidentaux qui étaient devenus le diable. 

LD : Le paysage médiatique a changé en profondeur avec l’émergence des réseaux sociaux et l’omniprésence de la communication instantanée. Comment ce phénomène amplifie-t-il la tendance à la diabolisation mutuelle ? Avez-vous été témoin d’exemples concrets où la viralité des images ou des discours a exacerbé le sentiment d’hostilité contre “l’autre camp” ?

RLS : Oui c’est manifeste. Il y a deux aspects à prendre en compte dans l’évolution du monde digital et des médias alternatifs. Le premier est la rapidité de diffusion de l’information. Elle implique potentiellement la diffusion de fausses informations ou d’informations orientées qui, en raison de leur communication sur les réseaux sociaux, peuvent susciter une réaction d’indignation, et ce, que l’information soit vraie et avérée ou interprétable et discutable. Cette situation produit un effet d’amplification des phénomènes que j’ai mentionné précédemment. Les médias vont alors relayer les communications officielles visant à montrer au grand public la preuve formelle et visuelle qu’un dirigeant « maléfique » se comporte comme le diable ou qu’il commet des atrocités. 

Le second aspect concerne la possibilité offerte par les réseaux sociaux de faire entendre une voix différente de celle des médias mainstream qui peut aller jusqu’à la remise en cause du narratif officiel. Les exemples de manipulations ne manquent pas. On peut citer par exemple la mort des époux Ceausescu ou encore les faux charniers de Timişoara. Ce même procédé est aussi utilisé pendant les guerres comme  lors la guerre du Viet Nam avec les bombardements sur le Tonkin qui ont servi de prétexte à une intervention américaine et dans la guerre en Irak dont les armes de destruction massive, qui s’avèreront être une fausse information, vont servir de prétexte à l’engagement militaire des Etats-Unis. 

Le reproche que je formule est qu’il est impossible dans les conflits contemporains de contester la parole dominante. Je me rappelle que, quelques semaines avant le déclenchement de la guerre en Irak, la plupart des dirigeants de Paris Match étaient favorables à une intervention américaine alors que dans le même temps, Jacques Chirac et Dominique De Villepin faisaient tout leur possible pour empêcher le déclenchement d’une guerre. Le narratif officiel d’alors qui consistait à faire de Saddam Hussein « le nouveau diable » s’était imposé comme un rouleau compresseur de propagande, une logique que l’on a récemment retrouvée lors de la guerre en Ukraine. Lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il était interdit de dire qu’une partie des causes de cette guerre était liée au non-respect des accords de Minsk et à la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Cette demande qui a été encouragée par un grand nombre de dirigeants européens a provoqué une réaction épidermique chez les dirigeants russes qui défendaient également leurs propres intérêts. A titre personnel, je suis convaincu que les torts sont autant partagés des deux côtés. 

Le fait qu’il soit impossible de contester cette forme de pensée officielle s’apparente à mes yeux à un processus de démonisation. Si un journaliste tient un discours différent, il sera immédiatement taxé d’agent de Moscou. Cette situation a été tellement hallucinante qu’on on a même assisté à des tentatives de suppression des éléments de la culture russe comme au British Museum Of arts où les statuts des danseuses russes de Degas, qui est mort en 1917, ont été rebaptisées en danseuses ukrainiennes alors même que l’Ukraine n’existait pas à cette époque-là ! On s’est retrouvé en quelque sorte dans la même spirale que le maccarthysme aux Etats-Unis où les communistes que l’on voyait partout avaient été remplacés par des agents de Moscou. Le simple fait de s’interroger sur le bien-fondé des accords de Minsk, dont Angela Merkel a fini par avouer qu’ils n’avaient pas à être respectés et qu’ils visaient à donner du temps à l’Ukraine pour qu’elle se réarme, était suspect. Quand on commence à détricoter la pelote et à regarder ce qu’il y a derrière, on se rend compte que la version des médias ne correspond pas à la réalité qui a été communiquée au début du conflit. Pendant ce moment médiatique, il est impossible d’exprimer un point de vue différent au risque d’être tué socialement. Une diabolisation qui s’accompagne de ce phénomène d’autant plus que tous les médias sont sensés réagissent à l’unisson.  

