
Par Angélique Bouchard
JD Vance a exposé sa vision de l’avenir de l’IA devant un parterre d’oukases de la censure à Paris.
Le vice-président Vance a déclaré que les États-Unis ne restreindraient jamais le droit de leurs citoyens à la liberté d’expression.
Le 11 février dernier, JD Vance a déclaré que les systèmes d’intelligence artificielle américains ne seraient aucunement « entachés de préjugés idéologiques » et a mis en garde contre toute coordination avec des « adversaires étrangers hostiles » sur les capacités de l’IA.
Vance a participé mardi dernier au Sommet d’action sur l’intelligence artificielle à Paris, le AI Action Summit où les dirigeants mondiaux, cadres supérieurs du secteur technologique et les décideurs politiques se sont réunis pour discuter de la politique technologique et des ramifications avec la sécurité, l’économie et la gouvernance mondiales. Le président français Emmanuel macron, le Premier ministre indien, Shri Modi et le vice-Premier ministre chinois, Zhang Guoqing étaient parmi les participants. Cette apparition du VP, a marqué son premier voyage à l’international.
Alors que l’administration Trump a indiqué qu’elle prévoyait d’adopter une approche favorisant la déréglementation de l’IA, le discours de Vance au sommet de Paris coïncide avec les récentes tentatives de l’Union Européenne d’appliquer des réglementations plus strictes dans un but de promotion d’une « plus grande sécurité ».
Les États-Unis et le Royaume-Uni se sont abstenus de signer une charte internationale adoptée par 60 autres pays, à l’issue de la conférence, qui vise à garantir que « l’IA soit ouverte, inclusive, transparente, éthique, sûre, sécurisée et digne de confiance ».
Le sommet intervient quelques semaines après que Trump a annoncé le projet d’infrastructure d’IA de 500 milliards de dollars appelé Stargate.
JD Vance déclare aux dirigeants mondiaux que l’IA doit être « exempte de tout parti pris idéologique » et que la technologie ne sera pas un outil de censure
Vance a prévenu que la technologie devait être exempte de tout parti pris idéologique et que l’administration du président Donald Trump veillerait à ce que les systèmes d’intelligence artificielle les plus puissants soient construits aux États-Unis. Il a ajouté que Washington souhaitait nouer des partenariats solides avec le monde entier.
« Nous sommes convaincus que l’IA doit rester exempte de tout parti pris idéologique et que l’IA américaine ne sera pas cooptée comme un outil de censure autoritaire » a- t-il déclaré, avant de poursuivre :
« Nous pensons qu’une réglementation excessive du secteur de l’IA pourrait tuer une industrie transformatrice au moment même où elle prend son essor et nous ferons tout notre possible pour encourager les politiques de croissance de l’IA. J’aimerais voir cette tendance à la déréglementation faire son chemin dans de nombreuses discussions lors de cette conférence ».
Vance a déclaré que les règles européennes de confidentialité en ligne, connues sous l’acronyme RGPD, impliquaient des coûts de conformité juridique sans fin pour les petites entreprises.
En 2024, les législateurs européens ont approuvé une loi sur l’intelligence artificielle, le premier package réglementaire au monde, censé régir cette avancée technologique. Les géants de la Tech et certaines capitales mondiales font pression pour l’appliquer avec une certaine « souplesse ».
Le deal est simple pour l’administration Trump. Vance a suggéré à cet égard, que les États-Unis devraient reconsidérer leurs engagements envers l’OTAN si les gouvernements européens imposaient des restrictions à la plateforme de médias sociaux d’Elon Musk, X.
ANALYSE – OpenAI et le paradoxe de l’humanité : Entre profit et responsabilité globale
« Beaucoup de nos entreprises technologiques et les plus productives sont obligées de faire face à la loi sur les services numériques de l’UE et à la masse de réglementations qu’elle a créée concernant la suppression de contenu et la lutte contre la soi-disant désinformation. Bien sûr, nous voulons nous assurer qu’Internet est un endroit sûr, mais c’est une chose d’empêcher un prédateur de s’en prendre à un enfant sur Internet et c’en est une autre d’empêcher un homme ou une femme adulte d’accéder à une opinion que le gouvernement considère comme de la désinformation » a déclaré Vance.
Le vice-président américain pointe en filigrane les adversaires politiques de son administration, dont la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, qui a vite annoncé débloquer une enveloppe de 200 milliards d’euros pour « stimuler l’industrie naissante de l’IA dans l’UE ».
Selon Vance, des adversaires étrangers hostiles ont utilisé des logiciels d’IA pour « réécrire l’histoire, surveiller les utilisateurs, censurer les discours et porter atteinte à la sécurité nationale d’autres nations ». Il a ajouté que l’administration Trump s’efforcerait de protéger l’intelligence artificielle et les technologies de puces électroniques américaines contre le vol et l’utilisation abusive. L’administration Trump ne tolérera aucune de ces restrictions, notamment sur les entreprises technologiques américaines ayant une présence internationale.
« Je voudrais également rappeler à nos amis internationaux ici présents aujourd’hui, que s’associer à de tels régimes n’est jamais rentable » a déclaré M. Vance.
