TRIBUNE – Du rififi au Château : La paix des braves 

Un officier en uniforme militaire français fait face au Palais de l’Élysée à Paris, symbole du pouvoir politique et diplomatique. La scène illustre les rapports de force entre diplomates et militaires au cœur de l’État.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Ruer dans les brancards ne se fait guère parmi ceux qui tiennent à leur tranquillité administrative et à un avenir sans heurts (Jacques Bayens, 1978). Cette maxime se vérifie régulièrement dans les allées feutrées de la diplomatie française. Si le verbe peut parfois être haut, les actes suivent rarement. Depuis la nuit des temps, le diplomate est capon. C’est même à cela qu’on le reconnait. En son temps, nous avions conté les tribulations du conseiller diplomatique et du chef d’état-major particulier du Président de la République. 

La crise entre les deux hommes prenait un tour conflictuel, menaçant de se conclure par un clash du diplomate capé et ombrageux. Nous avions tenu, en début de l’année 2025, la chronique d’une chamaillerie au château tant l’affaire prenait un vilain tour, y compris sur le plan médiatique. Ce genre de dispute se retrouve rarement dans les gazettes. Six mois plus tard, les esprits semblent, du moins en apparence, apaisés. Le volatil nous livre aujourd’hui l’épilogue, la fin d’une histoire de cornecul au château.

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Chronique d’une chamaillerie au Château 

Au début de l’an de grâce 2025, une étrange rumeur circule au sein du très select Palais de l’Élysée. D’importants tiraillements sont signalés par les gazettes bien informées. Elles évoquent de fortes tensions entre le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, le sieur Emmanuel Bonne et le chef d’état-major particulier de ce même Président de la République, le général d’aviation Fabien Mandon. Le premier, soucieux de ses prérogatives accuse le second de marcher sur ses platebandes. Ce dernier passerait discrètement à Jupiter quelques notes stratégiques et prospectives ne relevant pas strictement de son domaine de compétence. Emmanuel Bonne est susceptible et colérique. Le ton monte entre les deux hommes. Les altercations se multiplient, y compris au vu et au sus de tout un chacun à tel point que certaines gazettes s’en font l’écho. Excédé par les agissements du haut gradé, tel le cave, le conseiller diplomatique se rebiffe et annonce urbi et orbi qu’il s’apprête à claquer la porte du château et aller voir ailleurs si l’air y est plus sain. Ni plus, ni moins. L’affaire fait grand bruit dans le landernau parisien[1]. Les jours passent et rien ne se passe. L’intrépide conseiller diplomatique occupe toujours son poste. Tout le monde sait qu’il est un fervent adepte de la politique du chien crevé au fil de l’eau. Le diplomate aboie, les militaires passent. Semaine après semaine, l’incident semble oublié. Il est vrai que nos folliculaires avides de buzz pratiquent la politique de l’essuie-glaces, un évènement chassant l’autre. Mais, les militaires ont la mémoire longue et la rancœur tenace. Ils ne digèrent pas les accusations portées contre eux. Elles leur paraissent d’autant plus infondées que le Chef de l’Etat ne les a jamais désavoués. Bien au contraire, il semble préférer le style militaire direct au discours melliflus de l’homme au bicorne. Et, ils le font savoir dans les rédactions des journaux bien informés[2]. Ils pratiquent la loi du talion, n’étant pas impressionnés par les fanfaronnades sans lendemain du ministre plein de poussière, Emmanuel Bonne. Pour bien le connaître, ils savent pertinemment qu’il rentrera rapidement à la niche et avalera son bicorne sans décrocher la moindre larme de son Président préféré. Ainsi va la vie au château de la Belle au bois dormant sis au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré dans le très chic Huitième arrondissement de la capitale de la France éternelle. Plusieurs mois après un long silence, nous découvrons l’épilogue de cette farce diplomatique.

Fin d’une histoire de cornecul au Château 

Tout est bien qui finit bien. Toujours bien informé, Le Canard enchaîné nous narre la fin de l’histoire dans la moiteur de l’été[3]. Qu’apprend-on ? Emmanuel Bonne aurait poussé un gros ouf de soulagement en apprenant le départ de l’Élysée de son ennemi juré – dont il n’avait pas pu avoir la peau – après sa nomination au poste le plus élevé de la hiérarchie militaire, à savoir celui de chef d’état-major des armées (CEMA). C’est ce que l’on appelle une sortie par le haut. Après avoir été renvoyé dans ses buts, Emmanuel Bonne, qui avait piqué une colère mémorable mais sans lendemain sur le tarmac de l’aéroport de Villacoublay, le militaire avait pris le dessus. Beau joueur, il avait laissé le diplomate à ses cris d’orfraie sans lendemain et sans suite. Pour sa part, le conseiller diplomatique n’a toujours pas reçu la prestigieuse ambassade dont il rêve matin et soir. Avant ce moment tant espéré, il attend beaucoup du successeur de son ennemi juré, le général Vincent Giraud, un terrien qui passe pour « diplomate Â» au sein de l’armée de terre dont il est issu. On se console comme on peut… même si Emmanuel Macron a lâché en rase campagne son courtisan fort peu diplomatique, le sieur Emmanuel Bonne. Il est vrai que Jupiter préfère les bidasses aux diplomuches.

La victoire du sabre contre le bicorne 

« Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre Â». Tout le monde connaît cet aphorisme d’Henri Queuille qui sous-entend que les choses finissent toujours par s’arranger. Et, c’est bien le cas dans l’histoire de la tempête dans un dé à coudre d’Emmanuel Bonne.  L’homme est courageux mais pas téméraire. Un classique de la Maison des bords de Seine qui ne se dément pas au fil du temps. Il est évident que les militaires ont remporté une bataille et la guerre contre l’irascible conseiller diplomatique, plus courtisan que conseiller. Les diplomates son toujours aussi timorés lorsqu’il s’agit de conduire des combats de haute intensité à la différence de leurs alter ego militaires. Ils sont obligés d’avaler des couleuvres, parfois d’énormes boas, tout au long de leur carrière. Ils ont l’habitude de se dérober face aux décisions importantes. On ne se change pas. Aujourd’hui, nous avons vécu l’ultime épisode de la saga du rififi au château intitulée la fin de la guerre des étoiles ou la paix des braves.

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Jean Daspry, Du rififi au château : Emmanuel annonce son départ â€¦ , 28 janvier 2025, https://lediplomate.media/2025/01/tribune-du-rififi-au-chateau-emmanuel-annonce-son-depart/jean-daspry/france/politique/

[2] Jean Daspry, Du rififi au château : les bidasses se rebiffent !, 12 février 2025, https://lediplomate.media/2025/02/du-rififi-au-chateau-les-bidasses-se-rebiffent/jean-daspry/france/politique/

[3] O. B-K./C. L., Fin de la guerre des étoiles à l’Élysée, Le Canard enchaîné, 30 juillet 2025, p. 8.


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