LD : De la propagande de Daech à celle de certains mouvements extrémistes en Afrique ou ailleurs, la radicalité s’exprime souvent par la désignation d’un ennemi absolu. Quels mécanismes de propagande avez-vous pu observer durant vos reportages ? Les méthodes ont-elles évolué avec la globalisation de l’information, ou retrouve-t-on encore les schémas traditionnels de stigmatisation ?

RLS : Concernant la question du djihadisme, je me suis rendu à de nombreuses reprises en Afrique et j’ai été parfois confronté à des groupes armés terroristes (GAT). Tout d’abord, le terrorisme est une technique psychologique et une manière de provoquer l’effroi et de susciter des peurs primaires pour effrayer les populations. C’est une technique qu’a notamment utilisé Daesh lors de ses opérations dans la zone syro-irakienne et en Afrique. La simple information de l’arrivée de Daesh à la manière d’un Gengis Khan ou d’un Attila suffisait à faire perdre pied aux groupes armés et à les faire s’enfuir. Elle suscite une forme de sidération et le terrorisme est utilisé pour montrer à l’adversaire qu’il n’a aucune chance de s’en sortir et qu’il vaudrait pour lui de partir, de se convertir ou de se soumettre.  

Pour ce qui est de leur manière d’agir, leur objectif principal est de marquer les esprits. En juin 2019, j’ai participé à une opération au Niger avec un groupement des commandos parachutistes, le deuxième cercle des forces spéciales françaises issu principalement du 3ème RPIMA. Pas très loin d’où nous nous trouvions, il s’est produit un incident. Le but de l’opération était de mettre en marche des GAT qui se cachaient dans la savane, ce que les militaires français sont parvenus à faire grâce à des frappes aériennes contre les terroristes. Afin de dresser le bilan de l’opération, un hélicoptère a été envoyé dans la zone mais a été abattu par des djihadistes. Suite à cet événement, le premier communiqué de l’armée avait consisté à déclarer que l’hélicoptère avait posé dur mais qu’il ne s’était pas écrasé. J’ai alors fait part de mon étonnement à un officier en lui disant que les conséquences de cette communication auraient pu être désastreuses car elle aurait pu être remise en cause par celle des djihadistes qui, grâce à leur téléphone, prennent un malais plaisir à filmer « leurs exploits ». Ce à quoi l’officier m’a répondu que je n’avais peut-être pas tout à fait tort mais qu’il ne pouvait pas dire que j’avais raison. 

Dans cette guerre de la communication, l’impact que peut avoir une vidéo utilisée par un adversaire peut être totalement dévastateur et même contreproductif.  Même si une armée remporte une bataille, elle peut toujours être confrontée à des communications qui cherchent à la décrédibiliser en affirmant que son comportement n’a pas été exemplaire et qu’elle cherche à dissimuler la réalité. Aujourd’hui, il faut être donc extrêmement habile pour communiquer face aux terroristes car ceux sont des gens évidemment nuisibles mais qui sont loin d’être bêtes et disposant d’appareil de communication d’une grande efficacité.  

LD : Dans de nombreux conflits, la dimension religieuse vient s’ajouter aux tensions géopolitiques. Dans quelle mesure la foi ou l’identité communautaire renforcent-elles la diabolisation mutuelle, notamment dans le monde arabo-musulman vis-à-vis de l’Occident, ou inversement ? Comment la religion est-elle instrumentalisée sur le terrain pour justifier l’affrontement ?

RLS : L’instrumentalisation de la religion à des fins militaires est un phénomène ancien. En revanche, il est intéressant de noter que la religion est un fait acquis pour une grande partie du globe comme en Russie, en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Afrique. Comme je le mentionne dans mon livre, la religion est aujourd’hui utilisée contre l’Occident qui est perçu comme le propagateur de l’irréligiosité et de divers instruments de décomposition de la société traditionnelle que sont  les droits LGBT et le wokisme. Ces idéologies accompagnées par l’absence de foi font que l’Occident est perçu comme un composant nuisible. 

