TRIBUNE – La République face à ses compromissions

Par David Saforcada
La justice a confirmé un fait désormais indiscutable : Claude Guéant et Brice Hortefeux, proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, ont rencontré Abdallah Senoussi, chef des services de renseignement libyens et bras droit de Mouammar Kadhafi.
Senoussi n’était pas un interlocuteur banal. Condamné à perpétuité par un tribunal français pour l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989 (170 morts) et impliqué dans l’attentat de Lockerbie en 1988 (270 morts), il incarnait le terrorisme d’État dans sa forme la plus brutale.
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Certes, l’histoire des relations internationales est jalonnée de dialogues entre ennemis : la France a souvent discuté avec des régimes qu’elle combattait hier, au nom de la diplomatie et de l’intérêt national. La realpolitik autorise la négociation entre États, même lorsque les armes ont parlé. Mais il existe une limite claire : on ne négocie pas avec des terroristes et leurs commanditaires, a fortiori lorsqu’ils ont été condamnés par la justice française elle-même.
C’est cette frontière que Guéant et Hortefeux ont franchie. Le scandale ne tient pas seulement aux soupçons de financement occulte, que la justice peine à établir dans tous leurs détails. Il tient à l’image donnée : des responsables politiques français, chantres de la fermeté et de l’ordre, allant chercher des appuis auprès d’un homme reconnu coupable d’avoir fait exploser un avion civil.
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La comparaison éclaire l’ampleur du malaise : imaginer, au lendemain du 11 septembre, un proche d’un président américain négociant des fonds avec le bras droit d’Oussama ben Laden. L’indignation serait universelle. Pourquoi la République française devrait-elle tolérer ce qu’elle jugerait intolérable ailleurs ?
Et surtout, pourquoi cette indignation serait-elle à géométrie variable ? On dénonce, à juste titre, les accointances de certains à l’extrême gauche avec le Hamas, ou leur soutien aux anciens d’Action directe ou à Georges Ibrahim Abdallah. Mais alors, comment fermer les yeux lorsqu’il s’agit de responsables de premier plan, venus solliciter un terroriste condamné par nos propres tribunaux ?
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Il n’est pas nécessaire d’attendre une condamnation définitive pour corruption pour mesurer la faute politique et morale. En démocratie, tout n’est pas affaire de preuves judiciaires. Il y a des lignes rouges qui protègent l’intégrité de nos institutions et la confiance des citoyens. Ces rencontres avec Abdallah Senoussi les ont franchies.
La République ne sort jamais grandie de ses compromissions.
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David Saforcada, est un ancien militaire des Troupes de Marine, formateur dans les métiers de la sécurité privée et membre de plusieurs associations souverainistes et patriotes. Il est actuellement Secrétaire général du Centre d’Études et de Recherches sur le Bonapartisme et Président du mouvement, L’Appel au Peuple.
