ANALYSE – Cartels de la drogue et terrorisme

ANALYSE – Cartels de la drogue et terrorisme

lediplomate.media — imprimé le 21/02/2025
Gang d un Cartel de drogue mexicains
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). 

L’élargissement de la définition du terrorisme par Donald Trump, incluant désormais les cartels de la drogue mexicains, représente un changement de paradigme stratégique pour les services de renseignement américains. Au-delà de la rhétorique musclée, cette décision offre de nouveaux leviers opérationnels à deux agences clés : le National Counterterrorism Center (NCTC) et la CIA.

Le premier effet concret est l’extension de la juridiction et des outils de renseignement. Désigner les cartels mexicains comme groupes terroristes permet aux agences américaines de les traiter avec la même approche que celle utilisée contre al-Qaïda et l’État islamique : surveillance électronique mondiale, éliminations ciblées et opérations clandestines extraterritoriales. En d’autres termes, la DEA ne sera plus la seule agence à gérer le trafic de drogue ; le dossier passera également sous le contrôle d’organismes disposant d’un arsenal bien plus sophistiqué, comme le financement occulte de groupes rivaux, la guerre psychologique et l’infiltration à grande échelle.

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Pour la CIA, l’inscription des cartels sur la liste des menaces terroristes représente une opportunité. Cela signifie pouvoir opérer plus librement au Mexique, sans être contraint par les restrictions diplomatiques qui ont jusqu’à présent limité l’action américaine dans le pays. Les agents de l’Agence pourront s’appuyer sur la logistique militaire pour des actions plus décisives, accéder aux fonds destinés à la lutte contre le terrorisme et, surtout, justifier une présence plus agressive dans les pays d’Amérique latine, traditionnellement considérés comme une zone grise en matière de sécurité nationale des États-Unis.

Le NCTC, de son côté, tirera parti de l’élargissement de son champ d’analyse. Jusqu’à présent centré sur le djihadisme et les menaces internes, le Centre pourra désormais intégrer dans son réseau d’information des données et des profils liés au narcotrafic, traitant les cartels comme des réseaux transnationaux ayant une structure et une capacité opérationnelle comparables à celles des organisations terroristes. Cela signifie une coopération accrue avec les agences de renseignement militaire et avec les partenaires internationaux impliqués dans la lutte contre la drogue, comme la Colombie ou les gouvernements d’Amérique centrale, avec une influence croissante sur la définition de leurs politiques de sécurité.

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Il existe aussi un aspect moins visible mais tout aussi stratégique : la dimension financière. La guerre contre le terrorisme a permis aux États-Unis d’attaquer les réseaux financiers d’al-Qaïda et de l’État islamique grâce à des sanctions, des saisies d’actifs et la fermeture de canaux de financement. Si les cartels mexicains sont classés comme entités terroristes, leurs réseaux économiques internationaux deviendront également des cibles légitimes. Comptes bancaires gelés, restrictions commerciales, limitations des activités de blanchiment d’argent dans les paradis fiscaux : tout devient permis sous l’égide de la sécurité nationale.

Mais la véritable bataille ne se joue pas uniquement au Mexique. La redéfinition de l’ennemi offre aux services de renseignement américains une justification formelle pour exercer une pression accrue sur les gouvernements latino-américains qui ont historiquement entretenu des relations ambiguës avec le narcotrafic. Le Mexique, le Venezuela et même le Brésil pourraient se retrouver sous un niveau de contrôle et d’ingérence beaucoup plus marqué.

Tout cela repose sur un calcul politique précis. Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration et le crime transfrontalier un pilier de sa rhétorique, renforce l’image d’une Amérique assiégée par des menaces extérieures. Mais derrière le slogan se cache une initiative qui redéfinit les équilibres opérationnels des services de renseignement américains, leur offrant une nouvelle mission, de nouvelles ressources et un mandat élargi pour agir au-delà des frontières traditionnelles de la guerre contre le terrorisme.

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