
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
De Marine Le Pen à Calin Georgescu, en passant par la Pologne : quand l’État de droit devient un instrument d’épuration électorale.
Dans cette Europe qui s’enorgueillit d’être le berceau des libertés et du pluralisme, une dynamique inquiétante prend corps. Plus discrète que brutale, plus sournoise qu’autoritaire, elle n’en est pas moins corrosive : c’est la transformation progressive de la légalité en arme politique, utilisée pour neutraliser, écarter, délégitimer.
La condamnation de Marine Le Pen à quatre ans de prison (dont deux sous bracelet électronique) et cinq ans d’inéligibilité immédiate pour un usage inapproprié de fonds européens n’est pas qu’un épisode judiciaire. C’est un message politique : l’opposition radicale, même si elle rassemble un tiers des intentions de vote, doit être neutralisée. La faute est réelle, certes — utilisation des assistants parlementaires pour des activités du parti en France — mais le traitement, lui, est résolument inégal.
Aucun enrichissement personnel, aucune malversation directe. Les comptes du Rassemblement national mentionnaient même les dépenses en question. Et pourtant, là où d’autres – comme François Bayrou – ont bénéficié d’acquittements ou de peines symboliques, Le Pen est exclue avec fracas. La justice a-t-elle agi selon le droit ? Sans doute. Mais elle l’a fait avec une sélectivité qui ne trompe personne.
Et ce n’est pas un cas isolé. En Roumanie, à la veille du second tour de l’élection présidentielle, la Cour constitutionnelle — intégralement nommée par les pouvoirs en place — a purement et simplement annulé le processus électoral. Le favori ? Calin Georgescu, perçu comme « prorusse », et dont la critique de l’OTAN inquiétait jusqu’à Washington. Les motifs invoqués ? Interférences numériques, influence de TikTok, manipulation de l’opinion par des algorithmes. Le tout sur la base de rapports des services secrets déclassifiés après le vote.
Là encore, la logique est limpide : l’État se mue en garant idéologique du scrutin, filtrant les candidats non conformes. Et la justice devient l’instrument pédagogique d’un peuple jugé incapable de discernement. La Cour va jusqu’à affirmer dans sa décision vouloir « renforcer la résilience des électeurs » via un encadrement numérique « adéquat ». Qui décide de cet encadrement ? L’État, évidemment. Et l’Occident, si prompt à dénoncer la propagande ailleurs, reste curieusement silencieux.
À lire aussi : Limiter la liberté d’expression au nom de la liberté de la presse ? Un paradoxe français
À ces dérives s’ajoute le cas polonais : affrontement ouvert entre le nouveau gouvernement libéral de Donald Tusk et le PiS, ancien parti au pouvoir, aujourd’hui privé de financements publics et délégitimé par l’exécutif au nom d’une « justice de transition ». Là encore, le droit devient une arme, non un bouclier.
Le fond du problème est ancien : que vaut la légalité quand elle s’oppose frontalement à la légitimité ? Quand les procédures remplacent la volonté populaire ? L’histoire européenne est jalonnée de ces tensions — de Weimar à aujourd’hui — et l’équilibre est de plus en plus précaire.
Ce que nous observons désormais, c’est l’instauration d’une démocratie conditionnelle. Une démocratie pour les « bons », ceux qui parlent la langue de l’establishment, respectent les codes et soutiennent les alliances stratégiques. Les autres — souverainistes, critiques, populistes ou simplement disruptifs — sont disqualifiés, criminalisés, effacés.
La démocratie, vidée de son essence, devient une coquille juridique au service de ceux qui savent s’en servir. Et c’est peut-être là le vrai danger pour l’Europe : que l’alibi de la « résilience démocratique » finisse par justifier l’élimination politique de ceux que le peuple, pourtant, voulait entendre.
À lire aussi : Immigration, urgence ou ressource pour l’Italie ? sachons analyser la politique italienne autrement qu’avec des lunettes idéologiques !
#MarineLePen, #CalinGeorgescu, #ÉtatDeDroit, #JusticePolitique, #CondamnationPolitique, #CensureÉlectorale, #SouverainetéPopulaire, #ÉlectionsManipulées, #JusticeSélective, #TransitionDémocratique, #CourConstitutionnelle, #PluralismeEnDanger, #ÉpurationÉlectorale, #RésilienceDémocratique, #UnionEuropéenne, #CondamnationLePen, #CalinGeorgescuRoumanie, #PolandGate, #JusticeInstrumentalisée, #OppositionNeutralisée, #Élections2025, #DictatureDouce, #LibertéDExpression, #DériveAutoritaire, #ManipulationNumérique, #TikTokCensure, #DémocratieConditionnelle, #DroitsCiviques, #RassemblementNational, #JusticeÀDeuxVitesses, #BayrouVsLePen, #MacronismeJudiciaire, #CensureÉtat, #JusticeOuReprésailles, #TotalitarismeDémocratique, #NeutralisationOpposition, #GéopolitiqueDeLaJustice, #PopulismeCriminalisé, #OTANControverse, #ÉlectionsVolées

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
Découvrez ses ouvrages en italien sur Amazon.
https://www.amazon.it/Libri-Giuseppe-Gagliano/s?rh=n%3A411663031%2Cp_27%3AGiuseppe+Gagliano
Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
Liens utiles
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis

