TRIBUNE – Euthanasie et suicide assisté : Les dérives d’un changement de civilisation ?

Par le Dr Alain Bellaiche
Alors que le débat sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté revient au cœur de l’actualité politique, le docteur Alain Bellaiche livre une réflexion personnelle sur les implications médicales, éthiques, philosophiques et anthropologiques d’une réforme qu’il considère comme une profonde rupture de civilisation. Au-delà du seul cadre juridique, cette tribune interroge notre rapport à la vie, à la dignité humaine et aux évolutions de nos sociétés occidentales.
Tu ne tueras point
Réflexions sur l’euthanasie et le suicide assisté
(À rapprocher des tribunes « De la civilisation du numérique au citoyen du numéro » et « L’IVG dans la Constitution : est-ce bien raisonnable ? »)
Une réforme présentée comme une nécessité
« 30 000 euros d’amende et deux ans d’emprisonnement… »
« 30 000 euros d’amende et deux ans de prison… » De quel crime ou délit peut-on être reconnu coupable pour encourir une si lourde peine ? Réponse : « quiconque perturberait l’accès à l’aide à mourir. » C’est dans le projet.
Et en effet, le 31 décembre, le Président de la République avait évoqué une prochaine et très probable légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté qu’il a présentée comme une « mesure utile pour le pays »
Dans un contexte où les Français sont majoritairement préoccupés par l’insécurité le pouvoir d’achat, et la dette, pourquoi diable, la mise en avant, de ces sujets, avec en toile de fond cette angoissante injection létale qui a tant de mal à passer dans l’opinion ?
Le « nouveau monde »
Quelque chose me choque dans ce « nouveau monde » progressiste qui se dessine peu à peu depuis une courte décennie, et qui a pris un sérieux coup d’accélérateur pendant la Pandémie Covid.
Des recommandations certes ont toujours été émises par les autorités, mais ce qui est nouveau c’est le caractère contraignant[1] des mesures et leur intrusion dans l’intime.
C’est pourquoi, toute nouvelle disposition impactant notre être biologique doit être examinée au « peigne fin » car : simple recommandation au départ, elle pourrait par glissements progressifs se muer en loi de la République. Et dans le cas qui nous occupe, de fort dangereuses dérives ne sont pas à exclure.
Cela nous amène à tenter de décoder ce vœu de l’exécutif et ses véritables intentions. Pour cela, rien de plus « instructif » que les versions premières du projet.
À lire aussi : TRIBUNE – Les médecins face à l’euthanasie
L’esprit d’une loi
Il n’est pas interdit de penser que ce projet s’inscrit dans un élan progressiste et matérialiste qui traverse notre Occident et veut nous imposer une conception mécaniste totalement déspiritualisée de la vie humaine, très éloignée des principes d’Humanité hérités de nos racines judéo-chrétiennes. Et pour preuve :
- Déjà un artifice de définition[2] dans le projet initial
Il était en effet question de regrouper euthanasie et suicide assisté sous la même rubrique : « Mort naturelle. » Définition bien surprenante car il s’agit d’une pratique ni anodine ni naturelle et peu respectueuse[3] de la dignité humaine. Cette intraveineuse n’est pas sans rappeler la technique utilisée aux USA pour exécuter les condamnés. Un tel artifice de définition n’est pas innocent car il contribue à banaliser une suppression de vie. Il a été rejeté par le Sénat Au grand dam des partis de gauche. On retrouve aussi :
- Le pronostic vital
Le pronostic vital ne doit pas être forcément engagé. La souffrance physique ou morale liée à une maladie, ou à une situation, peut vous rendre éligible à cette pratique. Ce point me paraît crucial car il ne tient pas compte de progrès toujours possibles, pouvant infléchir favorablement l’évolution d’une maladie. Et en ce qui concerne les demandes de suicide assisté liées à un « mal-être », ce désespoir peut être passager ou inscrit dans un contexte qui peut changer. Notamment pour les demandes formulées par des jeunes, et en effet :
- L’Age requis pour être éligible au suicide assisté
On n’a plus besoin d’être vieux pour demander à mourir. 18 ans dans le projet. Notons que dans des pays « plus avancés », même des enfants mineurs peuvent y prétendre. No comment !
- Délit d’entrave
On m’a toujours enseigné lors de mes études de médecine, qu’il était de notre devoir de soigner les pathologies. En psychiatrie, les « idées noires, » de suicide, cela porte un nom spécifique, distinct de la signification ordinaire : « la mélancolie. » Notre rôle est de soigner, de combattre cette symptomatologie par des médicaments ou des séances. Aujourd’hui, cela s’appellerait « délit d’entrave » qui peut vous mener à la prison, comme annoncé en introduction. Pourtant :
- Le serment d’Hippocrate
Il est prêté par tous les médecins avant d’exercer leur profession :
« Je ne remettrai à personne du poison, si on me le demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion. »
Cet extrait du serment d’Hippocrate est bien clair. Notons qu’il a été supprimé dans une nouvelle version de l’Ordre des médecins en 2012… Allez savoir pourquoi…
L’injection létale n’a en effet rien à voir avec :
- Ni la sédation profonde qui accompagne progressivement et sans souffrance un malade en fin de vie, à son issue terminale. Plus respectueuse mais aussi plus coûteuse. Ce sont des considérations comptables qui amèneraient à lui préférer l’injection létale.
Le médecin ne donne pas la mort. Ce n’est du reste pas dans ses attributions ni dans sa vocation.
