TRIBUNE – Ukraine : La vérité si je mens ! 

Quatre hommes vêtus de costumes clairs posent ensemble en souriant devant un décor de guerre et un drapeau abîmé en arrière-plan, symbolisant le contraste entre unité diplomatique et chaos international.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Vérité d’un jour n’est pas toujours celle du lendemain Â». Cet adage populaire n’a pas pris la moindre ride dans le monde en plein bouleversement que nous vivons. Et cela d’autant plus qu’il vit au rythme de l’infobésité, de la médiacratie qui tiennent le haut du pavé de la comédie humaine au XXIe siècle. Tout évènement international d’une certaine ampleur est commenté avant, pendant et après par le clergé médiatique avec l’aplomb qu’on lui connaît. Sans avoir entre les mains, les résultats, comptes-rendus, déclarations ou communiqués des parties à une rencontre, nos folliculaires et autres experts de chaînes d’infox en continu s’autorisent à penser avec l’assurance des ignorants. 

Ils assènent quelques vérités bien senties au bon peuple de France et de Navarre. Circulez, il n’y a rien à voir ! Les oracles tombent. Aucune place n’est laissée au doute, au questionnement salutaire. Quiconque se permet d’émettre la moindre hypothèse contraire est cloué au pilori médiatique, celui qui vous envoie ad patres en deux temps, trois mouvements.

Ainsi va le monde d’aujourd’hui. Nous en avons un nouvel exemple éclairant avec la rencontre de Washington du 18 août 2025, consacrée à la guerre en Ukraine, entre Donald Trump et un aéropage de dignitaires européens venus s’agréger au comique Volodymyr Zelensky. Avant même la fin de ce barnum diplomatique, des conclusions péremptoires sont tirées. Elles vont toutes dans le même sens. L’Europe en majesté aurait fait plier le 47ème Président des États-Unis, le ramenant à la raison du Vieux Continent. Mais, surprise, quelques jours après, le ton change du tout au tout. Sous la pression du réel, les mêmes perroquets à carte de presse nous fredonnent une autre chanson en compagnie de grands reporters et autres experts auto-proclamés des relations internationales. Au terme d’une analyse objective à froid, l’Europe se présente en lambeaux.

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Le commentaire à chaud subjectif : L’Europe en majesté 

C’est une équipée sauvage en format inhabituel qui traverse l’Atlantique pour recadrer Donald Trump après ses errements d’Anchorage face à Vladimir Poutine. Mission accomplie. L’honneur et la morale sont sauves. La mauvaise troupe en goguette, une sorte d’élite européenne réussit son pari à la Maison Blanche. Dans la liesse générale, elle possède le ticket gagnant.

La mauvaise troupe en goguette : l’élite européenne 

Un attelage baroque, hétéroclite conduit par Jupiter 1er décide, illico, après la rencontre d’Anchorage du 15 août 2025 entre Donald Trump et Vladimir Poutine, d’aller dire son fait au malappris à la crinière jaune. Il doit comprendre de quel bois la mauvaise troupe se chauffe sur le dossier ukrainien. Il est inadmissible que « l’Europe Â» soit mise à l’écart du processus bilatéral de négociation et qu’elle ne puisse pas faire entendre une musique différente de celle des deux comparses inconscients. Ceci est inacceptable et intolérable. Tel est le sentiment d’Emmanuel Macron qui veut dire, droit dans les yeux, à l’Oncle Sam qu’il fait fausse route, se faisant rouler dans la farine par l’autocrate du Kremlin[1]. Qui fait le déplacement à Washington le 18 août 2025 ? La mauvaise troupe et c’est du lourd.

Outre le chef de bande français et le comique troupier de Kiev, nous trouvons la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (ces questions ne relèvent pas de sa compétence[2] mais de Kaja Kallas, la Haute Représentante de l’Union européenne, qui, curieusement est absente[3]) ; le très servile, à l’échine souple, battave, Mark Rutte alias Teflon, Secrétaire général de l’OTAN ; le chancelier allemand, Friedrich Merz ; le Premier ministre britannique, Keir Starmer, plus perfide qu’Albion (son pays n’est plus dans l’Union européenne) : la Présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni (son pays exclut d’entrée de jeu d’envoyer des troupes en Ukraine) ; le Président finlandais, Alexander Stubb qui n’a d’autre titre à faire valoir que le fait de jouer au Golf avec Donald Trump alors que la représentante de la Présidence semestrielle de l’Europe, la Première Ministre danoise, Mette Frederiksen n’est pas du voyage. Comprenne qui pourra ! Et, c’est parti pour faire passer un mauvais quart d’heure au roi du « deal Â»[4]. Nous allons voir ce que nous allons voir. Cela va décoiffer pour l’homme à la mèche blonde dans les jours qui viennent.

