TRIBUNE – Da Youxi (大游戏)

Par Julien Aubert
Donald Trump est partout. À Gaza, pour proposer de transformer la bande en Riviera. À Kiev, pour négocier la paix avec Poutine. Au Groenland ou au Canada, qu’il rêve d’annexer.
Ce « partout » est cependant géographiquement circonscrit. Donald Trump s’en est pris peu ou prou à ce qu’on pourrait définir comme l’Occident global. Voilà pourquoi, derrière le caractère apparemment décousu de sa politique internationale, on peut voir transparaître deux obsessions.
La première obsession est de consolider sa mainmise, son emprise, sur ce qu’il considère comme sa zone d’influence, en s’assurant que nul ne sera susceptible de remettre en cause son leadership et en cherchant à faire naître un chapelet de gouvernements « amis ».
Donald Trump parcourt en long et en large l’espace impérial, c’est à dire l’Occident et ses marges, en aboyant pour montrer que de ce côté-ci des lignes, on est sur ses terres. Un peu comme en prison, si l’on veut être dans la bande de Donald, il faut casquer. Ce dernier se comporte comme un vulgaire gros bras en prison qui monnayerait sa protection. C’est du racket international.
L’Amérique latine n’a pas compris qui est le patron ? Le colombien Gustavo Petro a tenu 24h sous la menace. L’Europe est tentée par le bras de fer ? Musk s’est chargé de fragiliser les gouvernements allemand et britannique. Trump a aussi visé en Afrique l’Afrique du Sud. L’arme fétiche de Trump, son gros bâton, ce sont les droits de douane qu’il menace d’appliquer sur ses alliés occidentaux.
À lire aussi : ANALYSE – Le CSIS face à la pression de Trump sur la sécurité des frontières : Un Canada sous tension
La seconde obsession est la corollaire de la première : il s’agit de faire échec à la montée de la Chine. La devise pourrait être : « Y penser toujours, n’en parler jamais ».
Pour cela, Washington n’a pas qu’une vision commerciale consistant à rééquilibrer sa balance commerciale, mais entend réduire sa dépendance stratégique sur les paramètres clés de la croissance de demain : les terres rares. Ces ingrédients sont essentiels à la fabrication d’aimants permanents, qu’on retrouve dans les batteries des véhicules électriques, les turbines d’éoliennes, les smartphones ou encore certaines armes militaires. On les compare souvent à une sorte de vitamines pour les technologies numériques et vertes. Or, l’empire du Milieu s’est spécialisé depuis la fin des années 80 dans la collecte (gisement de Bayan Obo) mais surtout le savoir-faire de la séparation des terres rares et pèse 97% de la production.
Un nouveau « grand jeu » mondial, pour reprendre l’expression Great Game, attribuée à l’officier britannique Arthur Conolly pour décrire la rivalité géopolitique entre l’empire russe et l’empire britannique entre 1813 et 1907 a débuté où les deux géants se mènent une guerre féroce. Grand jeu se dit Da Youxi en chinois.
J’en veux pour preuve que lorsque Trump réclame à Zelensky un pourboire en échange d’une assurance sécurité contre Moscou, il choisit de cibler cet actif stratégique. Il lui a demandé de lui livrer les terres rares d’Ukraine (le pays abrite 5% des ressources minières mondiales). Le pays a fini par conclure un accord (d’assurance-vie) sur les ressources minières en février 2025.
C’est encore la même obsession lorsque Trump parle d’arracher le Groenland au Danemark. La demande date de 2019. Le sous-sol de la plus grande île au monde suscite la convoitise des investisseurs et intéresse les grands acteurs de l’IA, notamment américains. Sauf que les Chinois sont déjà sur place. La société chinoise Shenghe Ressources, en partie détenue par l’État, est le principal actionnaire de Greenland Minerals, avec une participation de 10%. C’est en Chine que devraient être séparées et raffinées les terres rares récupérées au Groenland.
C’est toujours et encore la même obsession lorsqu’il guigne sur le Canada. Le Canada fournit chaque année pour 40 milliards de dollars de minéraux critiques aux États-Unis, incluant le nickel, le cuivre et l’aluminium, essentiels aux chaînes d’approvisionnement industrielles américaines. Pour les métaux cités, le Canada représente 50% du besoin américain. Le Canada, riche en cobalt, graphite, lithium et terres rares, représente une alternative stratégique à cette dépendance chinoise.
Au final, lorsque l’on prend la liste des pays qui comptaient les plus grandes réserves de terres rares dans le monde en 2024, le tableau est évident : sur les onze premiers pays (hors Etats-Unis), les cinq qui peuvent être considérés comme appartenant à l’Occident ou à ses marges (Afrique du Sud, Groënland, Canada, Australie, Brésil) ont été la cible des menaces de Trump. Les autres pays n’appartiennent pas à la zone occidentale (Thaïlande, Tanzanie, Vietnam, Russie, Inde, et bien entendu Chine).
Bien sûr le grand jeu ne se limite pas aux terres rares : lorsqu’il parle de récupérer le canal de Panama, Trump est sur un autre aspect de la dépendance du pays. Trump a pointé que la Chine le contrôlait. En effet, les ports de Balboa et Cristobal, situés à chaque extrémité du canal, côté Atlantique et Pacifique, sont gérés par Panama Ports Company (PCC), qui appartient à la holding CK Hutchison du milliardaire chinois Li Ka-shing. Néanmoins, récupérer le canal permettrait de moduler les tarifs de passage sur des critères politiques et arbitraires. Rappelons que si les Etats-Unis pèsent 74% des marchandises de transit, la Chine arrive seconde avec 21%.
À lire aussi : La cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris marque le retour triomphal de Donald Trump sur la scène internationale
#DonaldTrump, #Trump2025, #GuerreCommerciale, #TerresRares, #Géopolitique, #ChineVsUSA, #GrandeStratégie, #Occident, #Groenland, #Canada, #Ukraine, #Russie, #Poutine, #Zelensky, #Afrique, #AmériqueLatine, #Douanes, #CommerceInternational, #RivalitéMondiale, #GreatGame, #PolitiqueInternationale, #EmpireAméricain, #Expansion, #InfluenceMondiale, #USA, #Chine, #EconomieMondiale, #GuerreEconomique, #MinérauxCritiques, #Lithium, #Cobalt, #Graphite, #RessourcesNaturelles, #InvasionÉconomique, #Washington, #PolitiqueDeTrump, #StratégieGlobale, #SécuritéNationale, #DouanesTrump, #AnnexionGroenland, #InfluenceChinoise

Julien Aubert est ancien député de Vaucluse, vice-président des Républicains et président d’Oser la France, mouvement d’inspiration gaulliste.