Alors que JD Vance a déclaré que les États-Unis souhaitaient nouer des partenariats avec d’autres pays sur ce front, Macron a déclaré que l’Europe pourrait adopter une approche de « troisième voie », en matière d’innovation d’IA et ne pas dépendre des États-Unis, ni de la Chine.
Dernier enjeu du discours de JD Vance : les travailleurs américains seront au cœur des politiques américaines en matière d’IA.
« Nous sommes convaincus que l’IA va rendre nos travailleurs productifs et nous nous battrons pour des politiques qui le garantissent. Nous espérons qu’ils en récolteront les fruits, avec des salaires plus élevés, de meilleurs avantages sociaux et des communautés plus sûres et plus prospères. Du droit à a médecine, en passant par l’industrie manufacturière, les applications les plus immédiates de l’IA ont presque toutes consisté à compléter- et non à remplacer- le travail effectué par les Américains » a déclaré le VP Vance.
La réglementation excessive adoptée par les oukases européens de la censure a une conséquence claire : entraver une industrie en pleine transformation, notamment aux États-Unis, qui ne manqueront pas de soutenir toute politique d’IA en faveur de la « croissance ».
En janvier dernier, Donald Trump a dévoilé un nouveau projet d’infrastructures d’IA de 500 milliards de dollars appelé Stargate, une coentreprise de centre de données entre la société holding d’investissement Softbank et les sociétés technologiques OpenAI et Oracle, que Trump a qualifié de « plus grand projet d’infrastructure d’IA et de l’histoire » (Source : Fox News et Associated Press).
Le projet comprend un investissement initial de 100 milliards de dollars qui devrait atteindre 500 milliards de dollars au cours du second mandat du Président Trump et permettra de construire des centres de données « colossaux » aux États-Unis pour alimenter l’IA.
Elon Musk remet en cause la capacité de financement d’OpenAI du leader technologique Sam Altman : les tensions autour du projet Stargate de 500 milliards de dollars
Après l’annonce du nouveau projet d’infrastructure d’intelligence artificielle de 500 milliards de dollars, impliquant OpenAI, Oracle et Softbank, Elon Musk a émis de sérieux doutes sur la capacité du projet à tenir ses promesses, arguant que les entreprises concernées ne disposaient pas des fonds nécessaires pour mener à bien leur engagement.
Stargate est censé émerger de l’alliance de ce trio d’entrepreneurs, pour construire des centres de données aux États-Unis, afin de poursuivre le développement de l’IA et d’augmenter la productivité en automatisant le travail des Américains.
Larry Ellison, président d’Oracle, a également suggéré que le projet Stargate pourrait faciliter le traitement de maladies telles que le cancer, en développant un vaccin personnalisé grâce à la liaison entre technologie et dossiers médicaux numériques.
L’investissement initial devrait s’élever à 100 milliards de dollars et pourrait être multiplié par 5. Microsoft, NVIDIA et l’investisseur MGX, ainsi que le fabricant de puces Arm sont également partenaires du projet.
Cependant, Musk tiendrait d’une « source sûre », a- t-il déclaré sur X, en réponse à un autre message d’OpenAI d’Altman, que « Softbank a bien moins de 10 milliards de dollars sécurisés. Je tiens cela d’une source sûre » (Source : X.com).
Altman a répliqué, en demandant à Musk : « Vous voulez venir visiter le premier site déjà en cours ? Je me rends compte que ce qui est bon pour le pays n’est pas toujours ce qui est optimal pour vos entreprises, mais dans ce nouveau rôle, j’espère que vous donnerez la priorité à l’Amérique ».
Cette pique d’Altman à l’encontre d’Elon Musk a conduit le conseiller présidentiel à publier une avalanche de critiques visant Altman, le qualifiant de « menteur » et critiquant les liens du PDG d’OpenAI avec le cofondateur de Linkedln, Reid Hoffman, farouche anti-Trump qui a aidé à financer le procès pour agression sexuelle, intenté par E.Jean Carroll, contre le président, avant sa victoire électorale en novembre 2024. Un autre tweet d’Elon Musk affirmait qu’OpenAI d’Altman finançait le média d’information Axios, également anti-Trump (Source : Axios.com).
Elon Musk critique également OpenAI, qu’il a contribué à fonder mais avec laquelle il n’a actuellement aucune implication. L’année dernière, Musk a poursuivi OpenAI à deux reprises, alléguant qu’Altman et la société avaient violé un contrat qu’ils avaient signé, selon lequel l’objectif principal de la société étaient de bénéficier au grand public, et non d’engranger un gain personnel.
En mars dernier, le PDG de Tesla, a annoncé qu’il poursuivait en justice OpenAI, le créateur de ChapGPT ainsi qu’Altman, affirmant que les protagonistes avaient abandonné « la mission fondatrice originale de l’entreprise, qui était de développer une technologie d’intelligence artificielle générale d’open source, au profit de l’humanité, plutôt que des profits ».