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La mauvaise troupe en liesse : le ticket gagnant

Après qu’il ait fait la leçon à son homologue ukrainien – ayant abandonné sa tenue de militaire d’opérette – devant une carte de l’Ukraine pour lui expliquer les termes du problème, Donald Trump réunit la mauvaise troupe autour de lui et devant la presse dans un exercice parfaitement rôdé de diplomatie de la communication. Il se montre particulièrement attentif à chacun d’entre-eux, opinant du chef pour montrer toute l’attention qu’il porte à leurs augustes propos virils[5]. Dans une chorégraphie digne d’un ballet de l’Opéra, chacun entonne son petit refrain. L’un exige la participation de Volodymyr Zelensky aux prochaines festivités bilatérales pendant que l’autre demande instamment l’organisation d’un sommet à trois États-Unis/Russie/Ukraine dont le lieu est même envisagé, Genève voire Istanbul. L’un parle de l’importance de l’Europe dans la suite du processus sans préciser laquelle : l’Union européenne, quelques États triés sur le volet, une coalition de volontaires ? L’autre évoque le nécessaire cessez-le-feu devant précéder la paix proprement dite.

Mais, tous et toutes répètent ad nauseam le même mot magique : garanties de sécurité pour l’Ukraine de ne pas être de nouveau attaquée par l’Ours russe. Entre les lignes, quelques nuances apparaissent sur la nature de telles garanties : celles de l’article 5 du traité constitutif de l’OTAN, d’autres qui lui ressembleraient comme le Canada Dry, des garanties sui generis … Tout ceci reste flou néanmoins les commentateurs embouchent les mêmes trompettes de la victoire. L’Europe existe. Elle renait de ses cendres sur les bords du Potomac un certain 18 août de l’an de grâce 2025. Elle trône en majesté devant un Donald Trump KO tant les coups qui lui ont été assénés le laissent inerte dans les cordes. Désormais, il va devoir compter avec les Pieds Nickelés version rajeunie qui veillent au grain, empêchant le néophyte diplomate à la cravate rouge de se laisser dévorer tout cru par le dictateur moscovite. La morale est sauve. L’Europe respire après avoir frôlé le pire, un nouveau Munich.

Une fois de plus, nous en revenons à la chanson interprétée par Ray Ventura, tout va très bien Madame la Marquise …mais à part ça un tout petit rien. En effet, moins de quarante-huit heures après les communiqués de victoire de la mauvaise troupe, les mouches changent d’âne. C’est une tout autre histoire que le clergé médiatique essaie de nous vendre en nous faisant prendre des vessies pour des lanternes.

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L’analyse à froid objective : L’Europe en lambeaux 

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Washington et Moscou reprennent le cours normal des choses, écartant d’un revers de main les demandes reconventionnelles les plus baroques de la fine équipe. Nous en revenons à la cuisine diplomatique concoctée par les deux grands mais aussi au salutaire retour au réel.

Le duo choc en colère : la cuisine des deux grands

À y regarder de plus près, avec quelques jours de recul par rapport à l’évènement, les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour la cohorte européenne. Le conte de fées, que l’on nous a vendu le Vieux Continent, n’était qu’un vulgaire film de série noire de mauvais goût. Les mauvaises nouvelles succèdent aux mauvaises nouvelles. La raison du plus fort est toujours la meilleure comme nous le rappelle la morale de la fable Le loup et l’agneau de Jean de La Fontaine. Donald Trump accuse le Président ukrainien d’être le responsable du blocage sur les chemins tant espérés de la paix entre les deux voisins. Moscou accuse les Européens d’être le principal obstacle à la paix. Ni plus, ni moins. Les fauteurs de troubles et autres empêcheurs de tourner en rond sont à Kiev et à Bruxelles, certainement pas à Moscou et à Washington. En conséquence, l’éventualité d’une rencontre Poutine-Zelensky est renvoyée aux calendes grecques[6]. Le Président russe ne veut pas entendre parler de négociation avec le comédien-Président ukrainien[7]. Le roué Ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov va jusqu’à considérer que le Président ukrainien est « illégitime Â» pour signer des actes engageants son pays. Pire encore, en dépit de quelques opérations spectaculaires de Kiev en territoire adverse, Moscou intensifie ses frappes en Ukraine[8].

