ANALYSE – Chine-Australie : Entre pragmatisme économique et rivalités stratégiques

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La visite du Premier ministre australien Anthony Albanese à Pékin et sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping marquent une étape symbolique dans les relations entre les deux pays. Après une décennie de tensions diplomatiques et commerciales, Pékin et Canberra tentent de rétablir un dialogue, tout en restant méfiants l’un envers l’autre sur des sujets stratégiques majeurs.
Une détente fragile mais nécessaire
Lors de leur rencontre, Xi Jinping a salué la reprise des relations bilatérales après ce qu’il a qualifié de « contretemps ». Il a affirmé la volonté de la Chine de « promouvoir davantage de progrès dans le partenariat sino-australien », tandis qu’Albanese a insisté sur la nécessité d’un « dialogue direct et honnête » pour garantir la stabilité et la prospérité régionales.
Cette approche pragmatique traduit la reconnaissance mutuelle des intérêts économiques en jeu. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Australie, absorbant une grande partie de ses exportations de minerai de fer, de charbon et de produits agricoles. Pour l’Australie, Pékin reste un marché vital, malgré les inquiétudes concernant la dépendance économique.
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Des contentieux persistants
Malgré ces gestes d’ouverture, les divergences restent profondes. Canberra continue de critiquer le renforcement militaire de la Chine dans l’Indo-Pacifique et la détention prolongée du citoyen australien Yang Hengjun, condamné à mort pour espionnage. La décision de l’Australie de reprendre le contrôle d’un port loué par une entreprise chinoise, ainsi que son durcissement du contrôle des investissements étrangers, témoignent d’une méfiance persistante.
De son côté, Pékin perçoit les alliances sécuritaires de l’Australie – notamment l’AUKUS avec les États-Unis et le Royaume-Uni – comme une tentative d’endiguer son influence régionale.
La rivalité sino-américaine en arrière-plan
Le réchauffement relatif entre Canberra et Pékin intervient alors que la Chine cherche à apparaître comme un partenaire stable face à la politique commerciale agressive des États-Unis. L’administration Trump a en effet imposé des droits de douane élevés sur plusieurs produits australiens, incitant l’Australie à diversifier ses partenariats.
Pourtant, l’Australie reste profondément ancrée dans l’orbite stratégique américaine. Elle accueille régulièrement des exercices militaires conjoints, comme le récent Talisman Sabre impliquant 35 000 soldats de 19 pays, et intensifie la coopération en matière de défense face aux ambitions maritimes chinoises.
Une politique d’équilibriste
La stratégie australienne se résume à une formule : « coopérer quand c’est possible, s’opposer quand c’est nécessaire ». Elle reflète les efforts de Canberra pour concilier ses liens économiques avec la Chine et son alliance sécuritaire avec Washington. Mais cette posture d’équilibriste est de plus en plus difficile à tenir dans un environnement marqué par la polarisation géopolitique.
Les entreprises australiennes, conscientes des enjeux, accompagnent Albanese pour renforcer la présence commerciale sur le marché chinois, tout en explorant des opportunités avec d’autres partenaires asiatiques afin de réduire la dépendance vis-à-vis de Pékin.
Vers une coexistence pragmatique ?
La visite d’Albanese a permis de rétablir un canal de communication indispensable pour éviter les malentendus et désamorcer les tensions. Mais il serait illusoire d’y voir une normalisation complète des relations. La méfiance stratégique persistera tant que les deux pays resteront engagés dans des blocs rivaux et défendront des visions concurrentes de l’ordre régional.
Le défi pour l’Australie sera de défendre son autonomie stratégique sans compromettre les avantages économiques liés à la Chine. Pour Pékin, il s’agira de convaincre Canberra qu’une coexistence pacifique est possible dans une région où les rivalités entre grandes puissances s’intensifient.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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