
Par Olivier d’Auzon
La diplomatie, comme les courants marins, suit parfois des voies inattendues. Alors que les vents se sont refroidis entre Washington et Pretoria, c’est vers Paris que l’Afrique du Sud vire progressivement…
Le ballet diplomatique en cours dans la capitale française – après Ronald Lamola début mai, le vice-président Paul Mashatile et plusieurs ministres sud-africains y sont attendus – marque une inflexion stratégique dans les relations extérieures de Pretoria.
Une dynamique que Africa Intelligence (article “Le vice-président sud-africain attendu à Paris, l’entente se renforce entre Ramaphosa et Macron”, 16 mai 2025) résume ainsi : « Pretoria recompose ses alliances face à un Occident divisé sur les formes d’engagement avec le Sud global. » Cette recomposition prend corps dans une série de gestes forts, tous tournés vers Paris.
Washington, la rupture froide
Tout a basculé lorsque l’Afrique du Sud a refusé de condamner l’invasion de l’Ukraine, préférant s’en tenir à un « non-alignement actif » revendiqué. Puis, en février 2023, les manœuvres navales tri-partites avec la Russie et la Chine, au large de Durban, ont été perçues par Washington comme une provocation. L’affaire du Lady R, ce navire russe suspecté d’avoir chargé des armes dans un port sud-africain, a jeté un froid glacial sur les relations bilatérales.
La riposte américaine a été progressive, mais implacable. Soutien technique restreint, menace de suspension des préférences commerciales de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), pressions politiques et diplomatiques. L’administration Biden ne masque plus son agacement face à ce partenaire jadis courtisé, désormais perçu comme trop perméable aux influences rivales.
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Paris, un nouveau pari
C’est dans ce contexte de tension que Paris devient, pour Pretoria, un point d’ancrage alternatif. Loin d’exiger une allégeance géopolitique, la France se montre plus souple dans sa manière d’aborder les puissances africaines émergentes. Emmanuel Macron, engagé dans une redéfinition de la politique africaine française, voit dans l’Afrique du Sud un levier stratégique pour contourner les blocages rencontrés en Afrique francophone.
Les discussions entre Ronald Lamola et son homologue français se sont déjà penchées sur plusieurs axes de coopération : énergie, cybersécurité, formation judiciaire, armement, climat et infrastructures. Le prochain forum économique prévu lors de la visite de Mashatile vise à sceller cette nouvelle entente. L’entreprise EDF, notamment, cherche à renforcer sa présence dans la transition énergétique sud-africaine, tandis qu’Airbus et Thales scrutent les besoins en matière de sécurité et de défense.
Entre désalignement et recentrage stratégique
Mais Pretoria ne bascule pas pour autant dans une nouvelle fidélité. Le pays reste l’un des piliers des BRICS, récemment élargis à de nouveaux membres comme l’Iran et l’Arabie saoudite, et continue de plaider pour une réforme de l’ordre mondial multilatéral.
Ce pragmatisme diplomatique s’inscrit dans une lecture stratégique du moment : capitaliser sur les rivalités géopolitiques pour rééquilibrer ses partenariats et renforcer sa marge de manœuvre.
Dans ce jeu d’équilibre, la France joue pour l’instant habilement sa carte. Elle s’abstient de donner des leçons et privilégie les coopérations concrètes, évitant les approches néocoloniales qui ont tant nui à son image ailleurs en Afrique.
Un axe Paris-Pretoria en gestation
Ce rapprochement reste encore en construction. Il repose moins sur un alignement idéologique que sur une convergence d’intérêts : pour Paris, rompre son isolement africain et retrouver de la crédibilité ; pour Pretoria, sortir d’un tête-à -tête crispé avec Washington sans renoncer à sa posture souveraine.
Mais dans les couloirs feutrés de la diplomatie, certains signes ne trompent pas : les visites s’enchaînent, les accords se négocient, et les discours se modèrent. Entre Paris et Pretoria, une dynamique nouvelle est en train de naître – non pas une alliance de convenance, mais un partenariat de circonstances mûri à l’ombre des tensions globales.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

