
Par Olivier d’Auzon
En s’opposant à la condamnation de l’attentat au Cachemire dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), la Chine a pris un risque diplomatique. Mais face à la pression des BRICS, elle a dû se raviser. Une volte-face qui soulève des interrogations sur la cohérence de sa stratégie régionale, souligne Andrew Korybko, analyste géopolitique.
Le sommet des BRICS qui s’est tenu à Rio de Janeiro fin juin a donné lieu à une déclaration commune sans équivoque : « Nous condamnons avec la plus grande fermeté l’attentat terroriste survenu à Jammu-et-Cachemire le 22 avril 2025 ». Signée par tous les membres du groupe – y compris la Chine – cette condamnation semble anodine au premier abord. Pourtant, elle révèle une ligne de fracture stratégique, et met en lumière une forme de double jeu chinois.
Deux semaines auparavant, lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OCS à Astana, Pékin – qui assurait la présidence tournante de l’organisation – avait refusé d’inclure cette même condamnation dans le communiqué final. L’Inde, en réaction, avait refusé de signer la déclaration commune. Derrière cet incident, un calcul politique précis : préserver l’alliance sino-pakistanaise, entretenir le flou stratégique au sein de l’OCS, et tester la cohésion du groupe face aux intérêts divergents de ses membres.
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Pékin dans son propre piège
La Chine semble s’être piégée elle-même. En refusant la mention du Cachemire dans le cadre de l’OCS, elle pensait sans doute pouvoir manœuvrer dans les BRICS avec plus de discrétion. Mais l’accueil officiel réservé à Narendra Modi par le président brésilien Lula da Silva a rebattu les cartes. Impossible pour Brasilia de faire l’impasse sur la condamnation d’un attentat touchant l’un de ses partenaires stratégiques.
Pris dans un dilemme diplomatique, Pékin a dû s’aligner. Le président Xi Jinping, qui a brillé par son absence au sommet de Rio – une première – a vraisemblablement préféré déléguer pour éviter d’être placé en position d’infériorité vis-à -vis de Modi. Un camouflet discret mais révélateur.
Une incohérence stratégique aux effets durables
L’attitude de la Chine soulève désormais des doutes sur sa capacité à jouer un rôle impartial au sein des organisations régionales. En politisant l’OCS au profit du Pakistan, Pékin a entamé la crédibilité de l’organisation et renforcé les soupçons indiens quant à son agenda caché.
Plus encore, cette dissonance entre les déclarations à l’OCS et celles des BRICS expose la Chine à des accusations de duplicité. Elle affaiblit également les courants pro-routes-de-la-soie en Russie, qui misaient sur une convergence sino-russe au sein des enceintes multilatérales.
Une erreur évitable
Avec le recul, inclure dès le départ une condamnation de l’attaque de Pahalgam dans le texte final de l’OCS aurait évité bien des embarras à Pékin. Son refus a provoqué un effet boomerang diplomatique : en voulant ménager Islamabad, la Chine a fini par affaiblir sa propre position au sein des deux organisations. Et par nourrir l’idée, chez certains partenaires, d’un manque de fiabilité stratégique.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

