ANALYSE – Du New Green Deal au nouveau défi industriel des États-Unis

Trump cap energie
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Yannick Harrel

Dans son discours inaugural de prise de fonction prononcé le 20 Janvier 2025, Donald J. Trump a enfin tranché sur le sort de l’industrie automobile puisqu’il subsistait un doute lié à l’omniprésence à ses côtés du magnat de l’électromobilité, Elon Musk, grand mécène de sa campagne et propriétaire du groupe de véhicules électriques Tesla.

 
L’extrait concernant le devenir des mobilités aux États-Unis a par conséquent éclairci la stratégie américaine à venir :

« La crise de l’inflation a été causée par une dépense massive et par l’augmentation des prix de l’énergie, et c’est pourquoi aujourd’hui, je vais également déclarer une urgence nationale énergétique. Nous allons forer, forer, forer.

L’Amérique redeviendra une nation industrielle, et nous avons quelque chose qu’aucune autre nation industrielle n’aura jamais — la plus grande quantité de pétrole et de gaz de n’importe quel pays sur terre — et nous allons l’utiliser. Nous l’utiliserons.

Nous ferons baisser les prix, remplirons à nouveau nos réserves stratégiques jusqu’au sommet, et exporterons l’énergie américaine dans le monde entier.

Nous serons à nouveau une nation riche, et c’est cet or liquide sous nos pieds qui nous aidera à y parvenir.

Avec mes actions d’aujourd’hui, nous mettrons fin au Green New Deal, et nous abrogerons le mandat sur les véhicules électriques, sauvant notre industrie automobile et tenant ma promesse sacrée envers nos grands travailleurs américains de l’automobile.

En d’autres termes, vous pourrez acheter la voiture de votre choix.

Nous construirons à nouveau des automobiles en Amérique à un rythme que personne n’aurait pu imaginer possible il y a juste quelques années. Et merci aux travailleurs de l’automobile de notre nation pour votre vote de confiance inspirant. Nous avons obtenu un succès immense avec leur vote. ».

Cette décision, attendue et propre à l’esprit libéral irriguant la politique intérieure et extérieure étasunienne, aura de sérieuses conséquences géopolitiques et géoéconomiques.

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D’une part, la fin du Green New Deal, c’est-à-dire des engagements à la COP21 de Paris (2015) avec ses contraintes énergétiques et manufacturières. Ce qui va débrider les capacités des États-Unis dans ces deux secteurs afin de mieux lutter contre la concurrence chinoise.

D’autre part, l’accès clairement mis sur l’exploitation des ressources en matières premières fossiles (pétrole et gaz), auquel l’on peut aisément ajouter l’exploitation minière de ressources minérales qui suivra incidemment.

En conclusion, il faut retenir de ce discours volontariste le soutien affirmé à l’industrie protégée de l’extérieur par des tarifs douaniers et facilitée de l’intérieur par la levée des entraves normatives.

Si la Chine est la principale visée par le nouveau président américain (déjà frappée par l’Inflation Reduction Act et le CHIPS and Science Act [1]), la vraie victime est surtout l’Union Européenne dont le secteur automobile en particulier et industriel en général est en déclassement sévère avec un prix de l’énergie plus élevé qu’aux États-Unis [2], une réglementation pléthorique et inhibitrice pour le secteur [3] contraint d’abandonner des décennies de recherche (le moteur à combustion interne) au profit d’une technologie mal maîtrisée (la batterie connectée).

L’affolement parcourant actuellement à la Commission Européenne en dit long sur l’impréparation – si ce n’est l’amateurisme –  de sa dirigeante et de ses conseillers qui n’ont aucun plan B à proposer, ânonnant la poursuite d’un programme jugé pourtant sévèrement par la réalité socio-économique.

Il est illusoire de penser que les États-membres de l’UE puissent retrouver productivité et prospérité en conservant à la fois les mêmes responsables de son déclin tout en poursuivant la même stratégie d’appauvrissement généralisé. En se privant d’une source d’énergie abondante et bon marché qu’était le gaz russe tout en s’imposant une double transition (écologique et numérique) sans avoir préparé conséquemment et intelligemment son industrie à en subir le choc, les fautes ont été nombreuses (périodicité) et graves (intensité), aboutissant au marasme industriel actuel.

Pour l’heure, l’Union Européenne peut être comparée à une pitoyable Ligue Achéenne prête à être dévorée par une République Romaine en plein renouveau.

Les États-Unis par la voix de son nouveau président viennent de lancer un défi magistral aux autres compétiteurs sur le globe, réactivant la nouvelle donne géoéconomique débutée en 2016.

Le discours en langue originelle : https://www.whitehouse.gov/remarks/2025/01/the-inaugural-address/

[1] Pour les véhicules électriques, les droits de douane ont été quadruplés, passant de 25% à 100%. Pour les semi-conducteurs, les droits de douane ont été doublés, allant de 25% à 50%.

[2] 0,2889 €/kWh pour l’Union Européenne (moyenne qui peut varier selon les pays de l’UE, selon la source d’approvisionnement et selon les contraintes tarifaires) contre 0,115 € pour les États-Unis en 2024. 

[3] Sont visés les textes suivants : The Green Deal Industrial Plan (Le plan industriel du pacte vert) et le REPowerEU (Redynamiser l’UE).

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