Pourtant, et c’est un signal de taille : La clause de conscience ne peut être invoquée par l’établissement ou le praticien désigné pour effectuer cette injection. Et cela rappelle bigrement le parcours de l’IVG qui a fini par figurer dans la constitution de la 5° République.
- Une nouvelle métaphysique
De plus en plus, nos tout jeunes occidentaux sont dérangés dans leur « moi intime » par des incursions intempestives de diverses politiques dites progressistes de nature à déstabiliser la constitution de leur personnalité :
- Dès leur plus tendre enfance, on les incite à bien s’assurer que leur sexe génétique est bien en adéquation avec leur sexe psychique.
- On les culpabilise avec leur production de carbone : pour voyager et même : simplement vivre avec le souci de « leur empreinte carbone. »
De plus en plus, la société façonne les êtres d’une façon matérielle, déspiritualisée, et un mode de réflexion se calquant sur celui de la machine. A un point tel que bon nombre d’entre eux ne veulent pas fonder une famille et procréer, de peur d’alourdir le carbone atmosphérique ! Dans un tel contexte, à l’occasion d’une peine de cœur, échec scolaire ou d’une dépression…
Corollaires
Transplantations
Cyniquement, mais objectivement : des organes tout neufs. Ces dons seront bien évidemment réglementés… Mais on connaît les appétits des prédateurs qui se débrouilleront toujours pour s’emparer des corps souvent encore pleins de vitalité, et les commercialiser. On ne peut cependant pas exclure, au train où vont les conditionnements progressistes opérés sur les consciences, que ce legs d’organe pourrait représenter une motivation supplémentaire pour un jeune déprimé. Cela s’est vérifié dans les pays qui ont légalisé avant nous. Où d’ailleurs les demandes de jeunes sont de plus en plus nombreuses.
L’inscription de l’euthanasie dans la Constitution ?
Celle de l’IVG, un acte médical aussi, rappelons-le, m’avait déjà parue en son temps étrangement inappropriée et me laissait déjà craindre qu’elle soit annonciatrice d’un autre droit de tuer. Se reporter à « L’IVG dans la Constitution. Est-ce bien raisonnable ? »
Un algorithme
Les prises de décisions en médecine, utilisent de plus en plus des « scores ».
Un procédé hérité des pays anglo-saxons : On définit un certain nombre d’items représentant chacun un nombre de points à cocher et qu’on additionne. La décision est emportée lorsque le total dépasse un certain chiffre. Et, scénario du pire, impensable aujourd’hui, mais à ne pas exclure en cas de prise de pouvoir par l’IA par exemple, la décision de vous garder en vie ou non, dépendrait alors de votre « score » sans que vous-même, ou vos proches, aient un quelconque pouvoir d’inflexion.
*
* *
Sujet important à traiter avec sagesse, sans se plier aux agendas politiques et en s’instruisant des déconvenues observées dans les pays qui ont dépénalisé avant nous.
Respecter la dignité humaine, toujours préférer la vie à la mort et rester vigilant face aux dérives possibles, et à craindre dans notre Occident matérialiste. Que ce droit à mourir ne se transforme pas en forte incitation à partir d’un certain âge.Où on considèrerait que vous coûtez[4] plus que vous ne rapportez.
Votre maintien en vie serait considéré comme un « acharnement thérapeutique » avec réduction de vos pensions de retraite et une prise en charge maladie plafonnée.
À lire aussi : ANALYSE – Les fondements de la démocratie attaqués ? L’inéligibilité de Marine Le Pen et le Monde…
Les opinions exprimées dans cette tribune n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale du Diplomate média.
[1] On sait maintenant que le vaccin anti covid n’empêchait pas la transmission. Le pass sanitaire était une contrainte injustifiée et l’obligation de vaccination des soignants était une mesure scientifiquement fausse, appliquée avec une extrême sévérité qui a paupérisé un grand nombre d’entre eux. Certains ont mis fin à leurs jours.
[2] La définition de la « Pandémie ». Autrefois : nombre de morts, transformée pour cause de Covid, en nombre de cas.
[3] Contrairement à ce que beaucoup pensent, l’injection létale n’est pas suivie de mort instantanée : Asphyxie et convulsions très impressionnantes précèdent le décès.
[4] Souvenons-nous du décret « Rivotril » pendant la pandémie Covid, où l’État recommandait du Rivotril injectable dans les EHPADS pour calmer l’«angoisse » des vieillards présentant une symptomatologie Covid. Ce produit a comme effet secondaire : dépression du centre respiratoire. On connaît la suite.
#Euthanasie,#SuicideAssisté,#AideAMourir,#FinDeVie,#DébatSociétal,#Bioéthique,#ÉthiqueMédicale,#DignitéHumaine,#SoinsPalliatifs,#Médecine,#SantéPublique,#PolitiqueFrançaise,#RéformeSociétale,#Tribune,#AnalysePolitique,#LibertéIndividuelle,#ConscienceMédicale,#SermentDHippocrate,#ValeursOccidentales,#Civilisation,#Anthropologie,#Philosophie,#QuestionsÉthiques,#DébatPublic,#ActualitéFrance,#FinDeVieDigne,#MortAssistée,#RespectDeLaVie,#Humanisme,#RéflexionÉthique,#SociétéFrançaise,#CultureOccidentale,#ProjetDeLoi,#SantéEtSociété,#ProtectionDesVulnérables,#DroitsDesPatients,#Opinion,#AnalyseSociétale,#EnjeuxBioéthiques,#DébatNational
