
Par Hagay Sobol
Après la reconnaissance inconditionnelle de la Palestine, peut-on encore revendiquer comme nationaux des territoires situés à des milliers de kilomètres de paris comme la Nouvelle Calédonie ? Rien n’est moins sûr !
De nombreux arguments plaident contre la reconnaissance inconditionnelle et unilatérale de la Palestine. Le Président Macron lui-même avait fixé des conditions, dont la libération de tous les otages et la démilitarisation du groupe terroriste Hamas pour assurer l’établissement d’un État pacifique et viable. Mais il est un autre sujet auxquels bien peu font référence. C’est l’impact de cette décision sur les revendications d’indépendance des territoires ultramarins ou de régions en France et en Europe. Gare à l’effet domino !
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La France : La métropole et les DOM-TOM pour combien de temps encore ?
La situation en Nouvelle-Calédonie, très tendue et complexe, est l’archétype des conflits auxquels la France pourrait être confrontée dans un avenir proche dans ses territoires ultramarins. Il s’agit à la fois d’une crise politique, sociale et identitaire qui a déjà fait couler le sang. Sous les auspices de Manuel Valls, la signature par les loyalistes et les indépendantistes de l’accord de Bougival, en juillet 2025, avec des avancées significatives et des propositions innovantes, devait apaiser les tensions. Cependant, il a été remis en question par le FLNKS et la chute du gouvernement Bayrou.
Des ingérences étrangères seraient également à la manÅ“uvre. L’Azerbaïdjan a été accusée de mener des actions de déstabilisation pour son propre compte (Initiative de Bakou ayant accueilli des représentants des territoires ultramarins), en réponse au soutien français à l’Arménie, mais également pour celui de la Russie. Cette dernière, alliée de Bakou, en réaction à l’engagement européen en Ukraine, a déjà été incriminée pour des actions d’agit-prop en métropole et des cyberattaques contre la Nouvelle-Calédonie (adresses IP russes). Enfin, la Chine convoiterait cette région qui est un point d’entrée stratégique sur le Pacifique, ainsi que pour ses ressources naturelles (Nikel). On imagine difficilement ces acteurs s’arrêter en si bon chemin.
Par cette reconnaissance inconditionnelle de la Palestine, Paris s’est mise dans une situation intenable. Dès lors, comment justifier d’initier un mouvement international d’autodétermination et ne pas l’appliquer chez elle, dans les DOM-TOM (DROM-COM) ? Même si c’est sous la pression d’une minorité, en perdant ces territoires, la France serait privée d’atouts majeurs géopolitiques, économiques, militaires, technologiques, environnementaux et énergétiques, la réduisant en une puissance continentale moyenne. En effet la dispersion des DROM-COM sur tous les océans permet à la France d’être présente sur les cinq continents et d’exercer une influence diplomatique et militaire étendue (capacités de projection), de disposer de la deuxième plus grande ZEE (Zone Économique Exclusive) mondiale, avec leurs ressources naturelles, de hubs portuaires dans un monde plus en plus maritime et d’être une puissance spatiale avec le centre de Kourou en Guyane (CSG). De quoi attiser la convoitise.
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L’Europe et ses territoires d’outre-mer
La France n’est pas un cas isolé. Des territoires non métropolitains existent dans d’autres pays européens, souvent vestiges de leurs empires coloniaux, dont certains sont à la pointe du soutien à la Palestine. A titre d’exemples, parmi ceux rattachés à la Grande-Bretagne on peut citer les Bermudes, les Îles Caïmans, les Malouines, Gibraltar, Sainte Hélène ou les Îles Vierges. Pour les Pays-Bas, Aruba, Curaçao ou Bonaire. L’Espagne avec les Îles Canaries ou Ceuta et Melilla. Le Portugal avec Madère et les Açores. Et la Norvège avec Svalbard ou l’Île Bouvet.
Pas plus que la France, ces États ne pourront se soustraire aux engagements de réciprocité qu’impose la reconnaissance du 22 septembre à l’ONU. Étant exposés aux mêmes risques et aux mêmes appétits, s’ils ne le font pas sur un mode volontaire, les pays prédateurs sauront le leur rappeler.
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L’Europe et le risque de fragmentation régionale
« L’Europe est composée d’États-nations, mais aussi de nations sans État qui aspirent à l’indépendance ». En effet, les pays que nous connaissons, avec leurs frontières actuelles, sont le plus souvent le résultat de conflits. Des entités autrefois indépendantes ont été intégrées et survivent sous forme de régions dont certaines conservent un fort désir d’autonomie. Sans parler de la Corse pour la France, il en est ainsi de l’Ecosse, du Pays de Galle et de l’Irlande du Nord, pour ce que les indépendantistes appellent le « Royaume désunis ». De l’Espagne avec la Catalogne ou le Pays Basque. Ni l‘Italie, ni les pays scandinaves n’y échappent comme le Danemark avec les ÃŽles Féroé et le Groenland.
La reconnaissance de la Palestine a de quoi inspirer et raviver la flamme indépendantiste même si elle n’est pas partagée par la majorité. Loin d’être anecdotiques, ce sont autant de leviers sur lesquels peuvent agir ceux qui s’opposent au projet européen et à ses valeurs, en divisant pour régner.
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L’Europe confrontée à une guerre sur 6 fronts
Au trois fronts déjà évoqués, global (indépendantisme et exposition aux conflits mondiaux via les territoires ultramarins), continental avec la guerre en Ukraine et régional, auxquels sont exposés les pays européens, s’en rajoute trois autres. Tout d’abords, le front intérieur où l’on observe une convergence opérationnelle et d’intérêts entre le narcotrafic (en lien avec les cartels ou des groupes comme le Hezbollah), le séparatisme et le terrorisme sous différentes formes. Les uns pouvant financer les autres ou être instrumentalisés par des puissances étrangères comme l’Iran ou la Russie. Ensuite le front économique et des ressources, sans armes apparentes mais extrêmement rude. Ainsi, racheter la dette impacte la souveraineté des États et limite leur autonomie, de même que la dépendance énergétique ou aux métaux lourds par exemple. Enfin, un front immatériel, celui de l’information et du cyberespace. Les attaques permanentes de hackers contre les infrastructures et la guerre du narratif jouent un rôle de plus en plus crucial dans les conflits asymétriques et hybrides.
L’Europe n’est préparée ni à une guerre totale, comme en Ukraine ou celle subit par Israël, ni à un conflit multi-font. D’autant plus que Donald Trump semble se désinvestir de l’OTAN. La réponse inadaptée face aux récentes violations de frontières par la Russie en est un témoignage criant.
Les occidentaux doivent urgemment agir de manière collective et coordonnée, ainsi que repenser leurs alliances pour intégrer l’expérience et le savoir-faire de pays qui expérimentent cette menace existentielle quotidiennement. Plutôt que de faire cavalier seul, de céder à la loi du plus fort ou à la « rue islamiste » et son « cheval de Troie palestinien ». Il est encore temps de refermer la boite de Pandore et de libérer l’espoir avant que les maux qu’elle contient n’envahissent le monde !
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Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée. Il est Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham ».

