RENSEIGNEMENT – Diplomatie sous surveillance : Londres accuse, Téhéran réagit, le nucléaire refait surface

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Derrière les faits divers judiciaires se joue, une fois encore, la géopolitique. Trois citoyens iraniens arrêtés à Londres pour espionnage présumé au profit de Téhéran, surveillance d’opposants, menaces contre des journalistes d’« Iran International », et toute la machine sécuritaire britannique qui s’active pour invoquer la protection nationale.
L’Iran proteste, convoque le diplomate britannique à Téhéran, et dénonce une « manœuvre politique ». Déjà vu. Et pourtant, jamais résolu.
Il ne s’agit pas seulement d’espions, mais d’un affrontement ouvert entre deux visions du monde. D’un côté, la Grande-Bretagne qui se pose en rempart de la sécurité européenne, ressortant lois et doctrines d’urgence pour contrer les « influences étrangères ». De l’autre, la République islamique qui rejette toute ingérence et riposte sur le terrain le plus sensible : le nucléaire. Car si aujourd’hui le théâtre du conflit est Londres, demain ce sera Vienne, Mascate, ou l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Les accusations sont lourdes, mais le contexte l’est davantage. Iran International n’est pas qu’un média : c’est un symbole de la guerre de l’information entre l’Iran et l’Occident. Téhéran la considère comme une organisation terroriste, Londres la protège. Et dans les couloirs des services de renseignement, le débat entre protection des dissidents et répression extraterritoriale est devenu le véritable champ de confrontation. Avec des armes nouvelles : drones, cybersurveillance, propagande, provocations judiciaires.
Le problème est que tout cela survient alors que les négociations nucléaires restent suspendues entre ambiguïté et bluff. D’un côté les États-Unis, revenus à la table des négociations mais sous l’ombre persistante de Donald Trump, qui réactive des lignes rouges intenables. De l’autre, l’Iran, qui mise sur son rôle régional et évoque des consortiums atomiques avec l’Arabie saoudite et les Émirats — alliances impossibles ou simples provocations tactiques ?
Au milieu, l’Europe du groupe E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) reste prisonnière de sa faiblesse diplomatique. Après avoir signé le JCPOA et subi son démantèlement par les États-Unis, elle n’est plus en mesure ni de garantir le respect des engagements ni d’instaurer un dialogue crédible. Et le fameux mécanisme de « snapback », brandi depuis des mois, n’a produit ni dissuasion ni résultats.
En définitive, l’arrestation de trois Iraniens à Londres n’est pas l’épilogue d’une enquête, mais un épisode intermédiaire dans une longue guerre froide parallèle, faite de provocations, de représailles diplomatiques et de négociations dans l’ombre. Avec un danger majeur : l’érosion définitive de la confiance et de la possibilité de médiation multilatérale. Quand espions et diplomates finissent par jouer le même rôle, c’est le droit international qui perd son sens. Et seul le soupçon en sort vainqueur.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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