TRIBUNE – Les médecins face à l’euthanasie

TRIBUNE – Les médecins face à l’euthanasie

Fin de vie
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Ana Pouvreau

Loi sur la fin de vie : Les implications désastreuses pour les médecins et les professionnels de santé 

Le Sénat se prononcera, le 28 janvier 2026, sur la proposition de loi relative à la fin de vie, qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté. Celle-ci a été votée en mai 2025 à l’Assemblée nationale[1]. Cependant, il apparaît, au vu des dérives sordides observées à l’étranger, notamment au Canada, où cette légalisation a eu lieu en 2016, que la fameuse « clause de conscience » censée protéger la liberté de conscience des professionnels de santé, n’est qu’un artifice qui ne résistera pas longtemps aux pressions et aux intimidations prévisibles qui seront inévitablement exercées sur les personnels de santé récalcitrants.  

Dans une interview mémorable sur Tocsin[2], Eric Mercier, un infirmier spécialiste en hémodialyse et soins palliatifs s’est indigné des conséquences prévisibles de la proposition de loi sur l’équilibre mental des personnels de santé. Il ne mâche pas ses mots et refuse personnellement de devenir un « bourreau » malgré lui, car certes, oui, une « clause de conscience » s’appliquant aux médecins et soignants est prévue. Théoriquement, les médecins et les autres professionnels de santé pourront ainsi refuser de participer au processus conduisant à l’injection létale, mais il leur sera alors demandé de désigner un remplaçant. Dans les deux cas, force est de constater que cela revient à faire porter une responsabilité morale inacceptable à l’ensemble des personnels soignants… sauf à créer la profession d’ « euthanasieur ». « Tuer est un interdit fondateur de nos sociétés modernes », s’est exclamé Eric Mercier. « Je n’ai pas à tuer qui que ce soit et encore moins à tuer à votre place ».

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La « clause de conscience », ce cache-misère ! 

La clause de conscience (article 14) a été étendue, dans deux amendements proposés par la commission des affaires sociales du Sénat, à tout intervenant, directement ou indirectement, liés à l’aide à mourir y compris les pharmaciens, les psychologues et les personnels des établissements médico-sociaux[3]. Cet amendement permet également aux établissements de santé de faire état de leur refus à pratiquer l’euthanasie et le suicide assisté. 

La clause de conscience est notamment étendue aux pharmaciens hospitaliers, à qui échoirait la tâche de préparer la fameuse « préparation magistrale létale », dont il est question dans le texte de loi, à savoir : le poison injecté aux patients. A ce propos, il faut préciser que, loin de l’idée d’une « mort douce », présentée au public comme une prétendue « mort dans la dignité », voire comme un « soin thérapeutique », l’injection létale a pour effet réel une souffrance intense du patient. 

Sur le terrain, pressions et intimidations sur les « objecteurs de conscience » deviendront monnaie courante…comme au Canada !

Or, l’expérience canadienne montre que, dans la réalité du milieu hospitalier, le non-respect de la clause de conscience censée protéger la liberté de conscience et les convictions morales et religieuses des professionnels de santé, s’est généralisé. D’une manière insidieuse, des pressions et des intimidations insoutenables sont quotidiennement exercées sur les médecins « objecteurs de conscience », par leurs supérieurs et collègues[4]. Le docteur Ellen Warner, oncologue, en a témoigné devant l’Assemblée législative de l’Ontario : « Lors d’une réunion du personnel, un psychiatre s’est levé et a annoncé que tout médecin qui ne soutiendrait pas activement l’Aide Médicale à Mourir [AMM ou Medical Assistance in Dying, MaiD], ne devrait pas travailler dans notre hôpital ». Certains professionnels de santé, qui promeuvent activement l’aide médicale à mourir, ont même proposé qu’un dépistage précoce soit fait parmi les étudiants en médecine afin d’écarter de la profession les « objecteurs de conscience » ! Le malaise qui en résulte est en train de conduire de nombreux médecins et personnels de santé à quitter leurs fonctions et à changer de carrière, aggravant ainsi la crise inédite que traverse le domaine de la santé au Canada[5].

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Un champ macabre en constante expansion

Au Canada, initialement introduite en 2016 pour soulager la souffrance dans un contexte général de fin de vie, la loi s’est rapidement étendue, dès mars 2021, pour rendre l’Aide médicale à mourir accessible aux personnes en situation de handicap qui ne sont pas en fin de vie ! L’AMM deviendra également légale pour les personnes souffrant de maladies mentales à compter de 2027 et des plans existent pour l’élargir davantage afin d’inclure les personnes mineures[6], telles que, par exemple, des adolescents en profonde dépression. Force est de constater qu’en dépit des précautions prises par les législateurs, la légalisation a ouvert la porte à une expansion sans précédent de ces pratiques, ce qui fait du Canada le pays comptant le plus grand nombre de décès par euthanasie ou suicide assisté, avec un record enregistré au Québec.

