Trump, le Gorbatchev américain ?

Trump devant drapeau américain
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par François Martin

Toute défaite militaire importante d’un empire porte dans ses flancs la chute possible de cet empire. C’est ce qui est en train de se produire avec le système militaro-libéral, atlantiste et mondialiste américain.

Dans son « Discours de Harvard » de 1978, Alexandre Soljenitsyne prophétise l’effondrement prochain des deux empires issus des Lumières, une philosophie qui prône le bonheur sur terre, et qui fait l’impasse sur les valeurs premières, celles de l’homme intérieur : la spiritualité, la gratuité, le don radical de soi, le courage désintéressé. Le premier empire, le « Parti », tombe en 1991, lorsque se désagrège d’un coup une URSS sans âme, l’autre, le « Marché », disparaît sous nos yeux, avec la chute, pratiquement acquise, des USA et de l’OTAN face à la Russie. Trump est l’héritier de cette situation, et va devoir gérer la défaite de son camp et la liquidation de son empire, comme Gorbatchev l’a fait à l’époque soviétique, comme de Gaulle avec ses colonies.

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Pour réussir, deux qualités sont de mise :

  • La lucidité : il faut comprendre qu’il ne sert à rien de « finasser ». Lorsque les forces contraires sont trop grandes, toute tentative de retarder la reconnaissance de la défaite rendra la chute finale plus brutale et plus grave. Comme avec un membre gangrené, il faut voir qu’il est perdu et le couper sans délai et sans regret. De Gaulle l’a fait, Gorbatchev l’a fait, Trump devra le faire.
  • Le courage : il faut faire face à de nombreuses forces contraires, nostalgiques de l’ancienne puissance. Tant les opinions, qui aimaient la gloire passée, que les naïfs et les imbéciles, qui ne comprennent pas qu’on a changé d’époque, ou encore les multiples lobbies et profiteurs, qui se sont enrichis, énormément parfois, avec l’ancien empire. Eux sont lucides, mais l’appât du gain et l’incertitude de l’avenir font qu’ils voudraient bien que la « belle époque » se prolonge. « Encore une minute, Monsieur le bourreau », tel est leur état d’esprit.

Le constat étant posé, celui de la nécessité inéluctable de l’amputation, il est préférable que le processus politique soit mis en œuvre avec énergie, par des hommes habiles, rapides et forts, plutôt que par des faibles irrésolus et attentistes. Car toute la difficulté de l’opération consiste, pour éviter la honte, à présenter la défaite comme une victoire. C’est ce que Gorbatchev n’a pas réussi, lui qui reste encore, pour de nombreux russes, un traître et non un libérateur. Ce sera la tâche principale de Donald Trump, et il a déjà commencé.

D’abord, il faut remarquer, et c’est sans doute le plus important, que Trump est très pris par le temps. En effet, à partir de son investiture, il aura deux ans, jusqu’aux mid-terms de 2026, pour accomplir ses deux missions titanesques :

  • Rendre aux classes populaires le pouvoir économique, celui-là même qui leur a été confisqué par les castes démocrates les plus riches, qui ont trahi leur engagement social historique
  • Assécher le « marécage » qu’est devenu l’État Profond américain

Pour cela, il faut arrêter la « lessiveuse » dénoncée par Robert Kennedy Jr. Elle consiste à « tondre » les classes moyennes et les pauvres, pour alimenter un budget militaire pharaonique, lequel est « justifié » par les nombreuses guerres que poursuit, sans les gagner pour la plupart, l’Empire. Il s’agit donc d’un problème à la fois intérieur et extérieur, Il ne sert à rien de s’attaquer aux multiples profiteurs de l’intérieur sans arrêter les guerres extérieures, car les uns sont nourris par les autres. 

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Pour Trump, il est donc impératif de faire cesser ses guerres, et d’abord celle d’Ukraine (*), le plus vite possible. En face, Poutine, lui, a tout le temps pour lui : son économie de guerre fonctionne parfaitement, et lui offre 4% de croissance. En parallèle, il poursuit à marches forcées son développement (aéronautique, ferroviaire, puces électroniques), dopé à point nommé par les sanctions. De plus, il a maintenant pratiquement accompli son œuvre militaire, en ayant conquis toute la partie difficile du Donbass. Lorsque Pokrovsk sera tombé, ainsi que, plus tard, l’ensemble Slaviansk/Kramatorsk, il n’y aura plus rien pour arrêter sa poussée jusqu’au Dniepr : ni armée ukrainienne, ni armes, ni munitions, ni crédits. Et ce ne seront pas les troupes ukrainiennes fourvoyées, pour des raisons d’image, sur le territoire russe, ni les « tirs dans la profondeur », que les occidentaux ne rendront jamais stratégiques, qui le détourneront de son objectif : se présenter à la négociation comme le vainqueur absolu d’une guerre qu’il peut poursuivre sans peine, à petite vitesse, pendant deux ans si nécessaire, jusqu’à Odessa, ruinant ainsi les grands desseins historiques de Trump.

Comme le dit l’un des spectateurs du célèbre duel au sabre dans « Les 7 samouraïs » : « L’issue ne fait aucun doute ». Si Trump est intelligent, et il l’est, il donnera tout de suite ce qui est exigé par les russes comme une condition préalable à la négociation : la reconnaissance définitive des quatre oblasts et de la Crimée, la démilitarisation de l’Ukraine et sa dénazification, la garantie comme quoi ce pays ne rentrera jamais dans l’OTAN, et la levée des sanctions. Lorsque Trump en sera là, il rendra aussi, n’en doutons pas, les 300 milliards de USD confisqués, à la demande des USA, par les banques européennes, ainsi que les intérêts. Seule restera, comme pierre d’achoppement, la question du gaz russe. Mais elle dépendra plus d’un choix européen. On peut penser que certains, les allemands en particulier, préfèreront la prospérité avec les russes plutôt que la déchéance et la misère avec leurs « alliés » américains. A ce moment-là, la domination américaine sur l’Europe aura vécu, de même que l’Europe elle-même, et l’OTAN. Ainsi sera liquidé l’Empire américain.

Comment Trump fera-t-il « passer la pilule » auprès de ses opinions et détracteurs ? A n’en pas douter, en survalorisant un autre ennemi, déjà existant, la Chine. Non pas qu’il veuille absolument lui faire la guerre, mais il faudra présenter de cette façon le danger à l’ouest pour faire accepter la retraite à l’est. On peut lui faire confiance pour bien noircir ce tableau…

Est-ce à dire que ce sera la fin de l’Amérique ?  Certainement pas ! Ce sera la fin d’un empire, celui bâti sur les ruines de la 2ème guerre mondiale, en 1945, et consolidé en 1991, avec la fin de l’empire soviétique. Ses principales caractéristiques étaient sa domination de l’Europe, qui pourrait donc cesser, si les européens le veulent, et son expansionnisme mondialiste sans fin. Mais les USA pourront se reconstruire, sous la forme d’une puissance moins dogmatique et moins militaire, mais plus commerciale, et tout aussi brutale. Ce ne sera pas plus facile pour les autres !

Si Trump réussit cela, il ne sera pas un Gorbatchev, mais l’un des plus grands dirigeants de l’Histoire du monde. C’est sans doute ce qu’il espère.

(*) Et aussi, on peut le penser, celle de Gaza et toutes les autres.

Cet article sera publié dans le numéro 18 de la revue Le Nouveau Conservateur de Février 2025

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