
Par Pierre Sassine, représentant du Forum des Cèdres en France et en Europe
Le Liban est un pays de contrastes et de paradoxes. Depuis la guerre civile (1975-1990), il est suspendu entre un passé marqué par la violence et un présent fragile, où chaque décision politique résonne dans toute la région. Les accords de Taef (1989) ont tenté de reconstruire l’État, imposant le désarmement de toutes les milices et réaffirmant la primauté de la loi. Pourtant, certains acteurs ont conservé leur autonomie armée, et parmi eux, le Hezbollah se distingue : un mouvement armé puissant et organisé, intégré au gouvernement mais échappant au contrôle total de l’État.
Lorsque le pape Léon XIV arrive à Beyrouth, la scène prend un relief particulier. Ses pas sur le sol libanais ne sont pas seulement religieux : ils symbolisent l’appel moral à la justice et à la responsabilité, au moment même où le pays observe avec inquiétude l’équilibre fragile de son gouvernement et la présence massive de députés du Hezbollah à l’accueil officiel. La photo du pape entouré de tous les responsables, légaux et armés, est à elle seule un miroir du paradoxe libanais.
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Certains avancent que désarmer le Hezbollah serait un risque pour la paix civile ou pourrait provoquer l’éclatement du pays. Mais cette logique, si elle est suivie, ouvre la porte à une forme de fédéralisme imposé par la faiblesse de l’État, où chaque communauté chercherait sa propre sécurité. Ce n’est pas le fédéralisme lui-même qui est dangereux, mais la manière dont il est imposé, comme substitut à l’autorité légale et à l’unité nationale.
L’histoire et les expériences internationales offrent des leçons : en 2007, l’armée libanaise a neutralisé le camp de Nahr el-Bared, impliquant des soldats de toutes confessions, sans provoquer la fragmentation du pays. Ailleurs, en Jordanie et en Égypte, des États ont suspendu toutes les activités des Frères musulmans sans provoquer l’effondrement national. Ces exemples montrent qu’un État fort peut agir légalement contre un acteur puissant, rétablissant son autorité tout en maintenant la cohésion sociale.
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Dans le contexte régional, le Liban est pris entre la pression israélienne, le soutien iranien au Hezbollah, et l’influence syrienne. La visite du pape amplifie la visibilité internationale du pays et rappelle que l’État doit rester arbitre suprême, capable de garantir paix, unité et souveraineté.
Face à cette situation, plusieurs options se dessinent : rester inactif et risquer le renforcement de la logique fédéraliste implicite ; procéder à un désarmement limité, avec un risque de tensions ponctuelles ; ou suspendre toutes les activités politiques et militaires du Hezbollah dans un cadre légal, avec un risque de confrontation politique mais un potentiel électrochoc légitime. Une approche progressive, utilisant la pression internationale et le dialogue, peut préparer l’acceptation sociale et renforcer la légitimité de l’État avant toute action plus ferme.
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Le message est clair : seul un État fort peut garantir l’unité nationale et la coexistence harmonieuse des communautés, sans sacrifier la diversité. La suspension légale et coordonnée du Hezbollah, menée dans le cadre de la loi, est donc non seulement possible, mais nécessaire pour restaurer la primauté de l’État et prévenir la fragmentation. Le fédéralisme peut exister comme forme d’organisation interne, mais il doit être volontaire, équilibré et encadré par un État souverain, garant de la paix et de l’unité.
La visite du pape, par sa dimension symbolique et morale, rappelle à tous que la légitimité, la justice et la responsabilité politique ne sont pas des options, mais des obligations. Dans ce contexte, le Liban peut espérer rester stable, uni et souverain, transformant la fragilité en opportunité pour réaffirmer la primauté de la loi et la force d’un État capable de protéger toutes ses composantes.
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Pierre Sassine, né en 1967 au Liban, est un chrétien patriote engagé au sein de la diaspora libanaise.
Témoin des profondes mutations politiques de son pays, il développe très tôt un attachement aux valeurs de liberté et de souveraineté.
Installé en France, il s’implique activement dans la défense des causes libanaises et dans la promotion d’une vision démocratique et pluraliste du Liban.
Son engagement se manifeste à travers sa participation à divers débats publics, ses échanges avec les institutions et son implication dans les initiatives citoyennes.
Son parcours reflète la détermination d’un patriote résolument attaché à l’héritage spirituel et culturel du Liban.
Il occupe aujourd’hui le poste de Représentant du « Forum des Cèdres » en France et auprès de l’Union européenne.

