
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La fin tragique d’un leader nationaliste
L’assassinat d’Andriy Parubiy, 54 ans, sur une rue de Lviv, révèle bien plus qu’un simple fait divers. Fondateur du parti Svoboda, héritier du mouvement social-nationaliste des années 1990 et figure de proue de l’Euromaidan, Parubiy a incarné, pour une génération d’Ukrainiens, la transition d’un nationalisme marginal vers le pouvoir d’État. Il a été commandant des “forces d’autodéfense du Maïdan” en 2013-2014, puis secrétaire du Conseil de sécurité et président du Parlement entre 2016 et 2019. Sa trajectoire, faite de passages du radicalisme extrême à la politique institutionnelle, s’achève aujourd’hui dans une rue de sa ville natale, sous les balles d’un tueur déguisé en livreur.
De l’idéologie extrême à l’appareil d’État
Parubiy avait commencé son chemin dans les années 1990, en compagnie d’Oleh Tyahnybok, en fondant le Parti social-national d’Ukraine, formation ouvertement néonazie qui deviendra plus tard Svoboda. Longtemps marginal, il parvint à se hisser dans l’arène nationale en rejoignant d’abord les campagnes de Viktor Yushchenko, puis celles de Yulia Tymoshenko. Mais c’est surtout l’Euromaidan qui l’a propulsé : le rôle décisif joué par les groupes radicaux dans la chute de Viktor Ianoukovitch lui ouvrit les portes du pouvoir. Le système ukrainien, sous pression, avait alors besoin de ces hommes pour stabiliser le nouveau régime.
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Un déclin politique avant la mort
Après le Maïdan, Parubiy rejoint le Front populaire d’Arseniy Iatseniouk et Oleksandr Tourtchynov, puis la Solidarité européenne de Petro Porochenko. En 2016, il devient président du Parlement, une position clé dans le fragile équilibre institutionnel ukrainien. Mais dès 2019, l’onde de choc provoquée par l’élection de Volodymyr Zelensky balaie l’ancienne élite post-Maïdan. Parubiy perd sa présidence et glisse vers une carrière plus discrète, sans réelle influence sur les choix stratégiques du pays.
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Lviv, théâtre d’un cycle de violence
L’assassinat de Parubiy n’est pas un cas isolé. Un an plus tôt, toujours à Lviv et toujours dans la rue, Iryna Farion, autre figure ultranationaliste de Svoboda, avait été abattue. L’enquête n’avait abouti à rien. La répétition de ce scénario soulève des questions sur l’émergence d’un cycle de violence politique visant les acteurs de l’extrême droite, hier moteurs de la révolution, aujourd’hui parfois encombrants ou marginalisés.
Hypothèse russe ou règlements de comptes internes ?
Les spéculations se concentrent sur deux pistes principales. La première est celle de l’ingérence russe. Moscou a toujours ciblé les figures hostiles à son influence, et l’élimination d’ennemis idéologiques en territoire ukrainien n’est pas sans précédent. Pourtant, l’argument paraît fragile: ni Farion ni Parubiy n’étaient encore des adversaires stratégiques de poids. Le Kremlin, s’il le voulait, aurait choisi des cibles autrement plus centrales dans le dispositif de Kyiv.
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La seconde piste renvoie aux dynamiques internes. Alors que l’Ukraine entre dans une phase délicate de négociations, même incertaines, sur un éventuel cessez-le-feu, les élites politiques et militaires s’agitent en vue d’une recomposition. Dans ce contexte, l’extrême droite, jadis utile comme force de choc, peut apparaître comme une menace ou un obstacle pour de nouveaux équilibres. Les assassinats pourraient être l’expression brutale de luttes intestines, de rivalités politiques ou de règlements de comptes accumulés au fil des années.
La fragilité du système ukrainien
Ce meurtre met en lumière la fragilité institutionnelle et sociale d’un pays qui, depuis 2014, vit dans une tension permanente entre guerre extérieure et fractures internes. L’Ukraine se bat sur le front militaire contre la Russie, mais doit aussi gérer des tensions politiques héritées du Maïdan : le rôle de l’extrême droite, l’équilibre entre nationalisme et démocratie, et les promesses de réformes jamais accomplies. La mort de Parubiy illustre cette contradiction : un homme célébré comme héros par certains, considéré comme un fardeau par d’autres, et finalement éliminé dans un contexte de recomposition silencieuse.
Un signal pour l’avenir
Qu’il s’agisse d’une opération extérieure ou d’un règlement interne, le message reste le même : l’Ukraine est entrée dans une phase où la guerre militaire se double d’une guerre politique et souterraine. Le sang versé dans les rues de Lviv révèle une autre bataille, celle pour le pouvoir au lendemain de la guerre. Et cette bataille-là pourrait s’avérer tout aussi décisive pour l’avenir du pays.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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