PORTRAIT – Tulsi Gabbard, nouvelle directrice du renseignement national des États-Unis

Tulsi Gabbard
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). 

L’Amérique est sur le point d’assister à un affrontement direct entre l’establishment de la sécurité nationale et l’une des figures les plus controversées de la politique récente : Tulsi Gabbard. L’ancienne députée démocrate, vétéran de la Garde nationale de l’armée et critique assumée du renseignement américain, a été choisie par Donald Trump pour diriger la Direction du Renseignement National (DNI). Un poste qui la placerait à la tête des 18 agences de renseignement des États-Unis, y compris la CIA et la NSA.

Sa nomination, annoncée le 13 novembre 2024, a immédiatement déclenché une tempête à Washington et parmi les alliés des États-Unis. La raison ? Gabbard n’est pas une figure « conforme », elle n’est pas contrôlable et, surtout, elle est connue pour avoir dénoncé les manœuvres obscures des services secrets américains par le passé. La perspective de la voir superviser l’ensemble de l’appareil de renseignement fait trembler plus d’un bureau à Langley et au Pentagone.

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Dès les premières heures qui ont suivi l’annonce de Trump, l’opposition au sein du gouvernement et du Congrès s’est enflammée. Hillary Clinton, son adversaire de toujours, a repris une vieille accusation, l’accusant d’être une « agente russe ». D’autres sénatrices démocrates, comme Tammy Duckworth et Elizabeth Warren, ont exprimé leur inquiétude quant à sa loyauté envers les intérêts américains. Même certains républicains ont manifesté leur malaise : Michael McCaul, président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, a qualifié sa nomination de « déconcertante » et a prédit que le Sénat la rejetterait.

Le journal britannique The Economist, dans un rapport du 30 novembre, a souligné le risque que Gabbard puisse manipuler les évaluations du renseignement pour plaire à Trump, modifiant ainsi les priorités en matière de politique étrangère. Selon le journal, sa nomination pourrait créer des fractures au sein de la future administration, la plaçant en opposition avec des faucons comme Mike Waltz et Marco Rubio, choisis respectivement comme conseiller à la sécurité nationale et secrétaire d’État.

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Mais ce qui inquiète encore plus l’intelligence américaine, c’est son opposition farouche aux pratiques de surveillance de masse. Gabbard et Trump se sont tous deux opposés à la Section 702 du FISA, une loi permettant la surveillance électronique des citoyens américains sans mandat. Son abrogation affaiblirait considérablement le FBI, qui perdrait l’un de ses outils les plus importants.

Dans les semaines qui ont suivi sa nomination, Gabbard n’est pas restée silencieuse. À travers des interviews et des apparitions publiques, elle a réitéré ses critiques à l’encontre de « l’appareil permanent de Washington », accusant le Comité National Démocrate, les médias, les géants du numérique, le FBI et la CIA de manipuler l’information et de saboter toute tentative de transparence.

Dans son livre “For Love of Country”, publié quelques mois avant sa nomination, Gabbard décrit les États-Unis comme une nation contrôlée par une machine secrète de bureaucrates et de fonctionnaires non élus, engagés à préserver leur pouvoir aux dépens de la volonté populaire.

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Cette rhétorique a encore accentué les tensions au sein du renseignement américain. Certains responsables européens ont confié à The Economist qu’ils craignent un affaiblissement de la coopération avec les alliés. Les partenaires historiques des États-Unis, réunis dans le pacte Five Eyes (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), pourraient en effet commencer à limiter le partage d’informations sensibles, craignant que Gabbard ne bouleverse les priorités américaines en matière de politique étrangère.

Le 30 janvier 2025, Tulsi Gabbard s’est présentée devant le Sénat pour une audition de trois heures devant la Commission du Renseignement. L’atmosphère était électrique : chaque mot, chaque déclaration pouvait être décisive pour sa confirmation ou son rejet.

Mais au lieu de reculer, Gabbard a contre-attaqué, révélant des vérités embarrassantes pour l’appareil de sécurité nationale. Elle a rappelé un email de 2012 envoyé par Jake Sullivan à Hillary Clinton, dans lequel l’ancien conseiller affirmait qu’”Al-Qaïda est de notre côté en Syrie”. Elle a dénoncé le rôle de la CIA et de l’administration Obama dans le financement de groupes djihadistes pour renverser Bachar al-Assad, soulignant qu’aujourd’hui la Syrie est sous le contrôle d’extrémistes islamistes persécutant les minorités religieuses.

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Elle a attaqué l’intelligence américaine et la presse, critiquant les 51 anciens responsables du renseignement qui avaient signé la lettre minimisant l’affaire du laptop de Hunter Biden, affirmant qu’il s’agissait d’une couverture orchestrée pour protéger la famille du président. Elle a accusé la CIA d’être un outil politique utilisé pour manipuler le discours public et a dénoncé l’ancien directeur John Brennan ainsi que James Clapper pour avoir fait du renseignement une arme au service des élites politiques.

L’un des moments les plus tendus de l’audition a été son refus de qualifier Edward Snowden de traître, provoquant la colère de nombreux sénateurs. Au contraire, elle a insisté sur le fait que Snowden avait révélé des violations graves de la Constitution, permettant aux citoyens de savoir que leur gouvernement les espionnait illégalement. Elle a dénoncé la position officielle de Washington, qui continue à diaboliser Snowden tout en protégeant ceux qui ont orchestré cette surveillance massive.

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Après l’audition, le sort de Gabbard reste incertain. Le Sénat doit encore se prononcer sur sa nomination, mais l’opposition est féroce. Cependant, son combat a déjà eu un impact majeur : il a mis en lumière des vérités que l’appareil de sécurité aurait préféré garder sous silence.

Gabbard n’a pas seulement défendu sa nomination, elle a déclaré la guerre à un système qu’elle considère comme corrompu et antidémocratique. Si elle est confirmée, elle pourrait inaugurer une ère de transparence et de réformes sans précédent. Si elle est rejetée, ce sera la preuve définitive que Washington n’est pas prêt à changer.

Dans une Amérique de plus en plus divisée, son cas est en passe de devenir un symbole du combat entre le pouvoir et la vérité. Et la bataille ne fait que commencer.


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