Même constat effroyable dans tous les pays où la légalisation de l’aide active à mourir a eu lieu : l’exception tend à devenir la règle. Le champ des personnes concernées est en constante expansion. Ainsi, dans certains de ces pays, hier, seuls les adultes étaient concernés, aujourd’hui, il s’agit des enfants avec le consentement de leurs parents, mais on évoque déjà la possibilité pour des adolescents mineurs de passer outre le consentement parental pour choisir l’euthanasie en raison d’une dépression ou de difficultés psychologiques[7]

Dans ces conditions, la nécessité de préserver la société française déjà fragilisée, d’un nouveau choc sociétal, de protéger la jeunesse, nos aînés et les personnes vulnérables, ainsi que l’équilibre mental et la dignité de nos personnels soignants – qui se sont engagés pour soigner et non pour donner la mort – commanderait de refuser catégoriquement de cautionner toute légalisation de l’aide active à mourir pour, au contraire, développer les soins palliatifs actuellement en sous-effectifs avérés dans notre pays.

Il n’y a pas de patient indigne !

En effet, on ne cesse de nous parler d’un « droit à mourir dans la dignité » qui justifierait l’obligation de légaliser l’euthanasie. Or, cette affirmation pour les professionnels de santé n’a aucun sens. Un patient, quelle que soit la gravité et la cause de son état physique ou mental, ne devient pas indigne pour autant. Par contre, il est en droit d’attendre de notre médecine une prise en charge de qualité de ses symptômes et un accompagnement professionnel de sa famille et de ses aidants. Cela suppose une formation obligatoire intégrée dans le cursus universitaire des soignants, même si cela a un coût pécuniaire non négligeable. 

En attendant, rappelons que la loi Claeys-Leonetti introduisant la possibilité pour le patient de demander une sédation profonde et continue jusqu’au décès, permet, d’ores et déjà, de régler une majorité de situations. Il serait prudent de poursuivre ce travail de réflexion.

Les positions des religions sur le sujet ont été clairement exprimées. Pour les Catholiques, « l’Église est catégorique : il n’est pas permis d’avoir recours à l’euthanasie, ni au suicide assisté »[8]. Elle a été suivie en cela par la Conférence des Responsables des cultes en France – catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman et bouddhiste – qui a publié, dès le 15 mai 2025, une tribune dans « Le Monde » sur la fin de vie[9]. De même, la Conférence des évêques de France s’oppose catégoriquement à la proposition de loi dans une tribune du 14 janvier 2026[10]. Ce qui n’a pas empêché l’Exécutif de faire la sourde oreille et de poursuivre avec obstination sa percée idéologique. Emmanuel Macron, dans ses vœux aux Français pour 2026, a en effet réitéré sa volonté d’aller jusqu’ « au bout de la loi sur la fin de vie ».

Dans ce contexte délétère, la fondation Jérôme Lejeune a mis en ligne une pétition contre la proposition de loi sur la fin de vie, intitulée « Euthanasie : Ne nous laissons pas abattre » ![11]. Cette fondation conservatrice qui soutient la recherche sur la trisomie 21, entend aussi protester contre le forcing inacceptable fait de concert par le gouvernement et par les médias pour enjoliver l’aide active à mourir auprès du public. La revendication est claire : « Nous demandons au gouvernement et au Parlement de renoncer à cette loi qui ne sauvera personne mais fera mourir l’idée même du soin et de la fraternité ». Philippe de Villiers, qui a soutenu la pétition, considère que la non-assistance à personne en danger est, avec cette loi, en passe de devenir une « vertu civique, médicale, familiale, légale ». Une Manifestation pour la Vie a rassemblé plusieurs milliers de personnes, le 18 janvier 2026, à Paris avec pour leitmotiv « Et si la dignité c’était de protéger la vie ? »[12], une question, somme toute, de bon sens !

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1100_proposition-loi

[2] Un infirmier révèle les dessous morbides de la loi euthanasie, Tocsin, Novembre 2025 :https://www.youtube.com/watch?v=Y65OcvRyBMI

[3] Elisabeth Caillemer, « Le Sénat cèdera-t-il sur l’euthanasie ? », Le Monde, 11 janvier 2026, p.15.

[4] Ibid. pp.160-161. Voir le chapitre intitulé « Conscience and MaiD »

[5] Ibid. p.151

[6] Unravelling MAiD in Canada – ouvrage collectif sous la direction du docteur Ramona Coelho, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2025.

[7] https://www.causeur.fr/euthanasie-eclairer-le-debat-francais-a-la-lumiere-des-derives-dystopiques-de-letranger-317192

[8] https://www.france-catholique.fr/leglise-et-leuthanasie-un-interdit-non-negociable.html

[9] https://fr.aleteia.org/2025/05/16/fin-de-vie-la-prise-de-parole-inedite-des-cultes-en-france/

[10] https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/eglise-et-bioethique/science-et-ethique/fin-de-vie-2/568749-tribune-eveques-france-soin-vie-mort-euthanasie/

[11] https://stop-euthanasie.fr/

[12] https://www.msn.com/fr-fr/sante/sant%C3%A9-seniors/loi-sur-la-fin-de-vie-plusieurs-milliers-d-opposants-manifestent-%C3%A0-paris/ar-AA1Usj9j


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