A mes yeux, il y a une pertinence de la foi car ce retour du religieux ne vise pas seulement à désigner celui qui ne croit pas mais aussi celui qui est le représentant d’une idéologie de décadence et de destruction de la société traditionnelle. C’est sur cet aspect où il y a un affrontement sur le plan idéologique et que l’on retrouve sur le terrain car nos armées sont censées représenter ces valeurs. Même si les militaires ne les partagent absolument pas, ils sont perçus comme tel. Pour conclure, la dimension religieuse est bien présente dans ces groupes et dans les interactions qu’ils ont avec l’Occident. 

LD : La France, comme d’autres puissances occidentales, intervient ponctuellement en Afrique ou au Proche-Orient, suscitant parfois de la défiance. D’après vous, quelles erreurs ou maladresses de politique étrangère ont pu nourrir cette image du “diable occidental” et le recul de Paris sur le continent ? Comment l’Occident peut-il tenter de renouer un dialogue moins « diabolisant » avec les peuples concernés ?

RLS : Je pense que ce qu’il y a d’abord un aspect circonstanciel dans les deux dernières interventions françaises en Afrique que sont Serval (2013-2014) et Barkan (2014-2024). Serval n’aurait pas eu lieu s’il n’y avait pas eu la guerre en Libye qui a provoqué une dégradation de la situation sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne. Cette situation s’explique par la prise de possession des arsenaux de Kadhafi par les djihadistes et par la réactivation des résidus du GIA algérien. Tous ces éléments vont ensuite donner naissance à Al Qaeda au Maghreb islamique et menacer le Mali. Après le discours de Tombouctou de François Hollande, la France intervient en Afrique pour préserver l’unité du Mali et stabiliser la région. Les soldats français vont avoir pour mission de s’attaquer au problème sécuritaire numéro 1, à savoir les GAT. Ils ne pourront cependant pas s’attaquer au problème inhérent de ces pays et vont finalement assister à la désagrégation de certains états comme le Mali et le Burkina Faso tant sur le plan sécuritaire que sur celui de l’intervention de l’Etat central. Par conséquent, ces mêmes pays vont être minés de l’intérieur par ces GAT que l’armée française a combattu mais sans pouvoir véritablement les éradiquer. Après 9 ans de présence militaire, la France va progressivement cristalliser l’ensemble des animosités traversant dans le pays et se voire accusée de tous les maux.  

Enfin, il faut également prendre en compte les erreurs commises par nos dirigeants comme celle du président Macron avec le Président burkinabais à qui il demandait d’aller réparer la climatisation. Toutes ces maladresses vont alimenter l’image d’une France comme un pays hautain et qui bride la capacité d’action des pays africains pour mieux les maintenir sous sa coupe. Un ressentiment que d’autres puissances comme la Russie vont instrumentaliser, ce qui va contribuer au développement d’un sentiment anti-français qui déboucher sur la sortie la France du continent. 

 Voici en résumé comment tout cela s’est passé. La France a ainsi continué à mener une guerre asymétrique qui lui convenait bien parce qu’elle correspondait à l’esprit de l’armée coloniale et de la françafrique. Cependant, elle n’a pas été capable de concevoir son armée autrement que pour ces missions là et se retrouve donc en difficultés quand il s’agit d’affronter des puissances hautement plus dangereuses et de se livrer à des conflits de haute intensité tels que la guerre en Ukraine. 

LD : Dans Qui est le diable ? vous laissez entrevoir l’idée qu’un certain manichéisme entrave la résolution durable des conflits. Au regard de l’évolution du monde actuel et le grand chamboulement géopolitique et historique en cours — multipolarité, essor des grandes puissances émergentes, repli identitaire — redoutez-vous une intensification de la diabolisation et du rejet de l’autre ?

