ANALYSE – Pologne : La victoire de Karol Nawrocki, une ombre longue sur Tusk, Bruxelles et Zelensky

Karol Nawrocki
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe GaglianoPrésident du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Lors d’une élection présidentielle qui a tenu la Pologne en haleine, Karol Nawrocki, historien et nationaliste soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), a remporté la présidence avec une courte avance : 50,89 % contre 49,11 % pour son rival centriste Rafał Trzaskowski, maire de Varsovie et figure de proue de la Coalition Civique de Donald Tusk. Ce résultat ne constitue pas seulement un séisme politique interne, mais un signal qui résonne bien au-delà des frontières polonaises, touchant Bruxelles, Kiev et même Washington.

La victoire de Nawrocki, soutenue par l’administration Trump, marque un retour en force du populisme de droite en Europe de l’Est et remet en cause l’agenda européiste de Tusk, tout en jetant une ombre sur les relations déjà complexes avec l’Ukraine de Volodymyr Zelensky.

Pour Donald Tusk, Premier ministre d’une coalition fragile qui tente depuis 2023 de démanteler l’héritage autoritaire de huit années de gouvernement PiS, la victoire de Nawrocki est un coup de poignard. Le rôle du président polonais, bien que principalement cérémoniel, dispose d’une arme puissante : le droit de veto législatif, qui ne peut être contourné que par une majorité de 60 % au Parlement – une majorité que Tusk ne possède pas.

Déjà sous le prédécesseur Andrzej Duda, allié du PiS, le gouvernement avait du mal à faire avancer des réformes sur des sujets tels que l’indépendance de la justice, l’accès à l’avortement ou les droits des personnes LGBTQ+. Avec Nawrocki, figure jeune et déterminée, le risque est une paralysie encore plus grande. « Nous ne permettrons pas à Tusk de détenir tous les pouvoirs », a déclaré Nawrocki durant sa campagne, présentant l’élection comme un référendum contre le gouvernement. Et les chiffres lui ont donné raison, révélant une Pologne fracturée entre villes progressistes et provinces conservatrices, entre européisme et souverainisme.

Ce résultat représente aussi une bouffée d’oxygène pour le PiS qui, après sa défaite parlementaire de 2023, retrouve un nouvel élan. La victoire de Nawrocki pourrait galvaniser l’opposition, avec des figures de premier plan comme Przemysław Czarnek appelant déjà au démantèlement de la coalition de Tusk, en tentant peut-être d’attirer à eux des parlementaires centristes déçus. Si le gouvernement ne parvient pas à cohabiter avec un président hostile, un scénario d’élections anticipées avant 2027 ne peut être écarté.

Pour Tusk, qui s’était imposé comme une figure majeure au sein de l’UE, le choc est double : non seulement son agenda intérieur est mis en péril, mais sa capacité à se présenter comme le chef de file d’une Pologne pro-européenne s’en trouve affaiblie.

Le succès de Nawrocki a également un impact direct sur les relations avec Kiev, à un moment où la Pologne reste un pilier du soutien européen à l’Ukraine face à l’invasion russe. Contrairement à d’autres dirigeants eurosceptiques comme Viktor Orbán ou Robert Fico, Nawrocki ne remet pas en question l’aide militaire à Kiev, mais son approche est conditionnée par un passé douloureux qui continue de peser.

À lire aussi : L’Europe, théâtre de guerre nucléaire entre États-Unis et Russie ?

En tant qu’historien et ancien directeur de l’Institut de la Mémoire Nationale, Nawrocki a maintes fois souligné la nécessité pour l’Ukraine d’affronter le chapitre des massacres de Volhynie (1943–1945), au cours desquels l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) fut responsable de la mort d’environ 100 000 Polonais. Pour Nawrocki, sans reconnaissance claire de ce « génocide » — un terme que Kiev rejette, préférant parler d’un conflit bilatéral — l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et à l’OTAN reste inenvisageable.