« Altman a littéralement témoigné devant le Congrès qu’il n’obtiendrait pas de compensation pour OpenAI et maintenant il veut 10 milliards de dollars !, a posté Elon Musk sur X, accompagné d’une image d’un titre de Reuters annonçant qu’Altman avait obtenu une participation dans OpenAI, après que l’entreprise soit passée du statut d’association, à celui d’entreprise privée (Source : Fox Business).
« Quel menteur ! ».
Un autre message partagé par Musk comprenait une image de pipe à méthamphétamine avec la légende : « image divulguée de l’outil de recherche utilisée par OpenAI pour arriver au chiffre de 500 milliards de dollars pour Stargate » (Source : X.com).
Fox Business confirme que les entreprises participant à l’opération sont bien placées pour réaliser les investissements, grâce aux capitaux propres, provenant des partenaires fondateurs et aux capitaux propres supplémentaires des co-investisseurs, ainsi que les dettes de tiers. Selon les derniers résultats financiers, SoftBank, disposait de 24, 3 milliards de dollars de liquidités au 30 septembre 2024. En ce qui concerne les bénéfices, le ratio prêt/valeur de SoftBank s’élevait à 12, 5%.
MGX, aurait 100 milliards de dollars d’engagements en capital et Oracle dispose de 11 milliards de dollars de liquidités à son bilan, tandis qu’OpenAI, a récemment annoncé une levée de capitaux de plus de 10 milliards de dollars.
Le PDG de Microsoft, Satya Nadella a déclaré s’engager à investir 80 milliards de dollars dans le projet lorsqu’ il a été interrogé sur CNBC, à propos des commentaires de Musk.
« Tout ce que je sais, c’est que je suis bon pour mes 80 milliards de dollars. Les clients peuvent compter sur Microsoft pour que ses modèle OpenAI soient présents partout dans le monde, au service des modèles OpenAI et d’autres modèles » a déclaré Nadella (Source : Fox Business).
Les entreprises impliquées dans Stargate n’ont pas encore décidé de la manière dont elles allaient répartir leurs investissements pour atteindre les 500 milliards de dollars. Certaines pourraient investir davantage, d’autres moins.
Le PDG d’OpenAI, Sam Altman déclare qu’Elon Musk « essaie simplement de nous ralentir » : « OpenAI n’est pas à vendre ! ».
Altman, qui s’est entretenu avec Bloomberg en marge du AI Action Summit, à Paris, suite à l’offre non sollicitée de rachat d’OpenAI, de 97, 4 milliards de dollars d’Elon Musk, a déclaré que Musk vivait probablement sa vie « en position d’insécurité » et qu’il pensait « qu’il n’était pas heureux » et avait de la « compassion pour lui ».
« Ecoutez, OpenAI n’est pas à vendre. Elon essaie toutes sortes de choses depuis longtemps. C’est l’épisode de la semaine. Je pense tout simplement qu’il essaie de nous ralentir. Il est évidemment un concurrent. Il travaille dur pour lever beaucoup d’argent pour sa start-up xAI et il essaie de nous concurrencer d’un point de vue technologique, en mettant le produit sur le marché. J’aimerais qu’il se contente de rivaliser en créant un meilleur produit (…) Nous allons essayer de garder la tête froide et de continuer à travailler » a déclaré Altman (Source : Fox Business).
Marc Toberoff, l’avocat de Musk a déclaré avoir soumis l’offre de rachat au conseil d’administration d’OpenAI, pour racheter la société, selon le Wall Street Journal.
Altman a répondu à l’offre de Musk sur X, en déclarant :
« Non, merci, mais nous pouvons acheter Twitter pour 9, 74 milliards si vous le souhaitez. »
Musk a répliqué :
« Escroc » ;
« On ne s’ennuie jamais sur X ».
Pour rappel, Elon Musk était le cofondateur d’OpenAI mais a coupé les ponts avec l’entreprise en 2018, après avoir été incapable de persuader les autres dirigeants de le mettre à la tête d’une entité OpenAI à but lucratif ou de fusionner avec l’entreprise Tesla.
En 2015, Musk et Altman ont tous deux lancé OpenAI en tant qu’association caritative. Lorsque Musk est parti, Altman est devenu le directeur général et la société a créé une filiale à but lucratif pour lever des fonds auprès d’investisseurs et de Microsoft. Aujourd’hui, Altman cherche à transformer la filiale en entreprise traditionnelle.
Le 13 février dernier, Elon Musk a annoncé qu’il retirera son offre non sollicitée de rachat, si le conseil d’administration d’OpenAI cesse sa conversion en une entité à but lucratif.
« Si le conseil d’administration d’OpenAI est prêt à préserver la mission de l’organisme de bienfaisance et à stipuler de retirer la mention « à vendre » de ses actifs, en arrêtant sa conversion, Musk retirera l’offre » ont écrit les avocats d’Elon Musk dans un rapport, remis mercredi 12 février, selon le Wall Street Journal.
« Il est temps pour OpenAI de redevenir la force open source et axée sur la sécurité qu’elle était autrefois » a déclaré Elon Musk dans un communiqué au moment du lancement de son offre.
« Nous veillerons à ce que cela se produise » (Source : Fox Business).
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Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia – Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA – Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.
