ANALYSE – La guerre au Liban et l’initiative française

Par Mehiedine El Chehimi
C’est plus qu’une initiative, mais moins qu’un mouvement. Des craintes règnent concernant la frontière sud, la formule du Grand Liban de 1920 et les accords Sykes-Picot.
La France est pratiquement le seul pays à agir pour sauver le Liban et empêcher son effondrement. Le Hezbollah a placé le Liban dans un isolement comparable à celui de l’Iran. Beyrouth n’est pas la priorité cette fois-ci ; l’attention est portée sur la guerre en Iran. Sous l’influence du Hezbollah, le Liban est au bord de perdre son territoire au sein du Grand Liban et les frontières issues de l’accord Sykes-Picot, tandis que les territoires occupés s’étendent de facto. Le Hezbollah a transformé le Liban en monnaie d’échange et en terrain de jeu pour le régime iranien.
Il a dépouillé le Liban de sa légitimité en tant qu’État. L’administration française est en contact quotidien avec diverses parties internationales pour endiguer la détérioration de la situation au Liban. Une aide médicale et humanitaire d’urgence a été acheminée au Liban. Peut-elle parvenir à une percée rapide ouvrant la voie à la fin de l’état de guerre ? Quelle est sa stratégie, notamment face au refus du Hezbollah de coopérer avec l’État libanais et à l’escalade des attaques israéliennes ? L’accord d’armistice de 1949 est-il toujours valable ? Une solution sera-t-elle trouvée grâce à l’accord de novembre 2024 et aux mécanismes de résolution internationale ? D’autres mécanismes procéduraux et de nouvelles décisions seront-ils mis en œuvre ? Assisterons-nous à des négociations directes entre le Liban et Israël sous médiation internationale ?
Plus qu’une agitation, moins qu’une véritable initiative
Aujourd’hui, dans les cercles français, on observe plus qu’une agitation, mais moins qu’une véritable initiative concernant la situation au Liban. Il s’agit toutefois d’un effort français isolé et stérile. Il s’apparente davantage à un dialogue en coulisses visant à sonder les visions et les idées, à une séance de brainstorming destinée à identifier des pistes de réflexion pour résoudre la crise et rétablir la stabilité. Les circonstances exigent du temps pour que les éléments nécessaires à une initiative productive ou à un véritable mouvement émergent.
L’administration française s’efforce de lancer une initiative concernant le Liban, même si ses chances de succès sont minces, compte tenu de l’indifférence de Trump face à une telle démarche et de son approbation tacite, significative, des actions d’Israël au Liban. Elle persistera néanmoins dans ses efforts pour démontrer son engagement à ne pas abandonner ses partenaires, comme le Liban, d’autant plus qu’elle en est le porte-parole au sein du système des Nations unies.
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Préoccupations de la France et du Vatican
L’inquiétude de la France grandit considérablement face à l’aventure du Hezbollah, qui soutient Téhéran. Ce conflit présente des caractéristiques inédites, sans limites ni frontières. Il revêt une dimension géopolitique libanaise néfaste, notamment avec l’intensification des frappes israéliennes sur l’ensemble du territoire libanais, du nord au sud du fleuve Litani et jusqu’à l’intérieur des terres. Cette situation compromet les opportunités dont disposaient les autorités libanaises, qui se trouvent confrontées à une réalité du terrain et se sentent de plus en plus impuissantes. Les dangers s’accroissent au sud du Litani avec le début du dépeuplement de villages qui avaient résisté durant la guerre d’octobre 2023.
Le risque de déplacement des populations des villages du sud, en particulier des villages chrétiens frontaliers, devient évident. Ceci marque le début d’une modification du découpage du Grand Liban et des frontières issues de l’accord Sykes-Picot. Cela témoigne également de la poursuite de l’annexion de territoires par Israël, qui s’étend progressivement de la ligne d’armistice de 1949 à la ligne bleue, puis jusqu’au Litani, zone économique spéciale où le territoire s’étend. Le Vatican et la France rejettent et s’opposent à cette situation. Le ciblage du village de Qlaiaa, au sud du Liban, et le martyre de son pasteur ont profondément attristé le Vatican. Ces villages revêtent une immense importance stratégique, spirituelle et historique pour le Vatican.