Cette position a déjà généré des tensions avec Zelensky. Lors d’une visite en Pologne en janvier 2025, le président ukrainien a réagi fermement à Nawrocki, affirmant que refuser à Kiev l’entrée dans l’OTAN revenait à laisser l’Ukraine seule face à la Russie, avec des risques pour la sécurité de la Pologne elle-même. « Si l’Ukraine ne fait pas partie de l’équation, la Russie pourrait se retrouver à la frontière polonaise », a averti Zelensky, dans un avertissement à connotation accusatrice. Nawrocki, de son côté, a reproché à Zelensky un « manque de gratitude » envers l’aide polonaise — un thème qui a trouvé un écho particulier dans les zones rurales, où l’accueil de près d’un million de réfugiés ukrainiens a provoqué des tensions sociales.

La victoire de Nawrocki n’est donc pas uniquement une affaire polonaise : elle s’inscrit dans un tableau plus large d’une Europe de plus en plus polarisée. Sa campagne, marquée par un ton anti-UE et un voyage à Washington pour recevoir le soutien de Donald Trump, témoigne d’une affinité avec le populisme transatlantique. Nawrocki s’oppose aux politiques climatiques de l’UE, critique l’immigration et défend des valeurs catholiques traditionnelles, se positionnant comme un allié naturel de dirigeants comme Orbán ou Fico.

Pour Bruxelles, qui avait retrouvé en Varsovie un partenaire fiable sous Tusk après des années de conflits, c’est un retour en arrière. La Pologne risque de redevenir un trublion pour l’UE, avec un président susceptible d’utiliser son veto non seulement contre les réformes internes, mais aussi contre les projets européens en matière de climat et de migration.

Par ailleurs, le soutien de Trump à Nawrocki — scellé lors d’une visite-éclair à la Maison Blanche — souligne un autre aspect : la Pologne de Nawrocki regarde davantage vers Washington que vers Bruxelles pour son avenir géopolitique. Cela pourrait renforcer l’axe avec les États-Unis, à un moment où l’Europe cherche à définir son autonomie stratégique, mais cela risque aussi de compliquer les relations avec des partenaires comme l’Allemagne et la France, que Tusk avait tenté de rapprocher.

La victoire de Nawrocki, bien que serrée, révèle une nation profondément divisée, où l’appel au souverainisme et aux valeurs traditionnelles reste puissant. Pour Tusk, c’est un signal d’alarme : sa coalition doit retrouver la confiance de l’électorat, en particulier des jeunes, dont une partie a tourné le dos aux deux grands blocs (PiS et Coalition Civique) pour soutenir des forces plus radicales, comme la Confédération d’extrême droite.

Pour Zelensky, le défi est de conserver la Pologne comme alliée sans transiger sur la mémoire historique — un équilibre des plus délicats. Et pour l’Europe, Nawrocki est un rappel brutal : le populisme n’est pas mort, et la bataille pour l’âme du continent est loin d’être terminée.

À lire aussi : La vassalisation de la Pologne par l’Allemagne a pour objectif de contenir la Russie


#KarolNawrocki, #DonaldTusk, #Pologne2025, #ÉlectionsPolonaises, #Bruxelles, #Trump2025, #PiS, #RafalTrzaskowski, #CoalitionCivique, #UE, #Ukraine, #Zelensky, #Populisme, #Souveraineté, #Volhynie, #MémoireHistorique, #EuropeDeLEst, #Géopolitique, #DonaldTrump, #OTAN, #Kiev, #Washington, #UEvsUSA, #ÉlectionsPrésidentielles, #BlocDeVisegrad, #PologneDivisée, #DroitEtJustice, #NationalismePolonais, #ConflitsMémoire, #ZelenskyVsNawrocki, #PopulismeEurope, #TuskAffaibli, #EuropeFragmentée, #HéritagePiS, #PolandFirst, #NawrockiPrésident, #DroiteRadicale, #Antieuropéanisme, #CriseEuropéenne, #TrumpismEnEurope

Le Diplomate Logo

Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine toutes les actualitées.

Ce champ est nécessaire.

Nous ne spammons pas ! Consultez nos CGU pour plus d’informations.

Retour en haut