RLS : je pense qu’au lendemain de la réunion entre Volodymyr Zelenski et Donald Trump à la maison blanche, il revient à l’Union européenne de se prendre en main. La question est aujourd’hui de savoir comment elle va se positionner. Parce que la Chine, la Russie y les Etats-Unis ont une approche de realpolitik dans laquelle on admet que l’adversaire existe, qu’il n’est pas forcément le diable et qu’on peut traiter avec lui. On le constate avec la tentative Donald Trump de reprendre contact avec Vladimir Poutine, ce qui n’est pas une mince affaire car l’Ukraine a subi une agression de la part de la Russie. Dans cette approche réaliste, on retrouve également un aspect business qui est propre au président Trump et dont je ne suis pas sûr qu’il déplaise à Xi Ping et à Recep Tayyip Erdogan.

Il est vrai aussi que l’on assiste à l’émergence d’un monde multipolaire dans lequel le primat de l’occident est remis en cause. Dans ce monde nouveau, je pense que la figure du diable est peut-être moins pertinente même si elle a largement structuré nos relations internationales. 

Concernant les perspectives sur le conflit en Ukraine, je ne sais pas qu’elles en seront les tenants et les aboutissants. En revanche, je souhaite que cette guerre cesse au plus vite car c’est un conflit atroce. Il s’agit d’ailleurs d’un des objectifs affichés de Donald Trump qui le souhaite à la fois pour les intérêts américains mais aussi dans le but d’arrêter cette saignée complètement inutile entre deux pays frères que sont l’Ukraine et la Russie. Pour conclure, on peut affirmer que cette guerre aura contribué à bousculer la tectonique des plaques dans le monde mais il reste très difficile de savoir comme la situation va évoluer et ce, notamment au Moyen-Orient qui a connu de profonds changements au cours de ces deux dernières années. 

LD : Enfin, une question d’actualité. La France et ses partenaires de l’Union européenne soutiennent encore ouvertement et farouchement l’Ukraine contre la Russie, au niveau économique et militaire, au mépris de leurs propres intérêts. Donald Trump, de son côté, a déjà repris langue avec Moscou. Les deux diables préférés actuels des establishments progressistes européens, Trump et Poutine, vont donc se rencontrer bientôt pour tenter une sortie de crise avec une caste belliqueuse européenne totalement hors-jeu. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

RLS : Pour faire une métaphore, nous assistons actuellement à un changement de logiciel comme en informatique. Au début de la guerre en Ukraine, la carte qui était depuis un certain moment dans l’ordinateur a subi ensuite plusieurs versions au cours du conflit tout en sachant que la pierre angulaire de l’intervention occidentale en faveur de l’Ukraine reste menée par les Etats-Unis. Pour faire une autre comparaison, c’est comme si l’Occident était comme un train à grand vitesse dans lequel les Etats-Unis étaient la locomotive et l’Union européenne, les wagons et que cette dernière se rendait compte tout à coup que la locomotive avait disparu. 

Le choix qui s’impose désormais aux Européens est de savoir s’ils continuent avec le même train ou s’ils fabriquent une autre motrice qui sera forcément moins puissante tout  en sachant que l’objectif reste inchangé, à savoir de repousser les Russes pour permettre aux Ukrainiens de reconquérir leurs frontières et de rétablir leur souveraineté. Il s’agit pour eux de savoir si cette tâche est réaliste ou s’il faut obtenir un cessez-le-feu comme le souhaitent ceux qui conduisaient la locomotive hier. Toutefois, les Européens semblent perdus comme en témoigne la volte-face de l’Angleterre qui avait travaillé sur un plan de paix avec la France pour ensuite se rétracter le lendemain. On retrouve la même inconstance en Pologne qui faisait partie des pays les plus belliqueux face à la Russie et qui ne veut plus désormais envoyer de troupes. A mes yeux, les Européens se rendent finalement compte qu’ils ne pourraient jamais se substituer aux Etats-Unis en matière d’aide apportée à l’Ukraine. Par conséquent, si une déclaration de paix n’est pas signée prochainement, l’Ukraine risque de se voir empiétée de nouveaux territoires, voire même de perdre définitivement la guerre car les troupes ukrainiennes sont au bord de l’effondrement. 

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