RENSEIGNEMENT – France, tournant dans les services : Alain Bauer évincé, un ancien du MI6 entre en scène. Le CNAM réforme son “intelligence académique”

RENSEIGNEMENT – France, tournant dans les services : Alain Bauer évincé, un ancien du MI6 entre en scène. Le CNAM réforme son “intelligence académique”

lediplomate.media — imprimé le 06/07/2025
Portrait d’un homme souriant en costume dans une salle de réunion stratégique française, avec carte géopolitique, drapeaux tricolores et dossiers confidentiels.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

À Paris, au cœur institutionnel de la République, un changement silencieux mais emblématique est en cours dans le rapport entre le monde universitaire et les services de renseignement. Le prestigieux Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), université historique de la capitale française et référence dans la formation de haut niveau, a décidé de tourner une page dans la gestion de sa Revue de Recherche sur le renseignement, l’une des rares publications européennes entièrement dédiées à l’étude théorique et à l’analyse stratégique du renseignement.

La nouvelle est passée presque inaperçue hors des cercles spécialisés, mais elle mérite une attention particulière. Alain Bauer, criminologue renommé, conseiller historique de Nicolas Sarkozy et figure centrale du débat français sur la sécurité nationale, quitte la direction de la revue, qu’il avait contribué à fonder et à façonner. À sa place – ou plutôt dans le nouveau comité éditorial – apparaissent d’anciens hauts responsables de la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) et même un ex-dirigeant du très secret MI6 britannique, le Secret Intelligence Service.

Un simple changement éditorial ? Non, c’est une reconfiguration stratégique, alignée sur un climat européen de plus en plus marqué par les menaces hybrides, les guerres cognitives et les infiltrations systémiques de puissances étrangères — au premier rang desquelles la Russie et la Chine. Le monde du renseignement français devient plus technique, plus international, moins personnalisé. Mais aussi plus opaque.

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Alain Bauer, le “grand commis” de la sécurité républicaine

Figure controversée, intellectuel brillant, homme de réseaux et de pouvoir transversal, Bauer a marqué plus de deux décennies de réflexion française sur la police, l’intelligence et le crime organisé. Proche des cercles maçonniques et des hautes sphères de l’administration, il incarne une certaine manière d’envisager la sécurité nationale : comme champ d’influence, mais aussi comme carrefour entre savoir académique et dispositifs opérationnels.

Son départ du CNAM — bien qu’il ne soit pas officiellement une éviction — reflète un certain essoufflement de l’élite républicaine traditionnelle, aujourd’hui bousculée par de nouvelles générations de cadres formés au Groupement Interarmées du Renseignement (GIC) et sur les théâtres africains plutôt que dans les salons parisiens.

Une revue qui change de visage (et de mission)

Le nouveau comité éditorial de la Revue de Recherche sur le renseignement semble vouloir impulser une “professionnalisation accrue” du discours sur le renseignement, en l’extrayant des logiques médiatiques et de la spectacularisation académique. On s’oriente vers un modèle anglo-saxon, fait d’analyses froides, d’interopérabilité culturelle entre services et universités, mais aussi de contrôle renforcé sur les publications dites “sensibles”, surtout en cette période où la frontière entre transparence et secret devient de plus en plus floue.

L’entrée d’anciens membres du MI6 et de la DGSI marque d’ailleurs un changement d’échelle géopolitique. Il ne s’agit plus seulement d’étudier le renseignement “à la française”, mais de s’inscrire dans une réflexion transatlantique et post-Brexit, sur la manière dont les démocraties peuvent se défendre sans renier leurs principes.

France, renseignement et autonomie : Un triangle fragile

En filigrane, se dessine une problématique plus vaste. Tandis que la France tente de renforcer son autonomie stratégique dans une Europe désorientée et de plus en plus sous influence de l’OTAN conduite par les États-Unis, le champ du renseignement se restructure. Les universités comme le CNAM, autrefois “zones franches” de pensée critique et de formation souveraine, sont progressivement absorbées dans la logique du bloc occidental.

Le choix d’intégrer d’anciens agents britanniques — issus d’un pays désormais hors de l’Union européenne mais toujours pilier des Five Eyes — n’est pas anodin. Il témoigne du fait que la culture du renseignement elle-même s’adapte à un monde multipolaire, où l’université n’est plus seulement un lieu de savoir, mais un espace stratégique, une cible potentielle, un laboratoire idéologique.

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