Un ours dans le Jura, un portrait d’une France négligée

affiche du film un ours dans le jura
Capture d’écran affiche du film

Par Lionel Lacour – Son site : https://www.cinesium-evenementiel.fr/

Sorti le 1er janvier et produit par Gaumont, le nouveau film de Franck Duboscest la bonne surprise du cinéma français et ce à plus d’un titre. Le scénario d’Un ours dans le Jura est truffé de bonnes idées, de rebondissements parfois invraisemblables mais qui tiennent dans le cadre d’une comédie noire. Surtout, Dubosc aborde les sujets les plus sensibles – dans tous les sens du terme – sans apporter de jugement moral.

Il existe une France profonde

Le film de Dubosc nous plonge dans une région montagneuse, une France qui n’est presque jamais présente dans les médias, sauf le JT du 13H de TF1. Une France dans laquelle tout le monde se connaît, avec des réseaux de sociabilité qui se retrouvent du bar à la boucherie en passant par le club libertin. C’est une France du petit commerce et du supermarché en périphérie. Mais c’est aussi une France qui manque de personnels et de consommateurs. Ainsi, Cathy et Michel (Laure Calamy et Franck Dubosc) vendent des sapins et du bois mais manquent de clientèle au point d’être endettés. C’est encore une France qui n’a pas d’autres moyens que de se déplacer en voiture, certainement diesel. C’est enfin une France qui se plaît à respecter les traditions, à commencer par Noël, en décorant la maison et organisant un réveillon pour rassembler les familles à défaut de les unir. Tout ceci constitue le décor, l’arrière-plan du film que le réalisateur décrit sans jamais insister à gros trait.

Il existe une société plurielle

Comme pour le décor, Dubosc élabore une galerie de portraits de ceux dont on parle parfois mais dont le sort importe finalement peu. S’il y a des migrants dans ce film, ils ne sont ni stigmatisés, ni glorifiés. Ils sont montrés comme une réalité gérée comme on peut dans une petite bourgade par des gendarmes dont on imagine bien qu’ils n’ont pas comme mission première que de s’en occuper. Les migrants du film ne parlent pas français et même pas anglais, savent à peine dessiner, s’avèrent être des mules transportant de la drogue et voyagent entre hommes. Les gendarmes s’occupent d’eux, dont un qui précise régulièrement qu’il est d’origine marocaine et qu’il ne parle donc pas toutes les langues des pays des migrants. Un message par l’humour qui démontre que les institutions ne sont pas racistes et qu’être d’origine immigrée ne condamne pas à la délinquance.   Une gendarme (Joséphine de Meaux)  aide aussi les migrants, sans discours politique, juste par humanisme. Elle aussi représente une catégorie de la société dont les médias parlent souvent mais dans les grandes villes. En une seule séquence, la caractérisation de ce personnage bascule de personnage de comédie noire en femme célibataire dont l’isolement du village l’empêche de trouver un compagnon. Et à défaut de site de rencontres, elle fréquente le lieu qu’il n’est pas moral de fréquenter et dont elle a honte. Le brigadier joué par Benoît Poelvoorde est lui aussi un homme seul. Divorcé, il a la charge de sa fille qui a raté son bac tandis que son ex-femme s’est remariée avec un notable. Enfin, Cathy et Michel ont un fils qui est « différent Â» souffrant manifestement de troubles psychologiques. Dubosc ne fait pas un film sur ce sujet. Il montre seulement la difficulté des parents à accepter la réalité et le regard des autres habitants sur un enfant comme lui, à la fois bienveillant et préoccupé pour des parents de plus en plus dépassés. Dubosc filme ainsi des gens ordinaires, dans leur vie ordinaire, mais que la société ignore régulièrement.

Il existe une France abandonnée

L’intrigue du film est évidemment un enchaînement improbable de situations avec morts d’hommes, mafia et corruption. Mais le réalisateur montre surtout que le territoire est clairement une marge du pays. D’abord l’accès y est limité et les neiges hivernales viennent rallonger la durée du trajet pour les rejoindre. Cet isolement explique ainsi pourquoi les mules passe par cette région, isolement d’autant plus fort que le brigadier rappelle qu’il est en sous-effectif mais doit couvrir les mêmes missions. Il n’y a pas davantage de service sanitaire pour s’occuper des migrants malades. Cet abandon s’observe aussi par le fait que malgré le nombre de morts, il n’y a pas de couverture médiatique de l’affaire. Enfin, la commissaire de police (Anne Le Ny) semble avoir fait une expédition insensée pour rejoindre le village. Dans une totale déconnexion, elle se plaint au brigadier du prix du piano de son enfant quand les autres habitants vivent dans des difficultés multiples. Le brigadier ne peut pas payer une voiture à sa fille, même d’occasion. Cathy et Michel, sont endettés auprès de tous. Et quand une manne tombe du ciel, le curé s’en sert pour aider les nombreux habitants ne peuvent plus payer leurs factures. Lui compris. Mais surtout, la commissaire ne refuse pas un « cadeau Â» pour le piano très cher qu’elle veut offrir. Le film décrit enfin une France abandonnée dont la quiétude est menacée par des éléments exogènes : l’ours qui n’a rien à faire dans le Jura en est le prélude. Mais les mules-migrants, les trafiquants, l’ex et son dentiste de mari, la commissaire corrompue sont autant de troubles à cette société rurale regardée avec dédain et mépris. Finalement, ce village s’en sort grâce à une solidarité interne à toute épreuve. Pas forcément très moral au regard du droit mais Dubosc a su éviter le piège de faire un film moralisateur. Et cela n’est pas si fréquent.

L’humour noir, la qualité du jeu des comédiens et de l’écriture des dialogues sont évidemment des raisons de l’engouement pour Un ours dans le Jura. Mais le fait que celui-ci montre une France telle que bien des Français vivent et non une France médiatique aux centres d’intérêts ne concernant qu’une infime partie de la population est aussi une des raisons du succès immédiat du film. Il n’y a aucun misérabilisme mais une peinture subtile d’un village dans un territoire reculé. En ce sens, Dubosc se rapproche de Sur les chemins noirs de Denis Imbert reprenant le périple de Sylvain Tesson à travers la France oubliée. Et manifestement, les succès cinématographiques français montrent de plus en plus une France qui ne se limite pas à Paris entre le café de Flore et les Deux magots.

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