Le temps des concessions russes ne semble pas encore venu en dépit des déclarations péremptoires de la « coalition des volontaires Â» pour l’on ne sait quoi. Qui plus est la ligne trumpienne reste évolutive, alternant le chaud et le froid à quelques heures d’intervalle ! Mais, elle semble toujours revenir à sa version originelle, trouver à tout prix un accord de paix dans les meilleurs délais et à n’importe quel prix pour en finir avec les atrocités de la guerre. Toutes choses que nos bons Samaritains récusent encore avec la véhémence de ceux qui n’ont pas prise sur le cours du dialogue américano-russe … mais jusqu’à quand ? Après le temps des chimères vient immanquablement le temps du retour au réel. Le fameux réel, c’est lorsqu’on se cogne, pour reprendre la célèbre formule du psychanalyste, Jacques Lacan. Et, les bosses risquent d’être aussi grosses que durables pour les Candide du Vieux Continent qui raisonnent comme des tambours.

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Le duo choc en scelle : le retour au réel

« Il n’y a de politique qui vaille en dehors des réalités Â» nous rappelle fort à propos le Général de Gaulle. Et, c’est bien de cela dont il s’agit à ce moment de bascule du conflit en Ukraine. Le numéro de claquettes de Washington est terminé et l’on passe aux questions sérieuses souvent sans réponses.

La première question concerne la définition même du concept de « garanties de sécurité Â» dont nous sommes oints, à longueur de temps, tel le Saint chrême. Or, il est plus qu’imprécis comme le rappelle Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN : « Il faut rappeler que cette expression de garanties de sécurité n’est pas très bien définie, ni en droit international ni dans la diplomatie. Elle peut être utilisée pour des situations très variées Â»[9]. En un mot comme en cent, la mauvaise troupe se focalise sur une mesure aux contours flous. Est-ce volontaire ou involontaire ? Est-ce ainsi que l’on compte procéder pour tenter de résoudre un problème sérieux. Nous touchons ainsi aux limites d’un exercice préparé dans la plus grande hâte sans en mesurer toutes les conséquences et les limites intrinsèques.

La deuxième porte sur le projet d’envoi de troupes « européennes Â» sur le territoire ukrainien pour garantir la non-violation des accords de paix éventuels. Rappelons qu’il n’a jamais fait l’objet d’un débat devant les Parlements nationaux des États potentiellement contributeurs ! Drôle de manière de procéder pour des pays qui ont à la bouche les termes de démocratie et d’état de droit. Rappelons que ce projet soulève un tollé en Allemagne et du tangage dans la coalition conduite par le chancelier Friedrich Merz. Il y a gros à parier que, si la question était posée en France comme elle devrait normalement l’être, elle susciterait de fortes réserves en cette période où le gouvernement se montre incapable d’assurer les conditions minimales de la sécurité dans l’Hexagone et où nos forces armées sont à l’étiage[10].

La troisième question, et non des moindres, est celle de l’acceptabilité par Moscou d’un dispositif de déploiement de forces européennes à ses frontières qui, de près ou de loin, s’appuierait sur les procédures de ou empruntées à l’OTAN, sa bête noire. Faire l’impasse sur cette problématique de substance relève de l’irréalisme le plus coupable ! C’est aussi être assuré de se retrouver dans une impasse dont il sera délicat de se sortir. Ceci pose la question plus globale de savoir ce que la « coalition des volontaires Â» peut et veut faire dans les semaines à venir. Or, nous baignons dans un flou artistique, impressionniste qui n’est pas de bon aloi dans le traitement des problématiques de la guerre et de la paix.

Ainsi, la mauvaise troupe européenne risque de se trouver prise au piège qu’elle a elle-même armée en ne tenant aucun compte des conditions posées par Américains et Russes au règlement du conflit en Ukraine. Il est vrai que le propre de l’idéologie est de méconnaître la réalité dans ce qu’elle a de plus trivial.

