
Par David Saforcada
(Suite de la PARTIE 1)
Transition : De la stratégie extérieure à la cohérence intérieure
Si la France veut peser à nouveau sur la scène africaine, elle doit faire plus que réaffirmer des partenariats : elle doit assumer une cohérence entre sa parole extérieure et ses choix intérieurs.
On ne peut pas, d’un côté, parler de coopération renouvelée, de respect mutuel, d’égalité stratégique, et de l’autre, tolérer des accords migratoires unilatéraux, une impunité diplomatique dans les refus de réadmission, ou un déséquilibre chronique dans les échanges humains.
Une diplomatie forte commence par le contrôle de ses frontières, la maîtrise de ses flux, et la réciprocité dans ses relations. Dans cette optique, la question migratoire ne peut plus être évitée : elle doit devenir un levier diplomatique à part entière, conditionnant les aides, les partenariats, les garanties économiques. Elle ne doit plus être subie, mais pensée comme un instrument stratégique, à la hauteur des enjeux du XXIe siècle.
Reprendre le contrôle : vers une souveraineté migratoire franco-africaine
La question migratoire, longtemps considérée comme un sujet humanitaire ou social, est devenue une donnée géopolitique majeure. En Afrique comme en Europe, elle façonne les équilibres politiques, économiques, identitaires. Pour la France, l’enjeu est simple : continuer à subir, ou reprendre l’initiative.
1. Le refus des OQTF : une crise de souveraineté
Des pays comme le Mali, le Burkina Faso, ou le Niger refusent désormais d’accueillir leurs ressortissants déboutés du droit d’asile ou visés par une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Cette situation constitue une négation du droit français et un chantage permanent, qui mine la crédibilité de l’État.
Ces pays, souvent les premiers bénéficiaires d’aide au développement, d’accès préférentiel au marché français ou d’appuis monétaires (via le franc CFA), devraient être placés devant leurs responsabilités. La France ne peut plus accepter l’idée que le droit d’entrée soit un acquis, et le devoir de retour une option.
2. Un levier oublié : le franc CFA comme outil de conditionnalité
Dans les pays de la zone franc, la France garantit la convertibilité de la monnaie locale, en échange d’une rigueur macroéconomique et de la centralisation de réserves à la BCEAO ou la BEAC. Mais cette garantie monétaire pourrait — et devrait — devenir aussi un levier diplomatique.
Le non-respect des règles migratoires françaises par certains États peut justifier une suspension partielle des garanties, ou une redéfinition des accords techniques de la zone CFA. Aucun État ne peut durablement bénéficier de la stabilité monétaire française tout en contestant sa souveraineté migratoire.
3. Repenser les accords migratoires historiques : le cas emblématique de l’Algérie
L’accord franco-algérien de 1968, modifié à plusieurs reprises mais toujours en vigueur, accorde un régime migratoire spécifique aux ressortissants algériens, avec des facilités bien supérieures à celles accordées à d’autres pays africains. Cet héritage post-colonial, déséquilibré, obsolète, et inadapté aux défis actuels, empêche une régulation efficace des flux et des expulsions.
Il est temps de mettre fin à cette exception algérienne. La France doit proposer une refondation complète de la relation migratoire avec l’Algérie, sur la base de la stricte réciprocité : visas, retours, intégration, et lutte contre l’immigration irrégulière. Ce dossier est un test de crédibilité stratégique pour toute la politique migratoire française.
4. Une diplomatie migratoire donnant-donnant
La France doit conditionner son aide, ses investissements, ses partenariats éducatifs et économiques à une coopération migratoire réelle, mesurable et contractuelle.
Cela suppose :
- La signature d’accords bilatéraux de réadmission, incluant des quotas, des délais, des mécanismes de vérification ;
- La formation et le soutien aux polices de frontières africaines, notamment dans les zones de transit comme le Sénégal, le Tchad ou le Soudan ;
- La valorisation des talents africains dans des circuits légaux, tout en fermant les canaux irréguliers.
La migration ne doit plus être subie comme une fatalité ou un passif de la colonisation. Elle doit devenir une dimension régulée de la souveraineté nationale — et un levier diplomatique assumé.
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Combattre l’islamisme : un enjeu de sécurité, de civilisation et d’influence
L’islamisme politique, sous toutes ses formes — salafisme, wahhabisme, djihadisme, frérisme — est aujourd’hui le principal facteur de déstabilisation du continent africain. De la bande sahélo-saharienne aux côtes de l’océan Indien, en passant par le bassin du lac Tchad et la corne de l’Afrique, l’offensive islamiste est multisectorielle : militaire, idéologique, communautaire.
La France, historiquement présente, ne peut pas prétendre « revenir » diplomatiquement sur le continent sans inscrire clairement la lutte contre l’islamisme dans sa stratégie d’influence.
1. Un ennemi protéiforme enraciné en Afrique
L’islamisme armé ne cesse de muter. Si Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) restent des références idéologiques, ce sont aujourd’hui des milliers de combattants locaux, enrôlés dans des logiques communautaires, mafieuses ou identitaires, qui mènent les combats.
