ANALYSE – Nous avons fait un petit détour par le Moyen-Orient pour nous débarrasser d’un peu de mal (Donald Trump / Mars 2026)

ANALYSE – Nous avons fait un petit détour par le Moyen-Orient pour nous débarrasser d’un peu de mal (Donald Trump / Mars 2026)

lediplomate.media — imprimé le 26/03/2026
Route maritime d'Ormuz
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par François Morizur

Les détroits ont toujours constitué des espaces où les marins ont éprouvé les plus grandes craintes avant de s’y aventurer. Ils y devenaient tributaires des vents et des courants, souvent contraires, offrant parfois le flanc de leurs vaisseaux aux coups d’ennemis regroupés sur les rives proches. Ulysse, lors de son odyssée légendaire compte ses tourments lorsqu’il franchit le détroit de Charybde et Scylla. Lors des guerres Médiques, et plus particulièrement lors de la bataille de Salamine en 480 avant JC, Thémistocle, profitant de l’impotence de la flotte de Xerxes 1er dans ces eaux étroites, tailla en pièces la flotte de ce dernier. Plus prés de nous, l’épisode du détroit des Dardanelles, baptisé ironiquement « une croisière en Mer de Marmara » par lord Kitchener constitua l’un des pires désastres de la 1ere guerre Mondiale. Alors, l’excursion de Donald Trump sera-t-elle le pendant de la croisière de Horatio Kitchener ? 

Un détroit fermé 

Depuis plus de deux semaines, à nouveau, la problématique d’un franchissement d’un détroit redevient un élément clef d’un conflit armé régional. Le gouvernement Iranien a annoncé la « fermeture » du détroit d’Hormuz le 1er Mars 2026 à la suite des raids aériens sur Téhéran. La fermeture de fait de ce détroit a immédiatement fait exploser les prix du pétrole et du gaz. Le président Trump lançait alors des sollicitations auprès de partenaires potentiels pour maintenir la liberté de passage dans le détroit d’Hormuz. Concomitamment, l’Iran accordait des sauf conduits à certains pays alors qu’il confirmait l’interdiction de passage pour les navires commerciaux Américains, Israéliens et alliés. Quatre navires commerciaux, faisant fi de cette directive, ont tenté ce transit les 4, 6 et 11 mars 2026. Ils ont été systématiquement frappés par des missiles ou des drones aériens, les laissant désemparés au sud de Bandar Abbas.

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Un blocus forcé ?

De nombreux experts, militaires ou non, ont assez facilement dépassé cette problématique suivant en cela la rhétorique du président Trump s’appuyant sur la surpuissance Américaine : Deux groupes aériens déployés en Océan Indien, la maitrise quasi-totale de l’espace aérien, plus de 700 aéronefs déployés dans la région, des capacités de surveillance de théâtre exceptionnels. D’autres, se tournant à nouveau vers les grands stratèges, ont probablement déterré l’un des concepts de l’art de la guerre de Sun Tzu : Celui qui occupe le terrain en premier et attend l’ennemi est à l’aise, celui qui arrive le dernier et se précipite au combat est déjà fatigué. Abordons donc l’analyse du terrain et des acteurs, cette phase est essentielle, centrale en tactique militaire. Elle permet de maximiser ses propres forces tout en limitant celles de l’ennemi. 

Alors qu’en est-il ?  Cette analyse doit se faire « un pied dans l’eau, un pied sur la rive » pour être complète. Le détroit d’Hormuz est un chenal étroit, peu profond, long, bordé de côtes sauvages. 

Le détroit a une largeur d’environ 50 kilomètres au sud de Bandar Abbas. Cependant les contraintes de navigation n’offrent que peu d’espaces pour les navires à fort tirant d’eau. Il n’offre quasi-aucune opportunité pour un porte aéronefs souhaitant y conduire des opérations d’aviation nécessitant un vent quasi axial sur le pont d’envol. Y projeter une puissance aéronavale est donc une vue de l’esprit. 

Le détroit est long, 130 kilomètres environ (75 nautiques) soit environ 6 à 7 heures de navigation. Ces élongations imposent des dispositifs d’escorte de longue durée sous haute menace. La densité des trafics maritimes normaux, un passage toutes les dix minutes, imposerait une couverture aérienne permanente et large que même les USA ne pourraient assurer sur la durée.

Le détroit est enchâssé au nord par des côtes escarpées offrant des possibilités très importantes de mise en œuvre de moyens offensifs particulièrement protégés. 

Le détroit est militarisé : Les Iraniens sont en guerre depuis plus de 48 ans. Le détroit d’Hormuz est un atout maître dans leur main. Ce dernier a été militarisé depuis des décennies. A quel niveau ? Difficile de le déterminer. Cependant, encore une fois, l’histoire nous offre quelques référentiels : Entre 1940 et 1943, l’Allemagne nazie a construit le mur de l’Atlantique d’une longueur de… 4000 kilomètres ! 12000 à 15000 bunkers y étaient édifiés. On peut imaginer une extrapolation Iranienne avec un facteur temps de x10 et un facteur élongation de 1/30.  Si la défense Allemande était plutôt linéaire, basée sur des batteries côtières de gros calibres, la difficulté du moment est encore renforcée par une défense étagée dans la profondeur, probablement sur près de 50 kilomètres au profit de moyens furtifs, enterrés, camouflés, protégés ou mobiles à faible signature militaire (Camions lance UAV, camions lance-missiles courte portée). Restent les centaines d’embarcations rapides des IRCG, les Ashura, probablement encore stockées dans des tunnels le long de la côte à l’égal des installations Albanaises de Porto Palermo ou Monténégrines de Kotor.  Enfin, en dernier recours, une large palette de mines maritimes peut aisément être déployées ou activées faute de mieux. 