À la recherche de la vérité perdue ! 

« Si on commence avec des certitudes, on finit avec des doutes Â» (Francis Bacon). L’affaire ukrainienne constitue un énième cas d’école de cette évolution sémantique de nos perroquets à carte de presse et au service des princes qui nous gouvernent. Plus c’est gros, plus ça passe ! Elle devrait être enseignée tant dans les écoles diplomatiques que dans les écoles de journalisme sous la rubrique des bobards diplomatiques, des pétards diplomatiques qui discréditent leurs auteurs. Nous sommes face à une déclinaison de la politique du bord du précipice qui ne conduit nulle part. Une facétie de plus qui démontre, s’il en était encore besoin, que « l’Amérique de Donald Trump impose son tempo au monde. Transactions à la dure, instinct de négociateur : la méthode Trump bouleverse les codes mais replace les États-Unis au centre du jeu international Â»[11]Ne pas en tenir compte est coupable si l’on s’en tient aux exigences de la Realpolitik. Au train où vont les choses, ne va-t-on pas être contraint à inventer le « ridiculomètre Â» pour qualifier ce petit monde facétieux ?

Rarement le dérisoire et le caprice n’ont revêtu autant d’importance que dans la diplomatie nouvelle vague pratiquée avec brio par Jupiter 1er et sa mauvaise troupe de théâtre ! Le temps des illusions est révolu. Il faudra, bien un jour prochain, que ces comédiens à la petite semaine ne redescendent sur terre alors que « nous vivons à la lisière d’un monde qui ne tient plus, et d’un autre qui n’a pas encore de nom »[12]. Ces bonnes âmes peinent à comprendre que nous n’avons pas les moyens de nos ambitions si tant est que nous ayons des ambitions sur la scène internationale face au nouveau triangle Washington-Moscou-Pékin[13]. Emmanuel Macron, comme ses partenaires européens, est devenu spectateur de ce nouvel ordre mondial où priment la force et les armes. En dernière analyse, l’épisode du feuilleton ukrainien aux milles rebondissements mérite le titre d’un film intitulé La vérité si je mens !, la dimension comique en moins.

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Macron, le fort en gueule de Brégançon, Le Canard enchaîné, 20 août 2025, p. 2.

[2] Ursula von der Leyen, Avec les États-Unis, l’Union européenne a conclu un accord solide, bien qu’imparfait, Le Monde, 25 août 2025, p. 19.

[3] Vincent Hervouët, La colère qui rend la guerre désirable, Le JDDNEWS, 20 août 2025, p. 12.

[4] Alexandre Mendel (dossier réalisé par), Ã‰tats-Unis : Trump ça marche. L’art du deal … et des résultats, Le JDDNEWS, 20 août 2025, pp. 14-15-16-17.

[5] Jean-Michel Thénard, Vers une rencontre entre Zelensky et le chef du Kremlin. Pour Poutine, le plus tsar sera le mieux. Le sens du poil, Le Canard enchaîné, 20 août 2025, p. 1.

[6] Régis Le Sommier, Poutine-Zelensky. Rencontre en vue, mais la paix reste loin …, Le Journal du Dimanche, 24 août 2025, p. 14.

[7] Benjamin Quénelle, Vladimir Poutine ne veut rien négocier, Le Monde, 23 août 2025, pp. 1-2.

[8] Emmanuel Grynspzan/Benjamin Quénelle, Les frappes venues de Moscou s’intensifient, Le Monde, 23 août 2025, p. 3.

[9] Laurent Marchand (propos recueillis par, Ukraine : l’étrange diplomatie de Donald Trump, Ouest-France, 23-24 août 2025, p. 4.

[10] Ana Pouvreau, Â« Force de réassurance Â» en Ukraine : un projet de déploiement de troupes occidentales à haut risque pour la France, www.lediplomate.media , 25 août 2025.

[11] Alexandre Mendel, L’Amérique impose son tempo au monde, Le JDDNEWS, 20 août 2025, p. 21.

[12] Dominique de Villepin, Le pouvoir de dire non, Flammarion, 2025, p. 183.

[13] Michel Tatu, Le triangle Washington-Moscou-Pékin et les deux Europe (s), Casterman, 1972.


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