ANALYSE – Sadam Haftar à Niamey : Prémices d’un nouvel axe sécuritaire entre la Libye et le Niger ?

Sadam Haftar
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Niamey, 23 mai 2025. L’arrivée du Général Sadam Haftar à Niamey ne relève pas du simple protocole diplomatique. Accueilli avec tous les honneurs par le Général Mohamed Tumba, ministre nigérien de l’Intérieur, le fils du maréchal Khalifa Haftar – chef incontesté de l’Armée nationale libyenne (ANL) à l’Est de la Libye – semble porter un message plus large : celui d’un rapprochement stratégique dans une région marquée par les recompositions sécuritaires.

Le poids d’un nom, l’écho d’un projet régional

Sadam Haftar n’est pas un émissaire quelconque. Commandant de la puissante brigade Tariq Ben Zeyad, fer de lance de l’ANL dans la Cyrénaïque, il incarne la montée en puissance d’une nouvelle génération de chefs militaires libyens, résolument tournés vers la projection régionale de leur influence. Sa visite à Niamey n’est pas anodine : elle illustre une volonté manifeste d’inscrire Benghazi dans les dynamiques de sécurité transsahariennes.

Face à lui, le Niger – pays charnière entre le Maghreb et le Sahel – vit une transition sous haute tension. Depuis le coup d’État de 2023, Niamey tente de redéfinir ses partenariats sécuritaires. Les relations avec la France et les États-Unis se sont distendues, tandis que de nouveaux acteurs, notamment russes et turcs, frappent à la porte. C’est dans ce vide stratégique que s’insère la démarche du clan Haftar.

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Une convergence d’intérêts

Les discussions annoncées entre Sadam Haftar et les autorités nigériennes devraient porter sur des thématiques centrales : lutte contre le terrorisme, sécurisation des frontières communes, partage de renseignements, et peut-être, à terme, coopération militaire structurée.

Sur le plan tactique, les deux camps partagent des préoccupations similaires. Le sud libyen, notamment les régions de Koufra et Sebha, reste poreux aux infiltrations de groupes armés sahéliens. De son côté, le Niger fait face à une triple menace : Boko Haram à l’Est, l’État islamique dans la zone des trois frontières (avec le Mali et le Burkina Faso), et les trafics transsahariens au nord. Une alliance avec l’ANL, qui contrôle militairement une partie du Fezzan, pourrait ainsi offrir à Niamey un levier de dissuasion supplémentaire, tout en servant les intérêts de Haftar dans sa quête de légitimité régionale.

Derrière les considérations sécuritaires se cache une lecture plus géopolitique. La Libye de l’Est, longtemps marginalisée sur la scène diplomatique, cherche à construire des relais d’influence au Sahel pour peser dans les futurs équilibres de la région. En tissant des liens avec des régimes militaires en quête de nouveaux partenaires, comme ceux de Niamey ou de Bamako, le clan Haftar propose un axe de stabilité fondé sur le pragmatisme et le rejet des anciennes puissances coloniales.

Le Niger, quant à lui, n’exclut aucune option. En diversifiant ses alliances, il entend affirmer une autonomie stratégique dans un contexte où les anciennes certitudes sécuritaires volent en éclats.

La présence de Sadam Haftar à Niamey marque peut-être un tournant. Elle suggère la naissance d’une diplomatie sécuritaire parallèle, entre États autoritaires, unis par la nécessité de survivre dans un environnement instable. Mais elle soulève aussi des questions : quel sera l’impact de ce rapprochement sur les dynamiques régionales ? Quelle place pour les instances multilatérales, telles que la CEDEAO ou l’Union africaine, dans ce jeu d’alliances bilatérales improvisées ?

Pour l’heure, aucune déclaration officielle n’a encore été prononcée. Mais à Niamey, comme à Benghazi, on sait que certaines visites valent plus par leurs silences que par leurs communiqués.

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