ANALYSE – Future rencontre Trump/Poutine : Vers un marchandage planétaire…

ANALYSE – Future rencontre Trump/Poutine : Vers un marchandage planétaire…

lediplomate.media — imprimé le 12/08/2025
Donald Trump et Vladimir Poutine se serrent la main lors d’une rencontre officielle, avec en arrière-plan les drapeaux américain et russe, symbolisant un moment clé de la diplomatie internationale.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

C’est aux confins glacés de l’Alaska, à portée de fusil des rivages russes, que pourrait se jouer une partie d’échecs diplomatique dont l’Occident n’a pas fini de mesurer les conséquences. Donald Trump, redevenu héraut d’une Amérique transactionnelle, y envisagerait une rencontre au sommet avec Vladimir Poutine. Une image saisissante : le Grand Nord comme lieu neutre, entre deux puissances redevenues rivales, mais prêtes à se parler.

L’Europe, elle, observe ce ballet avec crispation. Paris, Berlin, Varsovie et Bruxelles redoutent qu’un tête-à-tête Trump-Poutine ne débouche sur un arrangement qui relèguerait l’Ukraine au rang de variable d’ajustement. Le vieux continent, traumatisé par l’annexion de la Crimée en 2014, ne veut pas croire à une paix bâtie sur un troc territorial.

Pourtant, c’est bien ce que Trump a laissé filtrer : l’idée d’un « possible échange de territoires ».

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L’ombre d’un accord séparé

Dans les cercles républicains proches de Trump, on ne cache plus le scepticisme sur la capacité de Kiev à reconquérir les oblasts annexés par Moscou. La reconquête de la Crimée est jugée illusoire. Ce réalisme brut, que le général Jean-Bernard Pinatel n’a cessé de rappeler dans ses analyses militaires, repose sur la conviction qu’aucune armée ukrainienne, même suréquipée par l’OTAN, ne pourra reprendre durablement ces terres profondément militarisées.

Partant de ce constat, un scénario prend forme :

  • La Russie conserverait une partie de l’oblast de Kherson, côté occidental du Dniepr, dont la superficie serait équilibrée par l’abandon d’avancées russes dans la région de Soumy et dans les oblasts septentrionaux encore contestés.
  • Le fleuve Dniepr, artère stratégique, serait démilitarisé sur toute sa largeur, y compris ses îles.
  • Une zone tampon serait instaurée à la frontière des oblasts du Nord.

Kiev, de toute évidence, n’aurait pas voix au chapitre dans cette négociation bilatérale. Volodymyr Zelensky, anticipant ce risque, a martelé que toute décision prise sans l’Ukraine serait « une décision morte ». Mais ses mots, relevés par le New York Times, pourraient bien être interprétés par Trump comme l’expression d’un entêtement qui retarde la paix.

Un marchandage à l’américaine

Chez Trump, la diplomatie se mesure en deals. En échange de ce gel des lignes, Washington mettrait fin aux livraisons d’armes à Kiev et retirerait ses conseillers du renseignement. En contrepartie, la Russie gèlerait ses offensives et entrerait dans un processus de levée progressive des sanctions.

Le volet économique, encore flou, inclurait un geste russe sur l’exportation de minéraux rares vers les États-Unis, réduisant la dépendance américaine vis-à-vis de la Chine. On reconnaît là la logique trumpienne : transformer un conflit en opportunité commerciale.

L’Europe en position d’observateur impuissant

Pour les Européens, un tel accord sonnerait comme un camouflet stratégique. Ils n’auraient pas participé à la négociation, mais devraient en assumer les conséquences géopolitiques et sécuritaires.

Et Roland Lombardi, directeur de la rédaction du Diplomate, d’ajouter : « La rencontre annoncée le 15 août en Alaska entre Donald Trump et Vladimir Poutine, si elle se confirme, n’a rien d’étonnant même si cela a été plus long que prévu (et dont l’issue reste encore incertaine) pour le président américain, entravé qu’il est par les États profonds et la puissance du complexe militaro-industriel américains. Or dès son retour à la Maison-Blanche, j’avais expliqué l’objectif de Trump et pourquoi il chercherait à se délester du boulet géostratégique ukrainien afin de normaliser, au moins partiellement, ses relations avec Moscou — pivot incontournable dans la rivalité sino-américaine. Ce n’est pas encore la paix, mais c’est un bon début avec l’ouverture d’un canal transactionnel : arrangements territoriaux, garanties de sécurité, levée graduelle de sanctions et gel du front seront au cœur du marchandage.

Pour la caste des dirigeants européens, c’est comme vous dites un camouflet car ils sont encore les dindons – volontaires ! – de cette farce tragique. Après s’être placés hors-jeu, ils devront en assumer les conséquences géopolitiques, sécuritaires et surtout financières — sur le dos des contribuables européens déjà fortement pressurisés. Plus grave, et c’est tout de même sidérant de voir déjà certains responsables, littéralement en panique, tenter encore de torpiller par tous les moyens cette désescalade au nom de postures morales et sûrement peut-être, d’intérêts personnels, pécuniers et non-avouables avec certains marchands de canons étasuniens… Alors que, comme je le répète depuis 2022, la politique européenne dans cette guerre est un véritable désastre géopolitique, l’Ukraine n’étant en aucun cas un enjeu majeur et vital pour l’Europe et la Russie n’étant absolument en rien une menace sérieuse pour les Européens, bien au contraire, face aux vrais dangers, eux, que sont l’islamisme, les crises migratoires et la Chine… »

Un deal bilatéral Washington-Moscou sur le dos de Kiev ne serait pas seulement une entorse à la solidarité occidentale ; il consacrerait le retour des sphères d’influence, ce vieux démon de la guerre froide. Comme le souligne le général Pinatel, « un accord déséquilibré, arraché dans l’urgence, peut créer les conditions d’un conflit plus large à moyen terme ».

La glace comme miroir

Si l’Alaska devient le décor de cette rencontre, c’est que Trump cherche un symbole. D’un côté, l’État américain le plus proche de la Russie ; de l’autre, un territoire qui évoque encore la transaction historique de 1867, lorsque Washington racheta l’Alaska au tsar Alexandre II. Un rappel que l’histoire n’est pas avare en accords inattendus entre ces deux puissances.

Ce sommet potentiel, s’il a lieu, pourrait bien inaugurer une ère nouvelle : celle où la paix en Europe ne se négocie plus à Paris, Berlin ou Bruxelles, mais sur les rivages gelés de l’Arctique, au gré des intérêts croisés d’un empire déclinant et d’un autre renaissant…

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