Mais plus grave encore : l’islamisme soft, culturel et communautariste, progresse à travers les ONG, les réseaux éducatifs, les prêches numériques, les flux financiers venus du Golfe ou de Turquie. Ce sont des villes entières — au Mali, au nord du Burkina, dans certaines zones du Nigeria ou du Kenya — où l’État recule face à des autorités religieuses radicales.
2. Affronter l’islamisme, c’est aussi affronter ses soutiens extérieurs
La Turquie, le Qatar, et dans une moindre mesure l’Arabie saoudite, ont fait du continent africain un terrain d’exportation de leur influence religieuse et politique. Ankara multiplie les centres culturels, les mosquées, les bourses, les médias islamiques. Le soft power turc se mêle à une diplomatie anti-occidentale active, notamment dans les pays francophones.
La France doit désigner clairement ces interférences, non pas par idéologie, mais par souci de sécurité. Il est temps de reconstruire des alliances avec les États africains qui combattent réellement l’islam politique, comme l’Égypte, le Maroc, voire certains États du Golfe (Émirats arabes unis, Arabie saoudite post-MBS).
3. Soutenir un islam africain modéré et souverain
Le combat ne peut pas être uniquement militaire. Il doit aussi être spirituel, culturel, éducatif. La France doit appuyer la formation d’un islam africain, modéré, non aligné sur les modèles arabes. Cela suppose :
- Un soutien aux institutions religieuses africaines indépendantes, notamment soufies (comme la Tijaniyya, fortement implantée au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Niger) ;
- Une coopération universitaire accrue dans les études religieuses, la théologie islamique, le droit coutumier ;
- La reconquête de la francophonie spirituelle, en finançant des manuels scolaires, des radios, des médias en français, dans les zones où l’arabe salafiste progresse.
4. Repenser la présence militaire sans la supprimer
Le retrait partiel des forces françaises au Sahel a été perçu comme un aveu de faiblesse, plus que comme une redéfinition stratégique. Il est temps de sortir de l’opposition stérile entre néocolonialisme militaire et abandon pur et simple.
La France peut — et doit — maintenir une présence militaire ciblée, discrète, efficace, sous mandat d’accords bilatéraux solides et l’emploi d’entreprises militaires et de sécurité privée notamment avec :
- La Côte d’Ivoire (base d’Abidjan),
- Djibouti (point d’entrée vers la mer Rouge),
- Le Sénégal,
- Le Mozambique (contre-insurrection à Cabo Delgado).
L’objectif : soutenir les armées africaines réellement engagées dans la lutte antiterroriste, sans se substituer à elles.
La lutte contre l’islamisme est la clef de voûte de la souveraineté africaine. La France, si elle veut redevenir un partenaire stratégique, doit se tenir aux côtés de ceux qui résistent — et cesser d’hésiter face à ceux qui pactisent.
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Une diplomatie nouvelle : Claire, forte, choisie
La France n’a pas perdu l’Afrique. Mais elle a cessé de parler vrai. Elle a abandonné l’initiative, la clarté doctrinale, le sens stratégique — au profit d’une parole parfois condescendante, parfois repentante, souvent hésitante. Résultat : une perte d’influence accélérée, un ressentiment croissant, et l’installation de puissances concurrentes — Chine, Turquie, Russie — dans ses anciens bastions.
Le temps est venu d’un tournant assumé : celui d’une diplomatie décomplexée, sélective, fondée sur la réciprocité et l’intérêt partagé, débarrassée de la culpabilité postcoloniale comme du paternalisme.
Cela suppose :
– D’assumer le rapport de force avec les régimes hostiles (Niger, Mali, Burkina Faso, Algérie), sans céder au chantage mémoriel ni aux humiliations symboliques ;
– De construire une alliance forte avec les piliers du continent : Maroc, Égypte, Côte d’Ivoire, Djibouti, et demain peut-être le Mozambique ou le Kenya, pour enrayer le reflux français en Afrique orientale ;
– De conditionner l’aide, les garanties financières et les échanges migratoires à un respect strict de la souveraineté française ;
– D’intégrer la lutte contre l’islamisme au cœur de la stratégie africaine, en soutenant les États et les courants religieux africains qui incarnent un islam modéré et indépendant.
Ce renouveau diplomatique n’a rien d’une nostalgie impériale. Il n’est ni un retour en arrière, ni un projet de domination. Il est la condition d’un partenariat d’égal à égal, exigeant, lucide, structurant. Un partenariat où la France cesse de s’excuser d’exister — et redevient un acteur majeur, une puissance d’équilibre, une voix entendue sur le continent qui décidera, en partie, du siècle qui vient.
C’est au nom de la souveraineté — de la leur comme de la nôtre — que la France doit refonder sa relation avec l’Afrique.
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David Saforcada, est un ancien militaire des Troupes de Marine, formateur dans les métiers de la sécurité privée et membre de plusieurs associations souverainistes et patriotes. Il est actuellement Secrétaire général du Centre d’Études et de Recherches sur le Bonapartisme et Président du mouvement, L’Appel au Peuple.