L’administration française les considère comme faisant partie intégrante de la souveraineté libanaise, garantissant la protection contre toute manipulation des frontières et tout empiètement flagrant d’Israël, notamment à travers la fragmentation de l’accord Sykes-Picot et les projets de loi visant à annuler les frontières existantes, en particulier le corridor de David. Le Vatican souligne sa conviction, partagée avec la France, de la nécessité de préserver le modèle du Grand Liban, sa forme et ses frontières, et de rejeter toute tentative de modification.
Le Vatican est reconnu pour sa diplomatie douce et efficace, ainsi que pour son rôle influent dans l’histoire. Il possède une grande perspicacité. Cette approche vise, en substance, à renforcer l’État libanais et à lui redonner sa primauté, en empêchant toute tentative de saper sa structure et sa continuité. Pour le Vatican, il n’existe aucune alternative au Liban dans cette région. On ne peut s’en passer, ni tolérer son absence.
Le Vatican perçoit une menace existentielle imminente pour l’État libanais, en particulier pour les populations du Sud en général et les chrétiens en particulier. Le retard pris dans la résolution de cette crise représente un danger clair et présent, aggravant encore la situation. C’est pourquoi la France œuvre activement et sans relâche pour aider ce pays, qui occupe une place particulière dans son cœur. Elle a demandé une réunion du Conseil de sécurité afin de réintégrer le Liban dans le système de protection et de soutien international, ainsi qu’une forme de soutien américain au peuple libanais. Cette démarche s’ajoute à la rencontre de Macron avec les pays du G7, qui a porté sur les réponses à apporter, la flexibilité nécessaire et la gestion du conflit en cours. L’objectif était de soulever la question de la crise libanaise comme prélude à la formation d’une alliance européenne capable d’imposer à Netanyahu une solution acceptable pour Trump.
La France cherche à empêcher l’effondrement total de l’État libanais. Ses efforts se concentrent sur l’urgence d’obtenir un cessez-le-feu, accompagné d’un soutien concret, continu et accru à l’armée et aux forces de sécurité légitimes, ainsi que sur la création d’un environnement propice à la mise en œuvre de toutes les résolutions internationales. L’administration française est consciente de la nécessité de traiter avec pragmatisme les obstacles au processus et de se préparer à des négociations directes libano-israéliennes.
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Action française et complications internationales
L’initiative française est jusqu’à présent considérée comme un effort isolé face à la complexité du conflit régional et aux complications politiques internes. Le président français Macron sollicite l’aide des dirigeants mondiaux pour le Liban. Il a même contacté son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, afin d’empêcher que le Hezbollah ne soit entraîné dans un conflit plus vaste. Macron est le seul président à avoir contacté son homologue iranien pour le persuader d’empêcher le Hezbollah de s’engager dans un conflit qui n’affecterait ni le Liban ni ses intérêts. Ses efforts ont toutefois été vains, car la décision d’entrer en guerre ne lui appartient pas ; elle relève des Gardiens de la révolution iraniens et du bureau du Guide suprême, qui ne consultent pas leur président sur ce sujet.
Alors que l’administration française préparait une conférence de soutien à l’armée et aux forces de sécurité intérieure libanaises, Paris a été surpris par la déclaration de guerre américano-israélienne contre l’Iran. Alors que la France soutenait et encourageait l’État libanais à mettre en œuvre la deuxième phase de l’accord au nord du Liban, et qu’elle mettait en garde le Hezbollah contre tout affrontement, elle a été consternée par le choix suicidaire et attentatoire à la souveraineté du Hezbollah, soutenu par l’Iran. La catastrophe est désormais inévitable. Le Hezbollah, ce parti armé et illégal, interdit au Liban et désigné comme organisation terroriste par la communauté internationale, a entraîné le Liban dans une guerre qui ne le concerne pas. Cette guerre prendra peut-être fin à Téhéran, mais se poursuivra à Beyrouth.
L’administration française est pleinement consciente de la menace imminente qui pèse sur la formule libanaise de 1920 et sur les frontières méridionales de l’accord Sykes-Picot. Le Vatican partage cette inquiétude, notamment face à l’évolution dangereuse de la situation à la frontière sud du Liban. Est-il possible de parvenir à un cessez-le-feu temporaire, assorti de la mise en œuvre immédiate des résolutions internationales et du désarmement de ce groupe hors-la-loi ? Ou le mouvement actuel restera-t-il une simple initiative sans résultat ?
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