ANALYSE – Turquie, Azerbaïdjan, Israël : Le triangle pétrolier et la pression sur l’Iran

Netanyahou, Erdogan et Alief autour de la carte de l'Iran
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R.

L’Iran traverse une phase complexe sur le plan géopolitique, avec ses ambitions au Moyen-Orient mises à rude épreuve par une alliance stratégique impliquant la Turquie, l’Azerbaïdjan et Israël. Ce triangle politique et économique repose sur le pétrole, mais poursuit des objectifs bien plus larges : contenir l’influence iranienne dans la région et redéfinir les équilibres au Moyen-Orient.

La stratégie turque : de la Syrie à la mer Caspienne

Après la chute du régime de Bachar al-Assad, allié historique de Téhéran, Ankara a intensifié ses efforts pour limiter l’influence iranienne. Ce n’est pas un hasard si le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a revendiqué une « nouvelle Damas » comme une victoire turque. L’objectif déclaré de la Turquie ne se limite pas à la Syrie : Erdogan construit un axe énergétique et infrastructurel pour consolider le rôle de la Turquie comme plaque tournante euro-asiatique.

L’alliance avec l’Azerbaïdjan, partenaire historique d’Ankara, est centrale dans cette stratégie. L’annonce récente d’investissements par Socar, la compagnie énergétique de Bakou, en Turquie – d’une valeur de 17 milliards de dollars – ne représente pas seulement une opportunité économique. La coopération entre les deux pays est un élément clé pour renforcer la position turque en Méditerranée tout en réduisant la dépendance énergétique d’Ankara vis-à-vis des produits pétrochimiques importés.

Le pétrole azerbaïdjanais, transporté par l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, est raffiné en Turquie, renforçant davantage les liens entre les deux États. Mais derrière ces dynamiques se cache une volonté politique claire : exercer une pression sur l’Iran.

Les manœuvres économiques : frapper l’Iran au portefeuille

L’une des mesures les plus significatives a été l’élimination de l’exemption fiscale pour les transporteurs iraniens à la frontière turque, introduite le 29 décembre. Désormais, les transporteurs de la République islamique doivent payer une taxe de 155 % sur la capacité de leurs réservoirs, ce qui peut coûter jusqu’à 1 000 dollars par traversée.

Ankara justifie cette décision comme une mesure contre la contrebande de carburant. Cependant, il est évident que l’objectif est de rendre moins compétitive la route iranienne vers la Turquie, en freinant les flux commerciaux de Téhéran et en augmentant le coût de ses transports internationaux.

Le rôle d’Israël : rivalité rhétorique, alliance stratégique

Dans ce contexte, Israël apparaît comme un allié stratégique non déclaré. Malgré les échanges diplomatiques tendus et les critiques d’Erdogan envers Tel Aviv, les deux pays partagent un objectif commun : contenir l’influence iranienne.

Israël, qui importe régulièrement du pétrole de Ceyhan, bénéficie de la coopération entre la Turquie et l’Azerbaïdjan. Il n’est pas surprenant que Socar, le principal investisseur étranger en Turquie, ait renforcé ses liens avec Israël, consolidant un axe énergétique qui s’étend de la mer Caspienne à la Méditerranée.

L’hostilité commune envers l’Iran devient ainsi une boussole orientant les actions d’Ankara et de Tel Aviv. La « Route du Développement Oriental », le projet infrastructurel par lequel la Turquie vise à relier l’Irak et l’océan Indien à l’Europe, représente un autre point de convergence. Ce corridor contourne l’Iran, renforçant encore davantage la marginalisation de la République islamique.

Un équilibre fragile, mais stratégique

La triangulation entre la Turquie, l’Azerbaïdjan et Israël est un jeu géopolitique complexe, dans lequel chaque acteur poursuit ses propres intérêts, mais avec un objectif commun : limiter l’Iran. Cet équilibre, bien que précaire, montre comment l’énergie est devenue une arme entre les mains d’Erdogan, de Fidan et de leurs alliés pour redessiner les équilibres au Moyen-Orient.

Et l’Iran ? De plus en plus isolé, il devra faire face à une pression croissante, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur les plans géopolitique et infrastructurel. L’ère de la dissuasion se transforme en une partie d’échecs où l’énergie est la reine. Mais au Moyen-Orient, les reines tombent souvent sous l’assaut des pions.

À lire aussi : L’avenir des relations entre Paris et Ankara après l’élection présidentielle turque…(S’ouvre dans un nouvel onglet)


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