
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
L’opération secrète
Téhéran a récemment annoncé avoir éliminé six hommes accusés d’appartenir à un commando « terroriste » lié à Israël, lors d’une opération menée dans la province du Sistan-Baloutchistan, à la frontière avec le Pakistan et l’Afghanistan. Deux autres auraient été capturés vivants. Selon les sources iraniennes, le groupe – composé de combattants étrangers – préparait une attaque contre une infrastructure vitale dans l’est du pays. La preuve du lien avec Israël proviendrait des documents saisis, indiquant une coordination directe avec Tel-Aviv.
L’action n’a pas été sans coût : trois membres des forces de sécurité iraniennes ont été blessés. Mais Téhéran présente ce résultat comme une victoire dans une guerre invisible qui dépasse largement les frontières nationales.
À lire aussi : ÉNERGIE – Crise énergétique : L’Europe assiégée
Une région instable
Le Sistan-Baloutchistan est depuis longtemps un foyer de tensions : région pauvre, marginalisée, traversée par les trafics de drogue, théâtre d’activités djihadistes et de revendications séparatistes. Il n’est pas rare que des groupes armés frappent des objectifs iraniens, profitant de la porosité de la frontière et de l’absence de développement économique. Aujourd’hui cependant, dans l’interprétation de Téhéran, ces dynamiques locales ne suffisent plus à expliquer la violence. Israël serait le metteur en scène occulte, exploitant les fragilités internes de l’Iran pour le déstabiliser de l’intérieur.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Chine – Iran – Russie : Un axe remis en question
L’héritage de la guerre de juin
Le contexte régional reste marqué par le conflit éclair de juin dernier, lorsque Israël lança une offensive surprise contre des bases militaires et nucléaires iraniennes. Douze jours de bombardements et de raids ciblés coûtèrent la vie à des scientifiques et à des officiers iraniens de haut rang. Téhéran répliqua par une pluie de drones et de missiles contre des objectifs israéliens. Une guerre brève, mais suffisante pour transformer les tensions latentes en une confrontation frontale et permanente.
L’opération dans le Sistan-Baloutchistan doit être lue dans ce cadre : pour Téhéran, frapper des cellules accusées de liens avec Israël signifie démontrer que la guerre ne se joue pas seulement sur le plan conventionnel, mais aussi dans l’ombre.
À lire avant : TRIBUNE – Le Nouvel Ordre du Moyen-Orient : Le Golfe ne sera plus jamais comme avant !
Évaluation stratégique militaire
L’épisode confirme la place croissante des opérations « hybrides » dans le conflit entre l’Iran et Israël. D’un côté, Tel-Aviv cherche à éroder la sécurité intérieure iranienne en soutenant des milices périphériques, suivant un schéma déjà utilisé ailleurs. De l’autre, l’Iran montre qu’il peut neutraliser ces menaces par une stratégie de renseignement agressive, projetant sa force jusque dans les zones les plus instables.
Militairement, cela signifie que l’affrontement n’est pas limité à Gaza, au Liban ou à la Syrie, mais qu’il pénètre au cœur même de l’État iranien. L’objectif israélien est de provoquer un épuisement permanent, obligeant Téhéran à disperser ses ressources sur plusieurs fronts.
À lire aussi : ANALYSE – Israël : Les 20 mois de guerre qui ont changé la situation géopolitique au Moyen-Orient
Dimension géopolitique et géoéconomique
Le message politique envoyé par Téhéran dépasse les frontières nationales. Avec cette opération, l’Iran entend réaffirmer sa résilience face à un adversaire soutenu par les États-Unis et, en même temps, se présenter auprès du Sud global comme un acteur de résistance à l’hégémonie occidentale. Ce n’est pas un hasard si plusieurs pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine lisent l’affrontement entre l’Iran et Israël comme une bataille plus large pour redéfinir les équilibres mondiaux.
Sur le plan économique, la pression est cependant énorme. Le Sistan-Baloutchistan est une région clé pour les corridors énergétiques et commerciaux reliant l’Iran au Pakistan et à l’océan Indien. L’instabilité et les conflits clandestins freinent les investissements et bloquent les projets d’infrastructures, alors même que Téhéran cherche à renforcer ses liens avec la Chine et la Russie à travers la Belt and Road Initiative et la coopération eurasiatique.
*
* *
L’élimination du commando dans le Sistan-Baloutchistan illustre la véritable nature de la guerre entre l’Iran et Israël : une guerre de l’ombre, faite d’infiltrations, de sabotages et de représailles, qui accompagne les conflits conventionnels et les guerres par procuration. Dans cette dimension, chaque opération devient un message politique et stratégique. Téhéran a voulu montrer qu’aucune incursion ne restera impunie. Reste à savoir si cette escalade silencieuse pourra être contenue ou si elle entraînera le Moyen-Orient dans une nouvelle phase d’instabilité permanente.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Iran, nucléaire et diplomatie gelée : L’Europe à l’épreuve du feu
#Iran,#Israël,#Renseignement,#GuerreSecrète,#SistanBaloutchistan,#Téhéran,#TelAviv,#ConflitIranIsrael,#MoyenOrient,#Espionnage,#Rivalité,#OpérationsSecrètes,#SécuritéNationale,#ServicesSecrets,#Geopolitique,#Geoeconomie,#ConflitOcculte,#ProxyWar,#RégionInstable,#DroneWar,#Missiles,#BeltAndRoad,#Chine,#Russie,#ÉtatsUnis,#SudGlobal,#Terrorisme,#Commandos,#Milices,#Frontières,#Pakistan,#Afghanistan,#GuerreHybride,#EspionnageMilitaire,#CyberGuerre,#Résilience,#Hégémonie,#Instabilité,#Puissance,#Diplomatie

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
Découvrez ses ouvrages en italien sur Amazon.
https://www.amazon.it/Libri-Giuseppe-Gagliano/s?rh=n%3A411663031%2Cp_27%3AGiuseppe+Gagliano
Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
Liens utiles
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis
