Tribune – Discours d’investiture de Trump : Par monts et par mots

Trump dans son bureau
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Alfred Courcelles

Il n’y a absolument aucune surprise sur le fond, à peine quelques remaniements sur l’emballage des idées de son programme voire des quatre premières années de son premier mandat.

On discerne 5 gros blocs dans ce discours :

  1. Remettre les Etats-Unis sur leur piédestal international,
  2. Mettre les étrangers illégaux dehors,
  3. Réduire les coûts et les prix, via la réduction de la voilure du gouvernement fédéral et l’explosion de la (super)puissance énergétique américaine,
  4. Faire (re)circuler la richesse vers les Etats-Unis (protectionnisme et tarifs douaniers) et
  5. Promouvoir un schéma sociétal conservateur.  Notons au passage que l’Europe n’est pas évoquée explicitement ; la Chine, oui, pour l’expulser du Panama. Pas un mot sur la Russie…

Si la fusion des leitmotivs de Trump (Make America Great Again) et de Biden (Made in America) ont fusionné de 2020 à 2024 pour devenir être Make in America is Great Again, la suite semble devenir : Make in America Only.

L’intérêt commence, en toute fin, quand l’indice utile et subtil est dévoilé : McKinley !

La référence au 25e Président des Etats-Unis, William McKinley (1843-1901), est lâchée !

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 Mon(t) McKinley :  signal faible, traceur fort

La première référence explicite est de renommer, à nouveau, le point culminant de l’Amérique du Nord le mont McKinley, sommet situé en Alaska. Il porta ce nom de 1896 à 2015. Barack Obama soutient le changement vers le nom originel en langue native des peuples autochtones : Denali ; « celui qui est haut » en koyukon précisément, une des langues amérindiennes.

Cette image, si elle n’est prise qu’au premier degré, n’offre pas la profondeur de lecture du discours. La sollicitation de cette image permet d’allier acte et discours. On peut y voir le symbole qui figure l’horizon du mandat, comme l’impression qu’il devra laisser : l’Amérique doit retrouver le sommet, son sommet !

Oui, renommer à nouveau le plus haut sommet de l’Amérique du Nord « mont McKinley » n’est pas un hasard mais un signal fort, d’autant qu’il s’associe à la volonté de mettre fin aux divers mouvements sociaux progressistes. Dans ce contexte, retirer le nom autochtone et ancestrale n’est pas neutre, d’autant qu’il s’agit d’un acte politique d’Obama…

Mais, plus encore, cet indice conduit à revisiter les présidences de McKinley : deux mandats (1897-1900, 1901), dont le second inachevé car il sera assassiné.

Et là, ce sont les références implicites qui commencent à compter. McKinley aura signé l’ère :

– d’un nouveau protectionnisme douanier,

d’une forte protection des industries américaines face à celles étrangères,

– l’expansion territoriale sur Hawaï via son annexion,  

– la conquête/libération de Cuba,

– l’utilisation des nouveaux outils de communication (télégraphe) pour mener ses campagnes.

Il militera pour une monnaie saine (gold standard).

Les similitudes et analogies sont frappantes, non ?

Il est alors assez facile d’y voir un calque voire un patron

Trump veut encore plus de protectionnisme aux frontières américaines.

Il souhaiterait annexer le Groenland.

Il affirme vouloir reconquérir le Panama.

Pour ce faire, l’utilisation de l’intelligence artificielle n’est pas à exclure, vu son entourage techno-solutionniste.

Enfin, il souhaite normaliser, sous coupe américaine, l’or numérique : le bitcoin.

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Qui a soufflé à Trump toutes ces analogies ? Ross Worthington, sa plume !

Worthington, entre les deux mandats Trump auxquels il participe, a travaillé chez GinGrich productions, une entreprise qui « connecte le passé, le présent et le futur afin d’inspirer les foules, de relever les défis et de développer les opportunités ».

Newt Gringrich est le fondateur de cette société, élu à la Chambre des Représentants du Congrès fédéral (1979-1999), dont il sera le Président de 1995 à 1999. Il est… professeur d’Histoire, le voilà devenu professeur de récits.

Dans les temps qui arrivent, il faudra surement prêter attention à ses œuvres : Beyond Biden : Rebuilding the America We Love (Novembre 2021) et March of the Majority : The Real History of the Republican Revolution (Juin 2023).

Ces œuvres formeront un accès à la pensée d’un passé allégorique, d’un présent rhétorique et d’un futur onirique, lui qui prétendait d’ailleurs déjà comprendre Trump, ce que peu de personnes revendiquent, dans Understanding Trump(Juin 2017).

Les clients de GinGrich Productions qui s’associent au Cabinet McLaughlin&Associates forment une toile des plus intéressantes… entre hommes politiques, multinationales puissantes et organisations d’influence… McLaughlin&Associates indique être un institut de sondage… pourrait-il former des opinions ?

En tous les cas, ces clients politiques sont quasiment exclusivement Républicains. Ce cabinet indique travailler avec 10 Sénateurs et 18 Représentants de la mandature actuelle. Parmi les sociétés clientes, on peut trouver : des géants de la distribution, du pétole, des paiements instantanés, de la chimie, de la pharma et des fondations de philanthropes bien connus.

Une image vaut mille mots… et, cette image du McKinley imprime le discours d’investiture de Donald Trump. Cette image ne détrompe pas cette maxime, comme le portait officiel que Donald Trump s’est choisi, une autre sacrée histoire…

Concernant ce qui pourra aussi être largement commenté ailleurs, ne pas lutter contre les émissions de gaz à effet de serre n’a pas empêché, n’empêche pas et n’empêchera pas Trump d’intégrer une stratégique et des tactiques qui prennent en compte le changement climatique. Pas d’atténuation, de l’adaptation, chez les autres : l’herbe sera toujours plus verte ailleurs …

En effet, le mont McKinley (ou Denali) est situé en Alaska et les vues sur le Groenland ou le Canada forment un arc où l’espace vital et l’esprit de reconquête américains pourraient renouer avec les épopées minières et pétrolières. A long terme, le climat pourrait s’y radoucir et les terres se viabiliser.

Make the Greenland Green Again!

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