Boots onground ?

Parmi toutes les options présentées pour contraindre l’Iran à rendre gorge, la projection de troupes revient régulièrement au centre des réflexions stratégiques. 

Quelles formes pourrait prendre cette projection à terre ? Le navire d’assaut amphibie TRIPOLI, dépêché d’Asie pour renforcer le dispositif Américain est en route vers la mer d’Arabie. Il transporte 2 200 marines de la 31e unité expéditionnaire des Marines et une vingtaine d’aéronefs F 35 et V22. L’annonce de ce renforcement a généré de multiples commentaires sur des opérations amphibies, aéroportées, combinées. 

Sur quels objectifs stratégiques ? L’ile de Qeshm, protégeant Bandar Abbasa a souvent été citée. Hors son caractère stratégique qu’il reste à démontrer, encore faut-il s’y projeter, s’en saisir, détruire les installations, tenir le terrain. Cette option reste très peu réaliste. 

D’autres experts parlent de la « saisie » des dispositifs iraniens « tenant » le détroit. Nous parlons ici d’une zone de plus de 10000 kilomètres carrés à contrôler. L’expérience des derniers conflits en Irak, Syrie, Afghanistan démontre qu’il faut environ 300 à 400 militaires pour contrôler une zone de 100 kilomètres carrés dans des espaces non urbanisés. Impossible dans l’état actuel des forces déployées, et du refus de coalition internationales, de disposer de 40000 soldats pour tenter cette aventure. 

Reste l’opération spéciale : Celle-ci ne pourra concerner que quelques objectifs hautement stratégiques. Est-ce que la saisie / destruction d’une poignée d’objectifs régissant le transit du détroit d’Hormuz est envisageable ? Cela reste improbable compte tenu de la pixellisation du dispositif de commandement Iranien et de l’absence de centres névralgiques de commandement intégrés.  Ces objectifs, s’ils avaient été identifiés et localisés, auraient probablement déjà fait l’objet de frappes aériennes. 

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Alors ? 

L’arme de destruction massive du théâtre peut être symbolisé par un simple sablier. L’ennemi de tous est le temps, il joue contre tous à des degrés divers :

Les mollahs Iraniens doivent tenir le pays malgré les bombardements massifs et le ciblage spécifique de leurs leaders. La rue est pour le moment muselée, les tribus restent dans l’ombre, les Kurdes durement châtiés lors des révoltes passées, se sont installés dans une position d’observateurs. La résilience du « noyau dur » Iranien forgée par les guerres passées, parfois l’offre de sa personne à Dieu dans une démarche de martyr demeurent très fortes en Iran. Les capacités militaires (Missiles et drones) demeurent élevées et largement suffisantes pour « geler » économiquement la sous-région.  

Les pays voisins du golfe persique sont durement impactés par ce conflit. L’économie marche au ralenti, l’image d’une zone d’investissements et de libres échanges, en forte croissance, sûre a volé en éclats en moins de 2 semaines. Les frappes iraniennes sur les terminaux gaziers du 18 mars ont donné un coup supplémentaire particulièrement fort à l’économie Qatari. La cristallisation de ce conflit, voire son extension pourrait remettre en cause les équilibres économiques, sociaux voire sécuritaires « installés » malgré des rivalités ancestrales.

Ce même sablier est bien évidemment scruté du côté de Washington. Il est difficile de déterminer un planning aussi bien qu’un tempo US du fait de l’absence de buts de guerre clairement établis initialement. Le déclenchement des opérations a été généré par l’opportunité d’un meeting des leaders Iraniens le 28 février dernier. L’occasion était trop belle pour l’ignorer. Il est probable que les stratèges imaginaient un KO immédiat, l’Iran étêté tombant comme un fruit mûr, enfin. Ce ne fut pas le cas. L’Iran reste dangereux, agressif, résilient, l’animal blessé, acculé utilise toutes ses forces et moyens. Le blocage de fait du détroit d’Hormuz est probablement le plus nocif. 

Le président Américain ne peut se permettre une crise économique. L’affaissement des marchés boursiers, l’inflation liée au choc pétrolier constituent des warnings essentiels. Les premiers craquements au sein de l’organisation MAGA, l’approche des élections de Mid terms génèrent une fébrilité perceptible lors des interviews récents du président Américain et des principaux ministres. 

Quelle porte de sortie ? 

Ce conflit, à contrario de celui en Ukraine, ne peut s’installer dans la durée. Il est mortifère pour la quasi-totalité des acteurs engagés à l’exception notoire d’Israel engagé dans une lutte pour sa propre survie. Il est probable qu’il se poursuivra, de façon plus ou moins larvée, sur ce front-là.   

Le président Trump, pris par le temps et par l’absence de solutions militaires ad hoc, devra probablement trouver une issue qui ne le décrédibilise pas trop. Il est probable que les stratèges étudient actuellement une opération « médiatique » à défaut d’être décisive, flamboyante technologiquement pour la positionner comme « l’objectif final recherché » permettant de clôturer cette phase militaire de façon « décente ». 

En attendant, les Iraniens commencent à installer un octroi maritime à Hormuz, fruit de négociations avec des « partenaires ou des clients » ayant un besoin vital de la production pétrolière et gazière du golfe Persique. Il est probable que les pays du golfe iront eux aussi à Canossa afin de relancer leur économie à côté de ce voisin menaçant. 

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